Mahmoud Abbas a-t-il été un agent du KGB?

Le président de l'Autorité palestinienne sourit lors d'une... (photo ABBAS MOMANI, AFP)

Agrandir

Le président de l'Autorité palestinienne sourit lors d'une rencontre avec le ministre norvégien des Affaires étrangères, à Ramallah, en Cisjordanie, le 8 septembre.

photo ABBAS MOMANI, AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Delphine MATTHIEUSSENT
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Lointaine réminiscence de la Guerre froide, sombre manipulation sur fond de conflit israélo-palestinien ou tissu « d'absurdités » ? Le président palestinien Mahmoud Abbas était confronté jeudi à des informations de la télévision israélienne l'accusant d'avoir été un agent du KGB dans les années 1980.

M. Abbas, chef de l'Autorité palestinienne censée préfigurer un État indépendant, a été accusé de beaucoup de choses par les Israéliens : par exemple d'avoir émis des doutes sur l'ampleur de l'Holocauste dans son doctorat obtenu à l'Université de Moscou en 1982 ou d'inciter les Palestiniens à la violence.

Son appartenance présumée aux anciens services secrets soviétiques serait une première devant laquelle les dirigeants palestiniens ont crié à l'extravagance et à la manoeuvre politique.

La chaîne de télévision israélienne Channel 1 a rapporté mercredi soir que le nom de M. Abbas apparaissait en 1983 comme « agent à Damas » sur des listes du KGB dans des archives consultées par deux chercheurs de l'Institut Truman de l'Université hébraïque de Jérusalem, Isabela Ginor et Gideon Remez.

On ignore à quel titre précisément M. Abbas aurait opéré à Damas et la fiabilité de ces listes.

La famille de M. Abbas, né dans la Palestine sous mandat britannique, avait fui en Syrie pendant la guerre de 1948 qui avait débouché sur la création de l'État d'Israël. Il avait étudié le droit à l'Université de Damas. En 1980, il avait été choisi par le parti Fatah pour siéger au comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine, chassée abruptement du Liban en 1982.

M. Abbas aurait été recruté par le KGB alors qu'il était étudiant à Moscou où il achevait une thèse d'histoire en 1982.

Les chercheurs Isabela Ginor et Gideon Remez ont dit à Channel 1 avoir épluché l'an dernier les archives du colonel Vassili Mitrokhine, ancien archiviste des services secrets de l'ex-Union soviétique passé à l'Ouest en 1992. Mitrokhine, qui s'était réfugié en Grande-Bretagne, a révélé le nom de milliers d'espions russes dans le monde.

Les chercheurs israéliens se sont fait envoyer le dossier Moyen-Orient par l'université britannique de Cambridge. « On y trouve beaucoup de matériel sur les activités soviétiques, en particulier dans les années 1970 et 1980 parmi les Palestiniens et au Moyen-Orient », a dit M. Remez.

« Écran de fumée » et pas de deux

Les documents ne présentent pas M. Abbas simplement comme « une personne de confiance, une source ou un collaborateur », affirme M. Remez, « cela dit explicitement, à propos d'Abbas, qu'il était un agent du KGB ». « Son nom de code est Krotov, la taupe », a ajouté Isabela Ginor.

La direction palestinienne a crié à la supercherie. « Les informations de la télévision israélienne font partie des absurdités auxquelles nous sommes habitués de la part des Israéliens », a dit à l'AFP le porte-parole de la présidence palestinienne, Nabil Abou Roudeina.

Jamal Dajani, un porte-parole du premier ministre palestinien Rami Hamdallah, a dénoncé « une campagne de calomnie » et un « écran de fumée » de la part du gouvernement israélien et de « ses supplétifs » pour saper toute tentative de relancer l'effort de paix moribond.

Les médias israéliens ont souligné comme une « singulière coïncidence » le fait qu'en 1983 Mikhail Bogdanov, aujourd'hui émissaire pour le Proche-Orient du président russe Vladimir Poutine, était en poste à Damas.

Or ce même M. Bogdanov a rencontré récemment et séparément M. Abbas et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, alors que Moscou tenterait d'organiser une rencontre entre les deux hommes, proposant une nouvelle alternative aux autres efforts internationaux.

MM. Abbas et Nétanyahou n'auraient plus eu de rencontre publique substantielle depuis 2010, selon les médias. L'éventualité d'une rencontre à Moscou a donné lieu ces derniers jours à un pas de deux dans lequel les intentions des uns et des autres étaient difficilement discernables.

Des spécialistes israéliens de l'ex-URSS estiment que les informations de Channel 1 ne sont pas invraisemblables.

« Il y avait de nombreux contacts dans la région (avec l'ex-URSS). Il est très plausible que les Soviétiques aient essayé d'utiliser Abou Mazen (autre nom de M. Abbas) au sein du KGB alors qu'il était étudiant », estime ainsi auprès de l'AFP Yaacov Ro'i, professeur spécialiste d'histoire soviétique à l'Université de Tel-Aviv.

« L'OLP était soutenue par les Soviétiques et Moscou a fait venir de nombreux étudiants étrangers qu'il a ensuite recrutés ou tenté de recruter comme agents », dit Galia Golan-Gild, professeur spécialiste des politiques soviétique et russe au Proche-Orient à l'Université hébraïque.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer