Le Qatar reste ferme face à ses adversaires

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Depuis le début de la crise, le Qatar a rejeté en bloc toutes les accusations, affirmant que l'élément déclencheur de la tourmente a été le «piratage» du site internet de son agence de presse attribuant à son émir de «fausses» déclarations apaisantes sur l'Iran et les Frères musulmans.

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David HARDING
Agence France-Presse
Doha

Le Qatar refuse toute intervention dans sa politique étrangère, a déclaré jeudi son ministre des Affaires étrangères, alors qu'une grave crise l'oppose à l'Arabie saoudite et ses alliés qui l'accusent de «soutenir le terrorisme» et lui reprochent de se rapprocher de l'Iran.

«Personne n'a le droit d'intervenir dans notre politique étrangère», a déclaré cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, rejetant implicitement les conditions posées par les adversaires de Doha pour une sortie de crise.

Il a cependant exclu que la tourmente actuelle dégénère. «Une solution militaire n'est pas une option», a-t-il dit, précisant qu'aucun mouvement de troupes n'avait été opéré vers la frontière saoudienne.

Il a assuré que Doha pouvait tenir «éternellement» malgré le blocus qui lui est imposé, ajoutant que le Qatar «respectait» ses engagements internationaux et qu'à ce titre, il ne couperait pas ses livraisons de gaz aux Émirats arabes unis, l'un des trois pays du Golfe à avoir rompu avec lui.

La crise a éclaté lundi lorsque l'Arabie saoudite, les Émirats et Bahreïn, pays du Golfe voisins du Qatar, ainsi que l'Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha. Les trois pays du Golfe ont également fermé leurs frontières terrestres et maritimes avec le petit émirat et lui ont imposé de sévères restrictions aériennes.

Vendredi, l'Arabie saoudite, les Émirats, le Bahreïn et l'Égypte ont diffusé une liste de 59 personnes et 12 organisations qui seraient liées à des activités «terroristes» soutenues, selon eux, par le Qatar.

Cela démontre que le Qatar «affirme d'un côté lutter contre le terrorisme alors que d'un autre il soutient, finance et héberge des organisations terroristes», ont écrit les quatre pays dans un communiqué commun, affirmant qu'ils «ne seront pas cléments dans leurs efforts» pour les pourchasser.

Rôle de l'ancien émir? 

L'Arabie et ses alliés exigent de Doha qu'il «change de politique» et épouse le consensus régional sur les mouvements islamistes radicaux et l'Iran, avec qui le Qatar partage le plus grand champ gazier du monde.

Les Émirats ont qualifié le Qatar de «champion de l'extrémisme et du terrorisme dans la région».

Le ministre d'État émirati aux Affaires étrangères, Anwar Gargash, a posé une série de conditions pour une sortie de crise, notamment l'arrêt de ce qu'il qualifie de propagande «extrémiste» de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera et des mesures contre des représentants des Frères musulmans et d'autres islamistes ayant trouvé refuge à Doha.

L'Arabie saoudite a fermé les bureaux d'Al Jazeera lundi. La chaîne qatarie a dit jeudi être victime d'une vaste cyberattaque sans préciser l'origine de cette agression informatique.

Un haut responsable du Golfe a affirmé à l'AFP que cette crise était la conséquence de «l'influence» selon lui néfaste et persistante du précédent émir du Qatar, Hamad ben Khalifa Al-Thani (65 ans), sur son fils, Cheikh Tamim (37 ans), en faveur duquel il a abdiqué en 2013.

Cheikh Hamad avait réussi à placer le Qatar sur l'échiquier international en lui faisant jouer un rôle de médiateur dans plusieurs crises et en l'imposant comme un pivot des soulèvements ayant agité le monde arabe après 2011.

Après avoir soutenu l'isolement du Qatar, le président américain Donald Trump a fait volte-face, offrant son aide pour désamorcer la crise.

Lors d'un entretien téléphonique avec cheikh Tamim, M. Trump a «proposé d'aider les différentes parties à régler leurs différends, y compris à travers une rencontre à la Maison-Blanche si nécessaire». Il a également appelé l'homme fort d'Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed Al Nahyane. Les États-Unis disposent d'une grande base militaire au Qatar.

Le président français Emmanuel Macron, lors d'entretiens séparés avec l'émir du Qatar, le président iranien Hassan Rohani et le roi Salmane d'Arabie Saoudite, a «invité toutes les parties» à poursuivre «le dialogue». 

«Informations fabriquées» 

Dans un signe de soutien au Qatar, le Parlement turc a approuvé la mise en oeuvre d'un accord datant de 2014 permettant le déploiement de troupes sur une base au Qatar.

Le Qatar fait partie du Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui comprend l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït et Oman. Ces deux derniers pays n'ont eux pas rompu avec le Qatar.

Depuis le début de la crise, le Qatar a rejeté en bloc toutes les accusations, affirmant que l'élément déclencheur de la tourmente a été le «piratage» du site internet de son agence de presse attribuant à son émir de «fausses» déclarations apaisantes sur l'Iran et les Frères musulmans.

Mercredi soir, le ministère de l'Intérieur à Doha a publié un rapport préliminaire d'enquête sur ce «piratage» qui, selon lui, a commencé en avril, aboutissant le 24 mai à la publication «d'informations fabriquées». Il n'en a pas identifié les auteurs.

Jeudi, après les Émirats arabes unis, Bahreïn a interdit aux médias et aux utilisateurs des réseaux sociaux d'exprimer une quelconque «sympathie pour le Qatar» sous peine d'encourir une peine de prison.




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