Les Émirats ensemencent les nuages pour provoquer la pluie

En 2010, quatre jours de fortes pluies par... (PHOTO MARWAN NAAMANI, AFP)

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En 2010, quatre jours de fortes pluies par ensemencement des nuages ont apporté l'équivalent de la production de neuf ans d'une usine de dessalement à Abou Dhabi. Sur la photo figure un avion prêt pour l'ensemencement.

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Ali KHALIL
Agence France-Presse
AL-AIN

Des nuages ? Sous le soleil brûlant du désert à l'aéroport d'Al-Aïn, aux Émirats arabes unis, un avion à double hélice se tient prêt à décoller à la faveur d'un ciel couvert pour une mission d'ensemencement des nuages. Objectif: provoquer la pluie.

Dans ce pays qui figure parmi les plus arides au monde, tous les moyens sont bons pour capter de l'eau. Aussi, quand le ciel semble clément, des appareils Beechcraft décollent pour larguer des fusées qui injectent des cristaux de sel dans les nuages, afin d'augmenter la condensation et de liquéfier les éléments célestes.

Au sol, les spécialistes du Centre national de météorologie et de sismologie (CNMS), qui dirigent ce programme d'ensemencement un peu spécial, surveillent l'évolution de la météo pour signaler aux pilotes le moment opportun pour un départ en mission.

«Dès qu'ils voient des formations nuageuses convectives (liées à des poussées verticales d'air, NDLR), ils nous envoient vérifier et ensemencer les nuages», explique Mark Newman, pilote en chef adjoint au CNMS.

La meilleure saison est l'été, lorsque les nuages se forment au-dessus des montagnes Al-Hajar (est), déviant le vent chaud qui souffle du golfe d'Oman, ajoute M. Newman depuis l'aéroport d'Al-Aïn, où sont basés quatre avions Beechcraft King Air C90 qui oeuvrent au programme.

La force du courant d'air ascendant détermine le nombre de fusées tirées dans les nuages: «Si nous avons un courant d'air ascendant léger, nous tirons généralement une ou deux fusées. S'il est fort, nous en tirons quatre, parfois six», précise le pilote.

«Dès qu'il pleut, il y a beaucoup d'excitation» à l'idée que la pluie puisse être forte, ajoute-t-il, tout en prévenant qu'il n'est pas acquis que tous les nuages ensemencés pleuvent.

Dessalement à outrance

Le Centre a reçu 78 études préparées par 325 chercheurs de 151 institutions. En mai, il a sélectionné 15 équipes qui vont travailler sur les moyens d'augmenter les précipitations, avec à la clef un prix de 5 millions de dollars à partager entre les études qui seront retenues, selon les autorités.

Car les Émirats figurent parmi les 10 pays les plus pauvres en eau avec 78 millimètres de pluie par an, contre 1220 mm en Grande-Bretagne par exemple, selon les données de la Banque mondiale.

Pour répondre à leurs besoins, accentués par leur rapide croissance économique, les Émirats ont principalement recours au dessalement: le pays produit 14% de l'eau de dessalement dans le monde, faisant de lui le deuxième producteur après l'Arabie saoudite voisine.

Mais la pluie générée par l'ensemencement des nuages coûte moins cher, note le directeur de la recherche au CNMS, Omar al-Yazeedi.

Et ce, même si chaque fusée tirée coûte environ 35 dollars, selon un technicien, et qu'il faut ajouter les frais de maintenance des avions, le prix de chaque vol, etc.

En 2010, quatre jours de fortes pluies par ensemencement des nuages ont apporté l'équivalent de la production de neuf ans d'une usine de dessalement à Abou Dhabi, souligne Omar al-Yazeedi. «Cela montre que d'énormes quantités d'eau pourraient être exploitées (...). C'est une ressource qu'on ne peut pas ignorer», dit-il.

Des études montrent que l'ensemencement pourrait augmenter la pluviométrie de 5 à 70% en fonction des formations de nuages, selon le chercheur.

Les Émirats cherchent aussi à récupérer l'eau de pluie au lieu de la laisser s'évaporer ou se déverser en mer.

À cette fin, le pays a construit des barrages et des réservoirs pour recueillir l'eau qui coule dans les oueds. Au total, avec 130 barrages et digues, la capacité de stockage des Émirats s'élève à environ 120 millions de m3, selon un rapport ministériel, un volume conséquent pour un pays particulièrement aride.

C'est bien simple, «nous ne voulons pas perdre une seule goutte d'eau», résume le directeur général du CNMS, Abdallah Al-Mandoos.

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