La mort de Wahishi déstabilise Al-Qaïda sans réduire la menace djihadiste

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Nasser al-Wahishi

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René SLAMA
Agence France-Presse
Dubaï

L'élimination du chef d'Al-Qaïda au Yémen, qui était aussi le numéro 2 de l'organisation au niveau mondial, déstabilise le réseau au profit du groupe rival État islamique (EI), sans pour autant réduire la menace djihadiste globale, estiment des experts.

Mardi, Washington a présenté la mort de chef djihadiste Nasser al-Wahishi dans un raid américain comme un «coup sévère» porté «à Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), la branche la plus dangereuse d'Al-Qaïda, et plus largement à Al-Qaïda».Des analystes abondent en ce sens, en rappelant qu'Aqpa a déjà été affecté par la mort de deux autres hauts responsables, tués dans des attaques de drone américain en avril. Il s'agit de l'idéologue Ibrahim al-Rubaish et Nasser-Al-Ansi, l'homme ayant revendiqué au nom du groupe l'attaque contre Charlie Hebdo en janvier à Paris.

De même, ajoutent ces experts, au delà du Yémen, la mort de Wahishi est un sérieux revers pour Al-Qaïda en général car le chef djihadiste était considéré depuis 2013 comme le bras droit d'Ayman al-Zawahiri, successeur d'Oussama ben Laden. Il était aussi l'homme par lequel des messages «opérationnels» passaient entre les différentes branches de l'organisation.

Cependant, en Syrie et en Irak, l'affaiblissement des branches locales d'Al-Qaïda ces dernières années a profité à l'EI, qui a revendiqué il y a trois mois ses premiers attentats sanglants au Yémen et qui cherche à attirer de nouveaux aspirants djihadistes, souvent dans des surenchères anti-chiites.

Mercredi soir, l'EI a de nouveau revendiqué une série d'attentats contre des mosquées et des cibles liées à la rébellion chiite dans la capitale Sanaa, faisant au moins 31 morts et des dizaines de blessés, à la veille du premier jour du ramadan.

«Plus Al-Qaïda est affaibli, plus les combattants djihadistes rejoignent l'EI pour le renforcer. A l'inverse, plus l'EI est attaqué, plus il y aura un retour des combattants vers Al-Qaïda», explique Mathieu Guidère, professeur d'islamologie à l'université de Toulouse (France).

«Il s'agit de vases communicants» et l'avenir d'Al-Qaïda dépend donc «du sort qui sera réservé à l'EI», précise-t-il. Al-Qaïda et l'EI sont des groupes extrémistes sunnites.

Certains experts restent sceptiques devant les affirmations de l'exécutif américain, selon lesquelles la mort de Wahishi «nous rapproche de l'objectif visant à affaiblir et à terme vaincre ces groupes».

Exacerber les problèmes

Pour l'heure, estime le Soufan Group, qui fournit de l'analyse stratégique sur des questions de sécurité, la mort de Wahishi «va exacerber davantage les problèmes de commandement et de contrôle» au sein d'Al-Qaïda, «qui sont devenus de plus en plus évidents au fur et à mesure que l'EI a pris l'ascendant à la fois sur les champs de bataille et dans les médias».

«Al-Qaïda est menacé de devenir un vague rassemblement de groupes locaux», note le Soufan Group, en s'interrogeant sur le défi posé au «ben-ladenisme» plus de quatre ans après l'élimination du fondateur du réseau par un commando américain au Pakistan.

Si la maison mère Al-Qaïda est déstabilisée, il n'est pas certain que sa branche yéménite soit en difficulté dans l'immédiat, même si l'élimination de plusieurs responsables pose la question de la présence en son sein de «taupes» qui informeraient les États-Unis, affirment des analystes.

Mercredi, Al-Qaïda au Yémen a exécuté par balle deux de ses membres, des Saoudiens, accusés d'espionnage au profit des États-Unis, ont indiqué un responsable local et des témoins.

Cependant, l'organisation reste relativement forte au Yémen.

«Par comparaison à d'autres branches d'Al-Qaïda», Aqpa est celle qui est la mieux implantée et, «même si Wahishi est une perte, elle peut rebondir rapidement», estime Olivier Guitta, directeur de GlobalStrat, entreprise de conseil spécialisée dans l'évaluation des risques géopolitiques.

Enraciné dans le sud et le sud-est de ce pays pauvre et instable, Aqpa a profité du chaos créé par des raids aériens saoudiens contre des rebelles chiites pour s'emparer en avril de Moukalla, capitale du Hadramout, la plus grande province du Yémen.

Si Aqpa a été défié pour la première fois cette année par l'EI, il bénéficie encore d'une bonne organisation interne --le successeur de Wahishi, Qassem al-Rimi, a été nommé rapidement-- et de puissants relais au sein de tribus sunnites avec lesquelles il est allié.

Selon Mathieu Guidère, Al-Qaïda au Yémen est «devenu une force parmi d'autres du camp sunnite, notamment tribales», une force considérée comme «modérée et donc fréquentable par rapport à la barbarie de l'EI» qui avait déjà tué 142 fidèles dans des attentats suicide contre des mosquées chiites en mars à Sanaa.

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