Éviter que les virus des grippes aviaire et porcine se rencontrent

Le risque d'apparition d'un virus de grippe virulent, associant le nouveau... (Photo: Reuters)

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Annie Hautefeuille
Agence France-Presse
Paris

Le risque d'apparition d'un virus de grippe virulent, associant le nouveau virus de grippe porcine H1N1 et le virus de la grippe aviaire H5N1, est réel si les deux virus se rencontrent chez la même personne, selon les spécialistes interrogés par l'AFP.

Si le virus H1N1 d'origine porcine et le virus aviaire H5N1 infectaient simultanément une même personne, ils pourraient échanger certains gènes et donner naissance à une nouvelle souche virale très virulente, facilement transmissible entre humains, avertit le virologue londonnien John Oxford (London Queen Mary's School of Medicine).

«Nous voulons éviter une situation où apparaîtrait un virus aussi contagieux que le virus porcin avec un H5 (l'hémagglutinine 5, une protéine majeure de la surface du virus, ndlr)», a-t-il déclaré par téléphone, jugeant qu'une telle recombinaison du virus, remplaçant le H1 de l'un par le H5 de l'autre, serait «dangereux».

Si on classe les grippes selon leur gravité potentielle et qu'on situe une grippe saisonnière ordinaire au niveau trois et la grippe porcine au niveau cinq, alors la grippe aviaire serait au niveau six et «un virus H5N1 issu d'un tel réassortiment de gène avec un virus porcin serait au niveau le plus haut de tous, au moins sept», selon John Oxford.

Depuis 2003, la souche H5N1 de la grippe aviaire a tué plus de 250 personnes dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Plus de 80% des décès ont été enregistrés en Asie, dont 115 en Indonésie. Il y a eu également 23 cas mortels en Égypte.

Difficilement transmissible à l'homme, le virus H5N1 est souvent mortel, tandis que le H1N1 d'origine porcine facilement transmissible d'homme à homme, entraîne une mortalité réduite, d'où la menace que pourrait représenter un virus associant leurs gènes.

«Oui, ce danger existe d'une recombinaison génétique, parmi les animaux, parmi les humains, et c'est quelque chose qu'effectivement nous redoutons», a déclaré jeudi Pierre Duplessis, envoyé spécial de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) pour la grippe pandémique.

Dans le génome actuel du virus A/H1N1, «il y a une séquence identifiée comme appartenant aux oiseaux, et effectivement c'est une possibilité que le virus acquière des propriétés plus agressives et développe une virulence plus sévère».

Bruno Lina, directeur du Centre national de référence des virus de la grippe pour sud de la France, met quant à lui en garde contre des craintes exagérées et une «théorie du pire».

«Le réassortiment H1-H5 est effectivement possible», mais il faut garder en mémoire que depuis au moins six ans, même en laboratoire, on n'a pas réussi à obtenir un réassortiment entre le virus de la grippe aviaire et un virus de la grippe humaine. «J'ai essayé dans mon laboratoire P4 à Lyon, ça ne marche pas, les virus ne veulent pas réassortir», a-t-il expliqué.

Il reconnaît qu'avec le H1N1, «on a cette fois affaire à un virus adapté à l'homme mais qui est d'origine porcine», estimant qu'il faut évaluer le risque en laboratoire dans une ambiance fermée. «Il faut l'analyser et le surveiller, pas en avoir peur», souligne-t-il.

Nigel Dimmock de l'Université de Warwick en Grande-Bretagne estime aussi que le risque de recombinaison est réel mais faible. «C'est une inquiétude, mais il est très difficile pour le virus de réussir à se transformer en pathogène viable pour l'homme», dit-il.

Même si les risques sont faibles, John Oxford appelle à la vigilance, surtout si «le virus porcin se propage dans une région avec des millions de personnes».

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