Israël se voit comme un refuge pour les Juifs

Le premier ministre d'Israël, Benyamin Nétanyahou.... (Photo d'archives, AP)

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Le premier ministre d'Israël, Benyamin Nétanyahou.

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Laurent LOZANO
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Ils irritent les Européens. Mais les appels de Benyamin Nétanyahou aux Juifs du Vieux continent ne devraient étonner personne. Parce qu'Israël se voit comme un refuge, et parce que son premier ministre est en campagne, disent les experts.

Il y a un mois, M. Nétanyahou agaçait Paris en lançant aux Juifs de France, choqués par l'assassinat de quatre coreligionnaires, qu'Israël était leur «foyer». Malgré la vive réplique du premier ministre français Manuel Valls à l'époque, le chef du gouvernement israélien a récidivé dimanche en s'adressant aux Juifs d'Europe après un nouvel assassinat, à Copenhague.

Cette fois, il a aussi piqué au vif les gouvernements français, danois, autrichien, et la chancelière Angela Merkel, parmi d'autres.

«À tous les Juifs d'Europe et aux Juifs à travers le monde, je dis: Israël vous attend les bras ouverts», a déclaré M. Nétanyahou. Son cabinet a approuvé dans la foulée un plan spécial de 180 millions de shekels (46,5 millions USD) pour favoriser l'immigration des Juifs de France, de Belgique et d'Ukraine. D'autres plans vont suivre, car c'est à une «immigration de masse» qu'Israël se prépare, a-t-il assuré.

M. Hollande a promis de ne plus accepter les propos venant d'Israël qui «laisseraient penser que les Juifs n'auraient plus leur place en Europe». M. Valls a estimé que la campagne pour les législatives israéliennes en mars n'autorisait pas «n'importe quelle déclaration».

Au Danemark, en Allemagne et en Autriche aussi, les mots de M. Nétanyahou ne sont pas bien passés, y compris auprès des principaux intéressés: les Juifs eux-mêmes.

«Choix individuel»

À un moment où Israël est déjà soumis à une forte pression internationale pour d'autres raisons, le porte-parole de la diplomatie, Emmanuel Nahshon, s'est employé à arrondir les angles.

M. Nétanyahou est dans son rôle de premier ministre d'un État qui se veut la nation du peuple juif, et qui, pour une grande part, s'est construit comme un refuge, y compris dans un passé récent pour les Juifs d'URSS ou d'Éthiopie, a-t-il expliqué à l'AFP.

«Nous appelons les Juifs du monde entier à venir, mais il faut que ce soit un choix individuel», souligne-t-il, estimant que le premier ministre israélien ne peut se taire devant le fait que, depuis 1945, «il n'a jamais été aussi difficile d'être juif en France» ou en Europe.

L'aliyah, «ascension» en hébreu, qui désigne l'émigration des Juifs vers Israël, est consubstantielle à l'État hébreu, soulignent les experts.

Cet élément fondamental de la politique israélienne était encouragé par l'Agence juive avant même la création de l'État d'Israël en 1948. Depuis 1948, plus de trois millions de Juifs ont fait leur «aliyah» pour échapper aux persécutions, ou au nom de l'idéal sioniste.

Les Français ou les Danois ne «devraient pas être choqués», estime Esther Schely-Newman, professeur d'université à Jérusalem, cette idée qu'Israël «ouvre ses bras à tous les Juifs du monde, c'est l'essence même de notre existence. Maintenant, faut-il que tous les Juifs du monde viennent ? C'est une autre question».

«Monsieur sécurité»

En 2004 déjà, le premier ministre Ariel Sharon avait énervé Paris en appelant les Juifs de France à immigrer «immédiatement» en Israël à cause d'un «antisémitisme déchaîné».

Le message est encore plus direct quand il est adressé à des Juifs de l'ex-URSS, de Syrie ou d'Iran, rappelle Denis Charbit, professeur de sciences politiques. Mais droite et gauche «partagent tous la conception du sionisme de base que les Juifs doivent rentrer dans leur patrie», Israël. La droite se distingue juste par un «côté plus assertif».

Pour Colette Avital, ancienne diplomate en France et ex-députée travailliste, davantage que la teneur du propos, c'est le calendrier qui est malvenu, d'autant «que je ne suis pas sûre qu'Israël puisse offrir (aux Juifs) toute la sécurité du monde». Mais elle non plus ne s'étonne pas: «En temps normal, peut-être M. Nétanyahou aurait-il montré plus de diplomatie. Mais en cette période électorale, c'est l'image de l'homme fort, de Monsieur sécurité qu'il essaie de projeter».

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