L'Arabie saoudite cultive l'héritage du wahhabisme

Lancé en 2000, le projet de 750 millions... (PHOTO FAYEZ NURELDINE, ARCHIVE AFP)

Agrandir

Lancé en 2000, le projet de 750 millions de riyals (176 millions d'euros) consiste, en plus de l'édification du centre Abdelwahhab, à réhabiliter Atturaif, un site de maisons aux murs d'argile berceau de la dynastie des Al-Saoud. Sur cette photo, un ouvrier asiatique travaille à la restauration.

PHOTO FAYEZ NURELDINE, ARCHIVE AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Ian TIMBERLAKE
Agence France-Presse
RYAD

Aux portes de Ryad, s'élève la silhouette massive du futur centre de recherche dédié au wahhabisme, une branche de l'islam considérée comme inflexible, intolérante et immuable.

Le bâtiment fait partie d'un ambitieux projet de développement piloté par le roi Salmane d'Arabie saoudite. Il se dresse au centre du quartier Addiriyah, où vécut le prédicateur Mohammed ben Abdelwahhab qui noua une alliance à l'origine de la naissance du premier État saoudien au XVIIIe siècle.

Cette alliance avec un chef local, Mohammed ben Saoud, jeta les bases de l'Arabie saoudite d'aujourd'hui et de sa doctrine rigoriste.

La volonté de préserver l'héritage du prêcheur signifie que le wahhabisme reste au coeur de l'âme saoudienne même si cette doctrine est accusée d'alimenter l'extrémisme sunnite.

Le centre va renfermer des documents, des livres et une médiathèque pour les chercheurs qui s'intéressent au prédicateur Mohammed ben Abdelwahhab et à son message.

Lancé en 2000, le projet de 750 millions de riyals (176 millions d'euros) consiste, en plus de l'édification du centre Abdelwahhab, à réhabiliter Atturaif, un site de maisons aux murs d'argile berceau de la dynastie des Al-Saoud.

Le roi Salmane possède un palais surplombant ce site où vécurent ses ancêtres et qui est maintenant classé au patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO.

Ces travaux doivent être achevés fin 2016.

Une fois terminé, le complexe abritera cinq mini-musées dépeignant la vie sous le premier État saoudien (1744-1818) qui tomba sous les coups des envahisseurs ottomans et égyptiens.

Alliance cruciale

Le centre Abdelwahhab a «une importante valeur historique», explique à l'AFP Abdallah Arrakban, directeur de la commission de développement. Il défendra la «vérité» sur l'oeuvre de Mohammed Abdelwahhab, que les médias décrivent comme un «tueur et un va-t-en-guerre, mais je pense que c'est faux».

Le prêcheur a défendu, aux yeux de M. Arrakban, le Tawhid (unicité de Dieu) en opposition au culte des saints, au chiisme, à la représentation des êtres vivants, et prôné l'application de la charia (loi islamique), pour un retour à l'islam originel tel qu'il était pratiqué à ses débuts.

L'architecture du futur centre reflète ce rigorisme, l'austérité des imposants blocs de calcaire des façades n'étant rompue que par des passerelles en verre.

Mohammed Abdelwahhab a noué dès 1740 l'alliance qui a légitimé les Al-Saoud. En contrepartie, ces derniers ont mis en oeuvre sa doctrine.

Cette alliance se perpétue aujourd'hui avec une famille royale qui garde la main haute sur la vie politique et laisse les religieux imposer de stricts codes de conduite.

Dans ce pays ultraconservateur, la mixité est interdite, la femme n'a pas le droit de conduire, les salles de cinéma et la consommation d'alcool sont bannies.

La doctrine wahhabite est également accusée d'inspirer les organisations jihadistes comme Al-Qaïda ou le groupe Etat islamique (EI).

Extrémisme religieux

Irfan al-Alawi, cofondateur de la Fondation du patrimoine islamique basée à la Mecque, dénonce «l'hypocrisie» qui consiste à honorer Abdelwahhab et préserver Addiriyah en laissant dépérir des sites historiques dans le reste du pays.

En accord avec l'enseignement de Abdelwahhab contre l'idolâtrie, les autorités ont délaissé des sites liés au prophète Mahomet dans les villes saintes de La Mecque et Médine, a-t-il ajouté. Certains ont déjà disparu dans les opérations d'aménagement urbain.

Pour lui, des liens existent entre la pensée wahhabite et l'EI. «Vous avez l'idéologie wahhabite et puis vous avez ses ramifications qui sont devenues encore plus extrêmes».

Pourtant, «l'Arabie saoudite n'a rien à voir avec l'EI», estime Stéphane Lacroix, professeur à Sciences Po à Paris, notant qu'Abdelwahhab a laissé la politique aux politiciens.

«Le pouvoir politique met un certain nombre de contraintes sur l'autorité religieuse qui en un sens limite (...) le radicalisme», souligne-t-il. Une partie de la jeunesse du pays «ne se sent pas vraiment wahhabite» dans une société exposée aux influences modernes.

Dans un parc ouvert près du site d'Atturaif, des habitants de Ryad ont pris l'habitude de se promener.

Tarek al-Mouaiseb, un banquier de 24 ans est venu explorer les ruines pour voir «comment nos grands-pères ont vécu». En photographiant la mosquée Abdelwahhab, une réplique moderne du vieux lieu de prière, il ne manque pas de constater que le prédicateur a «laissé une grande empreinte sur le pays».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer