Le Hezbollah à la rescousse du régime de Bachar al-Assad

Le Hezbollah, en prenant le contrôle de la... (Photo Mohamed Azakir, archives Reuters)

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Le Hezbollah, en prenant le contrôle de la chaîne de montagnes du Qalamoun, entend sécuriser pour de bon la plaine de la Bekaa, l'une de ses places fortes au Liban.

Photo Mohamed Azakir, archives Reuters

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Thomas Abgrall

Collaboration spéciale

La Presse

(BEYROUTH) Dans son petit salon de coiffure de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, Ali coupe en plaisantant les cheveux de plusieurs ados de passage.

Look branché, avec ses tatouages, son fin collier de barbe, sa chemise rouge moulante et son jean délavé, qui ne laisse pas deviner qu'il est un des jeunes combattants des Brigades Radwan du Hezbollah. Il s'agit d'unités spéciales créées par Imad Moughnieh, un haut dirigeant du Hezbollah tué par le Mossad israélien en 2008 à Damas.

Il faut vraiment avoir l'oeil pour remarquer la kalachnikov dans un étui cachée derrière un bac à shampoing, non loin de flacons d'eau de Cologne et de pots de gel « Élégance ».

Prenant une pause sur un canapé en cuir, Ali fait défiler sur son iPhone les dernières photos de la dernière bataille du Qalamoun, une vaste région montagneuse à cheval entre le Liban et la Syrie, dernier maquis des combattants rebelles proche de la frontière libanaise.

Depuis le début du mois de mai, le Hezbollah y a lancé avec l'armée syrienne une opération de grande envergure. Sur une photo, Ali sourit, entouré d'une vingtaine de combattants qui n'ont pas plus de 30 ans. En treillis couleur désert, il pose avec son arme, un sac à dos vert foncé, un casque gris vissé sur la tête.

À LA CONQUÊTE DE TALLET MOUSSA

Le jeune homme de 24 ans vient de revenir du Qalamoun, après 25 jours de mobilisation. « Les takfiris [nom employé pour désigner les islamistes radicaux] étaient équipés d'armes sophistiquées et ont creusé par endroits des bunkers, mais une grande partie a fui ses positions quand nous sommes passés à l'attaque. Nous pensions mettre plusieurs semaines pour conquérir Tallet Moussa [NDLR : l'un des sommets les plus stratégiques du Qalamoun], mais nous avons seulement mis six heures », raconte Ali.

« Nous fonctionnons par petites unités mobiles de sept personnes. Nous attaquons surtout la nuit, à partir de 4 h du matin. Pendant la journée, d'autres unités bombardent les positions ennemies à l'artillerie lourde », explique Ali.

La milice chiite, en prenant le contrôle de la chaîne de montagnes du Qalamoun, entend sécuriser pour de bon la plaine de la Bekaa, l'une de ses places fortes au Liban. Quelques milliers de combattants islamistes syriens, principalement le Front al-Nosra (la branche d'Al-Qaïda en Syrie) y expédiaient régulièrement des roquettes.

Le Hezbollah vient surtout une nouvelle fois au secours du régime syrien, en protégeant ses arrières à Damas, capitale syrienne. « Le régime syrien a désespérément besoin de victoires, après d'importants revers ces dernières semaines à Idlib et Jisr el Choughour, dans le nord du pays et la prise de Palmyre par le groupe État islamique », estime Mario Abou Zeid, analyste au Centre de recherches américain Carnegie à Beyrouth.

UN ALLIÉ FIDÈLE

Le « Parti de Dieu » est depuis le début de la guerre en Syrie le plus fidèle allié du président syrien, Bachar al-Assad. Il participe officiellement aux combats depuis deux ans, soit depuis qu'il a conquis la région de Qousseir, à la frontière est du Liban, alors que l'armée de Bachar al-Assad reculait sur plusieurs fronts.

La milice chiite intervient principalement dans les régions frontalières du Liban et dans le sud de la Syrie, mais envoie ses combattants jusqu'à Alep, au nord du pays. L'engagement militaire du « Parti de Dieu » a permis pendant plus d'un an et demi au régime d'enregistrer de précieux succès. Mais depuis mars 2015, les rapports de force s'inversent à nouveau, à la suite de l'unification d'importantes factions islamistes au sein de l'alliance de l'« Armée de la conquête ». Leurs principaux commanditaires, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, ont en effet décidé de collaborer.

Parallèlement, malgré les frappes de la coalition internationale, le groupe État Islamique continue son inquiétante progression et contrôlerait désormais la moitié du territoire syrien, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). L'organisation est désormais aux portes de Hassaké, une grande ville du nord-est de la Syrie. 

Depuis mercredi, le Hezbollah affronte d'ailleurs pour la première fois quelques centaines de combattants du groupe djihadiste retranchés dans le Qalamoun, à la lisière de deux villages chrétiens de la plaine libanaise de la Bekaa. « La bataille contre Daesh [l'EI] a commencé, a affirmé Hassan Nasrallah, le leader du parti chiite, lors d'un discours télévisé. Nous sommes déterminés à mettre un terme à ce danger takfiriste [en référence aux djihadistes sunnites], même si les sacrifices seront chers. »

L'engagement du « Parti de Dieu » a déjà un prix élevé : environ 800 de ses combattants auraient péri depuis plus de deux ans sur le sol syrien.

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