Des chercheurs réussissent à cloner des singes

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Les deux petites femelles - Zhong Zhong et Hua Hua - sont âgées de sept ou huit semaines. Sur la photo: Hua Hua.

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Jean-Louis SANTINI, Étienne LAMY-SMITH
Associated Press
Washington et Pékin

Des chercheurs en Chine sont parvenus à faire naître pour la première fois des primates génétiquement identiques par la même technique de clonage utilisée il y a plus de vingt ans pour la célèbre brebis Dolly, premier mammifère cloné.

Les deux macaques crabiers, baptisés Zhong Zhong et Hua Hua, ont respectivement huit et six semaines et sont pour le moment en bonne santé après ce clonage somatique (par cellules non reproductrices), se sont félicités les scientifiques.

Dévoilée mercredi dans la revue scientifique Cell, cette réussite est prometteuse pour la recherche médicale car elle pourrait permettre aux laboratoires de travailler avec des populations de primates génétiquement uniformes, ont-ils souligné.

Les primates sont les animaux les plus proches des humains.

«On peut maintenant produire des singes clonés génétiquement identiques, à l'exception des gènes que l'on souhaite manipuler», a relevé Qiang Sun, directeur du centre de recherche en primatologie non-humaine à l'Académie chinoise des sciences.

Outre «répondre aux nombreuses questions subsistant sur la biologie des primates», cela devrait surtout permettre de «créer des modèles de recherche pour des maladies humaines provoquées par des mutations génétiques comme des cancers, des dysfonctionnements immunitaires ou des troubles du métabolisme», a-t-il précisé.

Les laboratoires pourront également «tester l'efficacité de traitements expérimentaux avant de mener des essais cliniques».

Pour ces études cliniques, plusieurs milliers de patients sont nécessaires «car les humains sont génétiquement variés», a souligné Muming Poo, chercheur à l'Académie chinoise des sciences.

«En travaillant sur un petit groupe d'animaux génétiquement semblables, il est possible de tester beaucoup plus rapidement de nouvelles molécules», a-t-il pointé.

Nombreux échecs 

Zhong Zhong et Hua Hua ne sont pas les premiers primates clonés, titre qui revient au macaque rhésus Tetra né en 1999 par une méthode de clonage plus simple et plus limitée appelée division de l'embryon.

Les deux petits macaques résultent, eux, d'un transfert nucléaire de cellules somatiques (SCNT) qui consiste à prélever le noyau d'une cellule avec son ADN - dans le cas présent, dans du tissus foetal - pour l'implanter dans un ovocyte non fécondé dont le noyau a été retiré.

Une fois ce transfert effectué, l'ADN est reprogrammé à l'aide d'une impulsion électrique et commence à se diviser jusqu'à former un embryon.

Cette technique, utilisée sans problème depuis vingt ans sur plus de vingt espèces animales (chiens, chats, porcs,vaches, etc), s'est avérée beaucoup plus compliquée avec les primates. C'est le premier succès.

Après de nombreux échecs, les chercheurs chinois ont innové: ils ont utilisé un noyau du fibroblaste foetal (tissus conjonctif) et réalisé la délicate opération de transfert très rapidement.

«Nous avons essayé plusieurs approches différentes mais une seule a fonctionné», a expliqué Muming Poo. 

Inquiétudes éthiques 

Selon lui, cloner des primates permettrait d'utiliser beaucoup moins d'animaux pour des expérimentations qui soulèvent de nombreuses questions éthiques. Les États-Unis importent à eux seuls de 30 000 à 40 000 singes chaque année pour la recherche médicale, a-t-il indiqué.

Les scientifiques chinois ont reconnu que leurs travaux allaient susciter de nouvelles craintes concernant le clonage humain.

«On peut, en principe, cloner des humains», a lancé Muming Poo. «Je pense que personne ne veut cloner des êtres humains, la société ne le permettrait pas» mais «une fois qu'une nouvelle technique apparaît, le risque d'une mauvaise utilisation existe».

