Quatre Afghans condamnés à mort pour le lynchage d'une jeune femme

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Des centaines de personnes, choquées par sa mort violente s'étaient mobilisées. Et fait rare en Afghanistan, le cercueil de la jeune femme avait été porté au cimetière par des femmes.

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Emal HAIDARY
Agence France-Presse
KABOUL

Un tribunal de Kaboul a condamné à mort mercredi quatre hommes pour le lynchage en mars dernier d'une jeune femme, Farkhunda, accusée à tort d'avoir brûlé un coran, une affaire qui avait suscité un vif émoi en Afghanistan et à l'étranger.

Moins de deux mois plus tard, les juges... (PHOTO ALLAUDDIN KHAN, AP) - image 1.0

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Moins de deux mois plus tard, les juges du tribunal de première instance des «crimes contre la sécurité nationale» ont condamné à «l'unanimité» quatre hommes à la peine capitale par pendaison pour ce meurtre, a annoncé mercredi le juge Safiullah Mojaddidi lors d'une audience publique à Kaboul.

PHOTO ALLAUDDIN KHAN, AP

L'Afghane de 27 ans avait été battue à mort, puis brûlée et jetée dans le lit d'une rivière à Kaboul par une foule furieuse qui l'accusait d'avoir profané le livre saint de l'islam.

Des centaines de personnes, choquées par sa mort violente s'étaient mobilisées. Et fait rare en Afghanistan, le cercueil de la jeune femme avait été porté au cimetière par des femmes.

Le drame, condamné à la fois par le président Ashraf Ghani et les talibans du mollah Omar, avait provoqué de nombreuses protestations en Afghanistan, mais aussi dans plusieurs capitales européennes.

Moins de deux mois plus tard, les juges du tribunal de première instance des «crimes contre la sécurité nationale» ont condamné à «l'unanimité» quatre hommes à la peine capitale par pendaison pour ce meurtre, a annoncé mercredi le juge Safiullah Mojaddidi lors d'une audience publique à Kaboul.

Parmi ces condamnés à mort figure un mollah autoproclamé, Zainul Abiddin, qui vendait des amulettes près d'une mosquée et qui a été à l'origine du déchaînement de violences contre la jeune femme.

Or l'enquête a révélé que Farkhunda n'avait jamais brûlé le coran, mais plutôt dénoncé les activités de ce vendeur d'amulettes comme étant non conformes à l'islam.

Contrarié, ce dernier l'avait alors accusée de blasphème et mobilisé une foule pour la lyncher devant des policiers qui étaient restés passifs. La scène, sordide, avait abondamment circulé sous forme de vidéos et de photos sur les réseaux sociaux.

Dans la foulée de ce meurtre, le mouvement «Justice pour Farkhunda» s'était mis en place pour dénoncer les violences faites aux femmes, mais aussi le charlatanisme et l'ignorance crasse à l'origine de cette affaire.

Le tribunal de première instance a aussi condamné mercredi huit autres hommes à 16 ans de prison et en a relaxé 18 autres, faute d'éléments à charge, dans ce procès qui a débuté samedi dans la capitale afghane.

«Impartialité?» 

Peu après l'annonce du verdict, Mujibullah, le frère de Farkhunda, s'est déclaré déçu par les peines prononcées.

«Il y avait des milliers de personnes impliquées dans le meurtre de ma soeur et le tribunal n'en a condamné que quatre», a-t-il estimé avant d'ajouter: «nous voulons que le tribunal revienne sur sa décision et juge davantage de personnes impliquées».

En revanche, Heather Barr, de l'organisation Human Rights Watch (HRW) s'inquiète de l'impartialité du procès. «Prononcer un verdict contre 30 accusés sur des accusations aussi graves dans un procès de trois jours, soulève de sérieuses interrogations quant à l'impartialité», a-t-elle déclaré à l'AFP.

Le tribunal jugeait 49 personnes au total pour ces faits, avec des chefs d'accusation allant de violences à meurtre. Outre les 30 personnes sur lesquelles le tribunal s'est prononcé mercredi, 19 policiers seront fixés sur leur sort dimanche.

Les parents de Farkhunda, qui se trouvaient au tribunal mercredi, avaient annoncé avant le verdict qu'ils souhaitaient que «la justice soit rendue et que les criminels qui ont tué une jeune femme éduquée soient punis».

Dans un rapport publié en avril, l'ONU avait souligné que l'accès à la justice pour les femmes devait être «renforcé» en Afghanistan. Le rapport estime notamment que seulement 5 % des affaires dans lesquelles les auteurs sont identifiés mènent à des procès et des condamnations devant la justice.

En octobre, cinq hommes avaient été pendus à Kaboul dans une affaire de viol qui avait suscité l'indignation en Afghanistan. L'ONU et plusieurs organisations de défense des droits de l'homme avaient demandé, en vain, au président Ashraf Ghani d'éviter ces exécutions.

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