Crise du Golfe: l'Arabie saoudite et les Émirats accentuent la pression sur le Qatar

Doha, capitale du Qatar... (PHoto archives AP)

Agrandir

Doha, capitale du Qatar

PHoto archives AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
René SLAMA, David HARDING
Agence France-Presse
Dubai et Doha

L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont accentué mercredi la pression sur le Qatar, trois jours après avoir rompu avec leur partenaire du Golfe qu'ils accusent de «soutenir» le terrorisme et de leur préférer l'Iran.

Sans aller jusqu'à demander un changement de régime au Qatar, les deux pays ont exigé qu'il modifie sa politique et réintègre le consensus régional sur les sujets sensibles des mouvements islamistes radicaux et des liens avec l'Iran chiite, grand rival du royaume saoudien sunnite dans la région.

Lundi, l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, l'Égypte et le Yémen ont rompu toute relation avec le Qatar, la pire crise diplomatique dans la région depuis des années. Ils ont été suivis par la Mauritanie.

«L'ampleur de la crise actuelle est substantielle», a souligné dans un entretien à l'AFP le ministre d'État émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash, ignorant les appels à l'apaisement.

La question ne porte pas sur «un changement de régime», mais sur la nécessité d'un «changement de politique», a-t-il dit au nom de son pays et de l'allié saoudien.

Le ministre a accusé le Qatar de se comporter en «champion de l'extrémisme et du terrorisme dans la région», déplorant «l'accumulation sur de nombreuses années d'une politique qatarie subversive».

«Nous avons atteint maintenant un cul-de-sac dans nos tentatives pour convaincre le Qatar de changer de direction», a-t-il ajouté en appelant ce pays voisin à «respecter les règles de la sécurité collective. Si vous ne les respectez pas, vous êtes seul».

Série de conditions

M. Gargash a énuméré les conditions en vue d'une normalisation avec le Qatar qui a rejeté dès lundi les accusations à son encontre.

Le ministre a demandé à ce pays de cesser d'utiliser sa chaîne Al-Jazeera pour promouvoir «un programme extrémiste», de mettre fin à la présence à Doha de dirigeants des Frères musulmans, de s'écarter du mouvement islamiste palestinien Hamas et d'agir contre des personnes ayant eu des liens financiers avec des réseaux djihadistes.

«Le catalogue est vaste. C'est une politique étrangère (du Qatar) qui est devenue folle et nous devons pouvoir tout vérifier», a-t-il souligné.

Le chef de la diplomatie saoudienne Adel al-Jubeir, qui s'est rendu à Paris et à Berlin, a déclaré mercredi n'avoir demandé de médiation ni à la France ni à l'Allemagne. «Mais nous le ferons dans le cadre du Conseil de coopération du Golfe (CCG)».

Créé en 1981, le CCG, qui regroupe des monarchies pétrolières sunnites contrôlant le tiers des réserves mondiales de brut, comprend l'Arabie saoudite, Bahreïn, le Qatar, les Émirats, le Koweït et Oman. Ces deux derniers pays n'ont pas rompu avec le Qatar.

Tentant une médiation, l'émir du Koweït a eu mardi des entretiens avec le roi Salmane d'Arabie saoudite et il est parti mercredi pour les Émirats. Il pourrait ensuite se rendre au Qatar.

Le ministre émirati Anwar Gargash a cependant estimé que les conditions n'étaient pas réunies pour une véritable médiation qui doit être précédée par «une déclaration, une volonté, du Qatar».

Doha rassure la population

Mardi, le président américain Donald Trump, dont le pays est un allié de Riyad et de Doha, a jeté le trouble en soutenant dans une série de tweets l'isolement du Qatar qu'il a accusé de jouer un rôle dans le financement de l'extrémisme islamiste. C'est peut-être «le début de la fin de l'horreur du terrorisme», a-t-il écrit.

Par ces déclarations, le président a instillé un doute sur l'avenir de la grande base aérienne américaine d'Al-Udeid, dans le désert du Qatar, qui joue un rôle opérationnel clé dans la lutte contre le groupe djihadiste État islamique (EI) en Syrie et en Irak.

Mais, revirement quelques heures plus tard, M. Trump a souligné qu'un CCG «uni était crucial pour vaincre le terrorisme et promouvoir la stabilité dans la région», lors d'un entretien téléphonique avec le souverain saoudien.

La Turquie, qui entretient des liens étroits avec le Qatar, a multiplié les appels à l'apaisement. Le Parlement d'Ankara devait toutefois débattre mercredi de la mise en oeuvre d'un accord permettant le déploiement de troupes sur une base turque au Qatar.

La crise dans le Golfe a entraîné une suspension de vols aériens, la fermeture des frontières terrestres et maritimes avec le Qatar, ainsi que des interdictions de survol aux compagnies qataries et des restrictions aux déplacements des personnes.

Le Qatar s'est montré rassurant quant à la disponibilité de produits alimentaires, en affirmant être en possession de stocks pour un an.

Des habitants paniqués avaient pris d'assaut les supermarchés à l'annonce lundi de la rupture des relations avec le Qatar et de la fermeture des frontières terrestres, maritimes et de l'espace aérien avec ce pays de 2,4 millions d'habitants.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer