Kaboul envisage d'armer 20 000 civils pour combattre les insurgés

Les forces afghanes.... (PHOTO ROBERTO SCHMIDT, ARCHIVES AFP)

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Les forces afghanes.

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Emal Haidary
Agence France-Presse
Kaboul

Kaboul envisage de former et d'armer 20 000 civils pour protéger leurs localités et soutenir une armée afghane démoralisée par le harcèlement des insurgés, une initiative faisant craindre la résurgence de milices susceptibles de se retourner contre la population.

«Pour le moment, nous comptons sur les forces spéciales et sur les frappes aériennes pour reprendre des territoires perdus. Mais une fois ces commandos repartis, nous n'avons pas assez de forces pour garder le contrôle de ces territoires» face aux talibans et au groupe djihadiste État islamique, a expliqué un haut responsable du ministère afghan de la Défense, sous couvert de l'anonymat.

Cette force de civils armés, placée sous commandement militaire, «servira à boucher les trous. Ils seront recrutés au sein de leurs communautés et seront environ 20 000», selon lui.

Le porte-parole du ministère, Dawlat Waziri, a confirmé à l'AFP que la création de «forces locales» était en cours de discussion. «Les gens seront recrutés dans leur communauté, car ils connaissent leur région et savent comment la contrôler,» a-t-il indiqué.

Un porte-parole de la mission de l'OTAN, qui est chargée de former et soutenir les forces afghanes, et un responsable américain sous couvert d'anonymat ont confirmé que la création d'une force territoriale afghane était à l'étude.

Ces combattants seraient placés sous l'autorité de l'armée afghane et mieux formés que les polices locales afghanes (ALP), ont assuré à l'AFP des responsables américains et afghans. Ces unités mises en place dans les villages par les États-Unis en 2010 sont régulièrement accusées d'abus contre la population.

Le gouvernement afghan et ses soutiens étrangers se sont déjà appuyés sur des milices pour soutenir les 330 000 hommes de l'armée et de la police afghanes, en première ligne face aux insurgés depuis la fin de la mission de combat de l'OTAN en 2014.

D'autant que le gouvernement contrôle à peine 60 % du territoire afghan, le reste étant sous l'influence ou sous la coupe des talibans ou des groupes liés à l'EI en pleine expansion.

Face à cela, le président Ashraf Ghani a ordonné le doublement des forces d'élite, 17 000 hommes actuellement, dans le cadre d'un plan quadriennal qui prévoit aussi d'augmenter les capacités de l'armée de l'air.

Le président Donald Trump a de son côté promis un renforcement de la présence militaire américaine. Il y a actuellement environ 11 000 militaires américains en Afghanistan, forces spéciales chargées d'opérations antiterroristes ou soldats membres de la mission de l'OTAN chargés de la formation des troupes afghanes. Les renforts pourraient s'élever à 4000 hommes, selon plusieurs sources.

«Conséquences désastreuses»

Les autorités afghanes, qui ont salué cette décision, savent toutefois qu'il leur faudra encore beaucoup de temps pour que leur armée soit à la hauteur du défi posé par les insurgés.

Durant les quatre décennies de conflit qui ont secoué l'Afghanistan, les milices -- privées ou soutenues par le gouvernement -- ont joué un rôle important et controversé et nombre d'Afghans s'en méfient.

Le projet à l'étude fait craindre à certains observateurs que cette nouvelle force de civils armés finisse par terroriser la population qu'elle est censée protéger.

«L'expansion des forces irrégulières par le gouvernement afghan pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les civils», avertit ainsi Patricia Gossman, chargée de l'Afghanistan au sein de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch.

Selon HRW, des diplomates occidentaux basés à Kaboul ont rapporté que des responsables afghans s'étaient inquiétés que ces milices passent sous la coupe d'«hommes forts» ou de «réseaux de clientélisme».

«C'est un outil auquel l'armée américaine et les gouvernements afghans successifs ont eu recours, ça leur semble une solution à leurs problèmes. Mais en fait la véritable solution serait une armée afghane et une police nationale véritablement fonctionnelles», insiste Kate Clark, chercheuse du réseau d'analystes sur l'Afghanistan.

«Armer sa population civile est un outil dangereux à manier», prévient-elle.




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