Attentat dans la ville sainte de Médine: le monde musulman indigné

L'attaque de Médine, deuxième ville sainte de l'islam... (Photo Noor Punasiya via AP)

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L'attaque de Médine, deuxième ville sainte de l'islam après La Mecque, s'est produite en début de soirée lundi devant la Mosquée du prophète, un site très fréquenté par les fidèles en ces derniers jours du mois de jeûne musulman.

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Ian Geoffrey TIMBERLAKE
Agence France-Presse
Riyad

L'attentat-suicide sans précédent perpétré dans la ville sainte de Médine en Arabie saoudite a été condamné mardi avec force à travers le monde musulman et a provoqué l'indignation des responsables sunnites comme chiites.

Cette attaque qui a coûté la vie à quatre gardes de sécurité s'est produite lundi soir devant la Mosquée du prophète, un site très fréquenté en cette fin de ramadan et un lieu où toute violence est prohibée.

Elle a été l'un des trois attentats à frapper l'Arabie saoudite lundi à la veille de la fin du mois sacré de jeûne pour les musulmans.

Ils n'ont pour l'heure pas été revendiqués, mais leur mode opératoire rappelle celui du groupe djihadiste État islamique (EI), qui a mené plusieurs attentats-suicides meurtriers en Arabie saoudite depuis plus d'un an.

Selon le ministère saoudien de l'Intérieur, les forces de sécurité ont repéré dans un stationnement un suspect qui se dirigeait vers la Grande mosquée. Ce dernier a actionné sa ceinture d'explosifs quand des agents ont tenté de l'intercepter.

La plus haute autorité religieuse du royaume saoudien a accusé les responsables de l'attentat d'avoir « violé tout ce qui est sacré ».

Au Caire, Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, a rappelé la « sacralité des lieux saints, particulièrement la Mosquée du prophète ». Mahomet a passé les dix dernières années de sa vie à Médine où il est mort en 632 et où il est enterré.

Mardi soir, le roi Salmane a appelé les musulmans à « l'unité » et à protéger les jeunes « des dangers qui les guettent, notamment l'extrémisme », en référence aux groupes djihadistes.

« Le royaume est déterminé à frapper d'une main de fer tous ceux qui veulent nuire à (...) nos jeunes », a-t-il ajouté dans une brève allocution à l'occasion de l'Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du ramadan, célébrée mercredi.

« Acte effroyable »

Les attaques ont suscité une réprobation générale, notamment de l'Iran chiite, grand rival régional de l'Arabie saoudite sunnite.

Le Maroc, la Tunisie, l'Algérie, l'Afghanistan, le Pakistan, le Nigeria, entre autres, ont condamné avec fermeté ces attentats.

À Karachi, la plus grande ville pakistanaise, des dizaines de personnes ont manifesté en accusant les responsables de l'attaque de Médine de « blasphème ».

Dans un communiqué reçu par l'AFP, les talibans afghans se sont dit « choqués par cet acte effroyable » et « considèrent qu'il s'agit d'un acte perpétré par des ennemis mus par la haine des rituels musulmans ».

Pour le puissant mouvement chiite libanais Hezbollah, classé cette année comme « terroriste » par Riyad et les autres monarchies sunnites du Golfe, cet attentat est « un nouveau signe du mépris des terroristes pour tout ce que les musulmans considèrent comme sacré ».

« Il n'y a plus de ligne rouge pour les terroristes », a de son côté jugé le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. « Sunnites et chiites seront (tous des) victimes à moins que nous soyons unis », a-t-il prévenu.

L'Iran et l'Arabie saoudite s'opposent sur toutes les crises régionales, notamment en Syrie et au Yémen, et Riyad a rompu en janvier ses relations diplomatiques avec Téhéran après l'attaque de son ambassade dans la capitale iranienne.

L'Irak, où un attentat de l'EI a fait plus de 200 morts dimanche à Bagdad, a estimé que les attentats en Arabie saoudite « témoignent de l'idéologie déviante que portent les bandes takfiries (extrémistes sunnites, NDLR) » comme l'EI.

« Attaque contre la religion »

« Ces crimes sont d'autant plus méprisables qu'ils ont été perpétrés au moment où les habitants se préparaient à fêter l'Aïd el-Fitr », a souligné le patron de l'ONU Ban Ki-moon.

À Genève, le porte-parole du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, Rupert Colville, a indiqué que l'attentat constituait « une attaque directe contre tous les musulmans (...) et contre la religion elle-même ».

Le premier des trois attentats-suicides de lundi en Arabie saoudite avait eu lieu à l'aube à Jeddah (ouest) où un kamikaze, un Pakistanais, s'est fait exploser près d'une mosquée située à proximité du consulat des États-Unis, blessant légèrement deux agents de sécurité.

Un autre a été commis dans l'est de l'Arabie saoudite, près d'un lieu de culte chiite à Qatif. Le ministère de l'Intérieur a précisé que des restes humains appartenant à trois personnes avaient été découverts sur les lieux.

L'Arabie saoudite fait partie de la coalition internationale qui, sous commandement américain, combat l'EI en Irak et en Syrie. Elle dirige en outre depuis mars 2015 une coalition arabo-sunnite qui lutte au Yémen contre les rebelles chiites soutenus par l'Iran.

Depuis plus d'un an, les autorités saoudi ennes ont multiplié les arrestations d'islamistes radicaux. Elles ont annoncé en 2015 le démantèlement d'un groupe lié à l'EI avec l'interpellation de centaines de suspects, en majorité des Saoudiens.

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