Jérusalem sous tension: vers une nouvelle intifada?

À Qalandiya, la prière de vendredi a été... (Photo Abed Omar Qusini, Reuters)

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À Qalandiya, la prière de vendredi a été suivie d'affrontements entre environ 300 Palestiniens et des policiers israéliens au poste de contrôle entre Jérusalem et la Cisjordanie occupée, sur la route de Ramallah. Une dizaine de Palestiniens ont été blessés, dont un par balles, selon les secours palestiniens.

Photo Abed Omar Qusini, Reuters

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Leslie Rezzoug

collaboration spéciale

La Presse

(Jérusalem) Depuis plusieurs semaines, Jérusalem est le théâtre d'un déchaînement de violences. Attentat en pleine rue, tentative d'assassinat et répliques policières de grande ampleur dans les quartiers arabes... Ces tensions exacerbées font désormais craindre une nouvelle «guerre des pierres».

Une poudrière prête à s'enflammer. Vendredi matin, peu avant la grande prière qui doit se tenir sur l'esplanade des Mosquées, les rues de la vieille ville de Jérusalem semblent plutôt calmes. Une apparente normalité qui peine à masquer une tension palpable.

Près de la porte de Damas, à l'entrée de Jérusalem-Est, la défiance reste de mise. Les visages sont fermés, circonspects. «On reste sur nos gardes. Après les scènes de guerre civile de vendredi, chacun craint que cela recommence», rapporte Hosam, un jeune habitant du quartier. Un peu plus loin, les forces de sécurité israéliennes patrouillent.

Sur le qui-vive, les policiers détaillent chaque visage, scrutent les moindres faits et gestes des passants. Les contrôles se multiplient. À l'intérieur du souk de la vieille ville qui bruisse habituellement des conversations animées des marchands, la plupart des touristes ont déserté les allées. L'effervescence a été remplacée par la méfiance.

Instabilité

Pour Lisa, une touriste allemande de 25 ans rencontrée à la gare routière de Jérusalem, plus question de s'aventurer dans la ville. «C'est terriblement tendu et la situation peut dégénérer à chaque instant. Je pensais continuer mes visites aujourd'hui, mais finalement, je préfère prendre le car pour Tel-Aviv», se désole-t-elle.

Une atmosphère pesante due aux troubles qui ont émaillé la journée de jeudi entre jeunes Palestiniens et les forces de l'ordre. Jets de pierres, cocktails Molotov et gaz lacrymogènes... Les deux camps se sont affrontés toute la journée après la tentative d'assassinat mercredi soir de Yehuda Glick, célèbre représentant de l'ultranationalisme religieux qui milite pour le droit des juifs de prier sur l'esplanade.

Appelée «mont du Temple» dans la tradition juive, c'est le lieu le plus sacré du judaïsme. S'ils ont le droit de s'y rendre, les fidèles n'ont pas le droit d'y prier par crainte des débordements. Muataz Hijazi, l'agresseur de Yehuda Glick, a ensuite été abattu par la police israélienne dans sa maison du quartier arabe d'Abu Tor.

Fermeture de l'esplanade

Face aux nombreux heurts déclenchés par l'événement, les autorités ont décidé jeudi de fermer l'accès à l'esplanade. Une première depuis des années et un véritable symbole.

«Je comprends que cette interdiction puisse être vécue comme une véritable provocation par la population musulmane de la ville, mais en même temps, c'était certainement la seule solution pour ne pas envenimer une situation déjà explosive. Dans ce contexte, les autorités n'ont pas vraiment eu le choix», analyse Daniel, un habitant de Jérusalem d'une quarantaine d'années, à la station de tramway non loin de l'entrée de la vieille ville.

Vendredi, les fidèles ont de nouveau pu se rendre à la mosquée. Une restriction a malgré tout été imposée: l'accès n'a été autorisé qu'aux hommes de plus de 50 ans.

Si la ville trois fois sainte semble ces derniers jours sur le point de basculer définitivement dans la violence, les troubles augmentent graduellement depuis plusieurs semaines. Le 22 octobre dernier, Abdelrahmane Shaloudeh, 21 ans, a délibérément lancé sa voiture contre plusieurs personnes à l'arrêt de tramway de la «colline aux Munitions», à la jonction entre les parties est et ouest de Jérusalem, tuant un bébé et une jeune Équatorienne de 22 ans. Une affaire tragique qui continue d'ébranler profondément les habitants de Jérusalem.

Vendredi matin, au marché traditionnel de Mahane Yehuda, on s'interroge: «Jérusalem a toujours été une ville sensible. Elle est au coeur des trois religions monothéistes et cristallise depuis toujours les tensions, mais ces derniers temps, nous sommes entrés dans une spirale de haine et de violence dont il semble presque impossible de sortir!», s'exclame Ruthie, une retraitée de 67 ans venue faire ses courses. «La haine de l'autre est partout», soupire-t-elle.

Défiance entre les deux communautés

Principal point de crispation, l'installation de colons dans des secteurs arabes de la ville. «Régulièrement, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou annonce de nouvelles constructions. Cela devient intenable. La population arabe est asphyxiée!», martèle Hosam.

Le 27 octobre dernier, le premier ministre a notamment décrété la construction de 10 000 logements supplémentaires destinés à la population juive de la ville. En tout, il y aurait près de 200 000 habitants juifs à Jérusalem-Est sur une population totale de 500 000 personnes. Dénoncée par de nombreux pays, cette politique semble aviver la défiance entre les deux communautés.

Alors que les attentats et les émeutes se multiplient, la tension croît de jour en jour. Désormais, la population de Jérusalem n'a plus qu'une seule crainte: que cette nouvelle flambée de violence n'embrase définitivement la ville.

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