Nucléaire : Washington rassure Téhéran sur la levée des sanctions

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Le secrétaire d'État américain John Kerry en compagnie du ministre des Affaires étrangères de l'Iran Mohammad Javad Zarif à New York, vendredi.

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Agence France-Presse
NEW YORK

Le secrétaire d'État américain John Kerry s'est efforcé vendredi de rassurer son homologue iranien Mohammad Javad Zarif sur la levée effective des sanctions contre Téhéran, notamment pour que des banques européennes puissent de nouveau commercer avec la puissance islamique chiite.

Parallèlement à ce tête-à-tête crucial à New York, les deux pays, qui n'ont en principe plus de relations diplomatiques depuis 1980, ont conclu un contrat commercial sans précédent d'achat par Washington d'eau lourde issue de réacteurs nucléaires iraniens.

Trois mois après l'entrée en vigueur en janvier de l'accord international historique sur le programme nucléaire iranien, scellé à Vienne le 14 juillet 2015 entre les grandes puissances et Téhéran, un vent de protestations souffle en Iran et aux États-Unis.

Aux yeux de détracteurs du président iranien Hassan Rohani, le contrôle imposé sur les infrastructures nucléaires se fait sans assez de contreparties financières pour Téhéran. A Washington, des républicains du Congrès sont vent debout contre la volonté prêtée au président Barack Obama d'une réintégration de l'Iran dans le système financier international et son éventuel accès au dollar.

C'est donc pour rassurer l'Iranien Zarif que l'Américain Kerry l'a retrouvé en fin de journée dans un palace de New York. Les deux hommes, qui affichent depuis trois ans leur proximité, s'étaient déjà vus en tête-à-tête mardi au siège de l'ONU.

« Nous avons levé les sanctions liées au nucléaire, comme nous nous y étions engagés, et les banques étrangères ont maintenant la possibilité de faire des affaires avec l'Iran », a souligné le chef de la diplomatie américaine en serrant la main de son homologue iranien. « Nous ne nous dressons pas en travers du chemin des banques étrangères engagées avec des banques et des entreprises iraniennes », a assuré John Kerry.

Saluant ces « déclarations », M. Zarif a réclamé une « véritable mise en oeuvre de tous les bénéfices que devrait tirer l'Iran de l'accord » de Vienne.

« Soutien au terrorisme »

Car Téhéran se plaint des réticences de banques et entreprises occidentales, européennes ou asiatiques à commercer avec l'Iran. Ces dernières redoutent en effet de tomber sous le coup de la législation draconienne américaine qui continue de punir la République islamique chiite pour son « soutien au terrorisme » et pour son programme de missiles balistiques.

Toute la semaine, la diplomatie américaine a donc joué l'apaisement, assurant que les États-Unis « comprenaient les inquiétudes de Téhéran quant au rythme de l'allègement des sanctions ». John Kerry avait même reconnu lundi que l'Iran n'avait jusqu'ici récupéré que « quelque trois milliards de dollars » de la levée des sanctions, contre environ 55 milliards de dollars escomptés de fonds gelés.

Mais l'Iran a touché vendredi 8,6 millions de dollars supplémentaires.

Le département américain de l'Énergie a effet acheté à l'organisation de l'énergie atomique iranienne 32 tonnes d'eau lourde pour répondre aux besoins de l'industrie et de la recherche nucléaires aux États-Unis, a annoncé le département d'État. « Cette transaction d'une portée limitée » doit « apporter à l'industrie des États-Unis un produit crucial, tout en permettant à l'Iran de vendre son surplus d'eau lourde », ont vanté le Trésor américain et le département d'État.

Et Washington l'assure : « ces matériaux ne sont pas radioactifs, ne présentent pas de danger pour la sécurité » et seront « revendus dans les prochaines semaines » sur le marché américain à des fins industrielles et de recherche scientifique.

L'achat de cette quantité d'eau lourde est « permis » par la législation américaine, selon le département d'État, qui le présente comme un corollaire de l'accord de Vienne. Ce texte, en vigueur depuis le 16 janvier, prévoit, en contrepartie d'une surveillance internationale du programme nucléaire de l'Iran, de lever les sanctions qui asphyxient son économie.

« Dollarisation »

Architecte de cet accord, l'administration Obama est favorable à une réintégration de Téhéran au sein de l'économie mondiale et oeuvre, même si elle s'en défend, à une amorce de rapprochement diplomatique.

Cette inflexion majeure de la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient inquiète ses alliés traditionnels que sont les monarchies sunnites du Golfe, que M. Obama a tenté de rassurer cette semaine à Riyad. Elle a aussi ulcéré Israël et provoqué l'ire d'opposants républicains du président démocrate.

Le président de la Chambre des représentants Paul Ryan a ainsi dénoncé « une nouvelle concession sans précédent au premier soutien mondial du terrorisme ».

Et le directeur du centre de réflexion Foundation for Defense of Democracies, Mark Dubowitz, a dit à l'AFP redouter « une dollarisation complète des échanges financiers et commerciaux avec l'Iran que le prochain président aura du mal à inverser ».

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