Pour le professeur Darren Griffin de l'université britannique de Kent, «l'annonce du premier clonage d'un primate va sans aucun doute soulever des inquiétudes éthiques, les critiques évoquant l'argument du pas de plus nous rapprochant du clonage humain».

Reste que, a-t-il souligné, «le clonage de primates sera très utile pour comprendre des maladies humaines, surtout génétiques, et découvrir des traitements».

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Les deux petites femelles - Zhong Zhong et Hua Hua - sont âgées de sept ou huit semaines. Sur la photo: Zhong Zhong.

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Dolly avait fait sensation en devenant le premier mammifère créé à partir d'un adulte.

Les chercheurs chinois ont retiré d'ovules de singe le noyau qui contient l'ADN et l'ont remplacé par l'ADN d'un foetus de singe. Ces nouveaux ovules se sont développés et divisés, avant de devenir un embryon qui a ensuite été implanté dans une femelle jusqu'à la naissance.

Les scientifiques ont implanté 79 embryons pour obtenir deux bébés. Cela représente néanmoins une réussite là où toutes les tentatives précédentes avaient échoué. M. Poo évoque une amélioration des techniques en laboratoire et l'ajout de deux substances qui ont aidé à reprogrammer l'ADN du foetus. Cela a permis à l'ADN de délaisser certaines tâches pour se consacrer à la fabrication d'un singe tout neuf.

Les chercheurs chinois ont expliqué que le clonage de cellules foetales pourrait permettre de créer une multitude de singes qui, par exemple, auraient tous les mêmes problèmes génétiques qui ceux responsables de maladies chez l'humain. Les animaux pourraient ensuite être utilisés pour comparer des tests et des traitements. Les chercheurs ont dit que leurs premières cibles seront les maladies d'Alzheimer et de Parkinson.

Rappelant l'échec des tentatives avec des cellules adultes, M. Mitalipov a dit croire que la même chose se produirait chez l'humain. «Je déconseillerais à quiconque de même l'envisager», a-t-il dit.

Jose Cibelli, de l'Université Michigan State, croit que ça pourrait être techniquement possible un jour, mais qu'il serait «criminel» d'essayer aujourd'hui en raison du nombre de grossesses qui échoueraient en cours de route.

Si le processus devient éventuellement suffisamment efficace chez le singe, a-t-il dit, la société sera confrontée à un «grave problème éthique» quant à des essais chez l'humain. Le transfert de l'ADN pourrait alors être combiné à une manipulation des gènes pour corriger des problèmes génétiques chez l'embryon, menant à la naissance de bébés en santé, a-t-il expliqué.

Évidemment, le clonage humain évoque la création d'une copie d'un être qui existe déjà, «mais je crois qu'on ne devrait pas aller dans cette direction-là, a dit le chercheur Dieter Egli, de l'Université Columbia. Je n'y trouve aucun bienfait intéressant.»

Henry Greely, un professeur de droit de l'Université Stanford qui se spécialise dans les technologies biomédicales, envisage quant à lui la création d'une copie d'un enfant décédé pour consoler ses parents. Il doute toutefois que cela soit une raison suffisante pour tenter de faire approuver une telle procédure, du moins pour encore plusieurs «décennies».

Une autre experte, Marcy Darnovsky, croit qu'il serait contraire à l'éthique de soumettre cet enfant «aux risques psychologiques et émotionnels de vivre à l'ombre de son prédécesseur génétique». Le clonage humain nécessiterait aussi le don de plusieurs ovules et le recours à des mères porteuses.

Le groupe de défense des droits des animaux PETA a condamné le clonage des singes.

«Le clonage est un spectacle d'horreur: un gaspillage de vies, de temps et d'argent - et la souffrance qu'engendrent de telles expériences est inimaginable, a dit la vice-présidente Kathy Guillermo par voie de communiqué. Puisque le taux d'échec du clonage est de près de 90 pour cent, ces deux singes sont la manifestation de souffrances et de mort à grande échelle.»




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