Israël et l'ONU s'invectivent sur fond de défiance mutuelle

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Les Israéliens pensent que les Nations unies leur sont hostiles. Une bonne partie de la communauté internationale s'habitue au langage à l'emporte-pièces entendu en Israël, surtout depuis l'installation en mai 2015 de l'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire d'Israël.

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Laurent LOZANO
Agence France-Presse
Jérusalem

L'ONU dénonce la colonisation, Israël accuse l'ONU de favoriser le terrorisme: la virulence des échanges reflète la défiance entre le gouvernement israélien et une communauté internationale qui doute de sa volonté de faire la paix avec les Palestiniens, malgré des violences renouvelées.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a fustigé mardi la poursuite de la colonisation comme «un affront fait au peuple palestinien et à la communauté internationale», après la révélation de plusieurs projets en Cisjordanie occupée.

Alors que la Cisjordanie, Jérusalem et Israël sont en proie à un nouvel accès de violences qui a réveillé le spectre d'une nouvelle intifada, M. Ban s'est alarmé du risque que ces projets, des «initiatives provocatrices», ne fassent «monter encore la tension et (nuisent) à toute perspective de règlement politique».

Ces propos «encouragent le terrorisme», a abruptement répliqué le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

M. Nétanyahou a mal pris que M. Ban invoque la «frustration» des Palestiniens et «justifie» ainsi les violences en en imputant la faute à Israël.

Les uns et les autres lancent leurs piques alors qu'un nouvel accès de fièvre a fait 159 morts palestiniens et 25 morts israéliens depuis le 1er octobre, selon un décompte de l'AFP.

Un Américain et un Erythréen ont également été tués dans les violences.

La majorité des Palestiniens tués sont des auteurs ou auteurs présumés d'attaques anti-israéliennes, quasiment quotidiennes. Rien n'indique qu'elles cessent prochainement, disent les services de sécurité israéliens.

Un langage devenu habituel 

Malgré sa virulence, la confrontation diplomatique n'est pas nouvelle, disent plusieurs experts.

Les Israéliens pensent que les Nations unies leur sont hostiles. Une bonne partie de la communauté internationale s'habitue au langage à l'emporte-pièces entendu en Israël, surtout depuis l'installation en mai 2015 de l'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire d'Israël.

Avant de s'en prendre à M. Ban mardi, M. Nétanyahou accusait la communauté internationale de traiter Israël plus mal que la Syrie, la Corée du Nord ou l'Iran. Le 14 janvier, il assimilait l'étiquetage par l'Union européenne des produits en provenance des colonies israéliennes aux pratiques de l'époque nazie.

Au même moment, la ministre suédoise des Affaires étrangères était presque déclarée persona non grata en Israël pour avoir réclamé des investigations sur les circonstances dans lesquelles des Palestiniens avaient été abattus.

L'ONU, l'Union européenne mais aussi les États-Unis s'inquiètent, eux, que la poursuite de la colonisation ne créent une réalité qui rende impossible la solution retenue par les grands projets de paix pour résoudre un conflit vieux de plusieurs décennies: la création d'un État palestinien coexistant en paix avec Israël.

De plus en plus expriment ouvertement non seulement les doutes dans l'engagement israélien à rechercher une «solution à deux États», mais la crainte de devoir déclarer cette solution morte pour de bon.

«Pas grand-chose à gagner»

M. Ban a évoqué plusieurs projets israéliens récemment rendus publics, comme le feu vert à la construction de 153 nouveaux logements ou l'annexion de terres agricoles dans la vallée du Jourdain. Mais les démolitions israéliennes, les déplacements de bédouins ou les restrictions au développement économique relèvent aussi de la colonisation et l'occupation, a-t-il dit en creux.

M. Nétanyahou répète qu'il est prêt à reprendre sans condition les négociations, arrêtées en avril 2014, mais qu'il n'a pas en face de lui de «partenaire pour la paix». Le président palestinien Mahmoud Abbas vient lui aussi de dire qu'il était prêt à discuter si Israël stoppait la colonisation et relâchait des Palestiniens en vertu d'un accord antérieur, tout en assurant que ce n'étaient pas là des conditions.

Aujourd'hui, aucun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, ni l'UE, ne semblent prêts à une initiative pour relancer l'effort de paix. Les Palestiniens eux-mêmes disent préparer un projet de résolution au Conseil de sécurité, sur la colonisation ou un statut de protection internationale.

«Rien de sérieux» ne se produira avec l'actuel gouvernement israélien, qui fait la part belle au lobby procolons, dit l'expert Jonathan Rynhold.

Selon lui, M. Nétanyahou «ne construit pas tant que cela dans les colonies», et cela frustre les partisans de la colonisation dans sa majorité. Mais, avec une partie palestinienne refusant de discuter sans conditions préalables et avec sa propre majorité ténue, «il n'a pas grand-chose à gagner à prendre de front la droite».

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