Les Israéliens aux urnes le 17 mars

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En faisant imploser son gouvernement, le permier ministre Benyamin Nétanyahou a pris de sérieux risques politiques, estiment les commentateurs.

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Jean-Luc RENAUDIE
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Le Parlement israélien a fixé mercredi au 17 mars les élections anticipées voulues par le premier ministre Benyamin Nétanyahou, qui a limogé ses ministres frondeurs avant ce scrutin en forme de plébiscite selon les commentateurs.

La date choisie va figurer dans le projet de loi de dissolution, adopté mercredi en lecture préliminaire par 84 voix (sur 120) contre zéro. Le texte devrait être adopté définitivement lundi à l'issue de trois autres lectures.

Cette dissolution a été provoquée par un coup de force de M. Nétanyahou, qui a limogé mardi deux ministres centristes Yaïr Lapid (Finances) et Tzipi Livni (Justice) en les accusant d'avoir ourdi un «putsch» contre lui. Trois ans avant la fin de sa législature, il a donc réclamé des élections parce qu'il ne pouvait «plus diriger le pays».

M. Nétanyahou, qui espère obtenir un quatrième mandat de premier ministre, a affirmé mercredi lors d'une réunion des députés du Likoud (droite), son parti, que les «élections vont tourner autour d'une seule question : qui va diriger le pays?».

Une façon de faire de ce scrutin un référendum sur sa personne, a aussitôt conclu un commentateur sur la radio publique. «Les élections ne porteront pas sur des questions idéologiques, économiques, sécuritaires, mais sur qui est pour et qui est contre Nétanyahou».

Pour former une prochaine majorité, le premier ministre a d'ores et déjà indiqué qu'il souhaitait renouer son alliance avec les partis ultra-orthodoxes, actuellement dans l'opposition, mais qu'il considère comme ses «alliés naturels».

Il entend aussi maintenir l'accord avec deux partis de la droite dure, Israël Beiteinou, du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, et le Foyer Juif, de Naftali Bennett, le ministre de l'Économie, favorables une colonisation tous azimuts dans les territoires palestiniens.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a pour sa part exprimé l'espoir que les élections «créent la possibilité d'un gouvernement qui pourra négocier et aller de l'avant», alors que les négociations de paix sont totalement gelées depuis avril.

Vives critiques de la presse

Mais, en faisant imploser son gouvernement, M. Nétanyahou a pris de sérieux risques politiques, estiment les commentateurs.

Selon les sondages, il n'est pas certain qu'il puisse facilement former une nouvelle coalition. Un de ses proches, Youval Steinitz, le ministre du Renseignement, a évoqué le risque d'un éparpillement des voix dans un système de vote proportionnel et mis en garde contre «une situation à l'italienne avec des élections tous les ans».

La plupart des éditorialistes se livrent pour leur part à une attaque en règle contre le premier ministre. «Ne nous faisons pas d'illusions, le gouvernement que Nétanyahou nous propose est un gouvernement avec l'extrême droite et les ultra-orthodoxes. C'est un cauchemar qu'il promet ainsi aux Israéliens», affirme le quotidien Yediot Aharonot, le plus vendu du pays.

Ben Caspit, du journal de centre droit Maariv, dénonce un «pari paranoïaque» d'un premier ministre qualifié par Nahum Barnea, du Yediot Aharonot, de «personne instable doté d'un psychique troublé». Sima Kadman, également du Yediot Aharonot, évoque «l'inquiétude en terme clinique» que suscite la conduite de M. Nétanyahou.

Plus mesuré, le Jerusalem Post (droite) estime dans son éditorial que «les élections auraient pu et dû être évitées. Il est frustrant de se rendre compte qu'elles n'auront rien à voir avec des principes idéologiques ou économiques, mais qu'elles relèvent d'une politique immature et d'inimitiés personnelles. Nous, citoyens d'Israël, méritons mieux».

Selon les derniers sondages, le Likoud, est crédité de 22 à 24 sièges contre 18 (sur 120) actuellement. Le Foyer Juif devrait connaître la plus forte progression en passant de 12 à 16-17 sièges. Israël Beiteinou est stable avec 10-12 mandats contre 13. Moshé Kahlon, un ancien ministre du Likoud, a créé un parti centriste qui pourrait remporter entre 10 et 12 sièges.

Yesh Atid, le parti de Yaïr Lapid, et HaTnuha, la formation de Tzipi Livni, subissent en revanche une forte baisse en passant de 25 sièges à 14-15.

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