Les risques et périls du quotidien de l'Iranienne

  • Une partie du métro de Téhéran est réservé aux femmes. S’y côtoient les femmes avant-gardistes, repoussant les limites du code vestimentaire des femmes traditionnelles. (Farzaneh Khademian, collaboration spéciale)

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    Une partie du métro de Téhéran est réservé aux femmes. S’y côtoient les femmes avant-gardistes, repoussant les limites du code vestimentaire des femmes traditionnelles.

    Farzaneh Khademian, collaboration spéciale

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  • Une jeune Iranienne à la mode sort du métro de Téhéran. Tous les jours, les filles défient les normes vestimentaires imposées par le régime islamique. (Farzaneh Khademian, collaboration spéciale)

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    Une jeune Iranienne à la mode sort du métro de Téhéran. Tous les jours, les filles défient les normes vestimentaires imposées par le régime islamique.

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  • Même si l’Iran impose beaucoup de contraintes aux Iraniennes, ces dernières sont omniprésentes dans la société. Tous les jours, elles défient les normes de la République islamique. (Farzaneh Khademian, collaboration spéciale)

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    Même si l’Iran impose beaucoup de contraintes aux Iraniennes, ces dernières sont omniprésentes dans la société. Tous les jours, elles défient les normes de la République islamique.

    Farzaneh Khademian, collaboration spéciale

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Laura-Julie Perreault
La Presse

(Téhéran) Elles représentent 65 % des étudiants sur les bancs d'université, mais ont de la difficulté à obtenir un emploi. Elles sont médecins, ingénieures, cinéastes, policières, mais gardées à l'écart de la magistrature. La place de la femme en Iran est plus complexe que jamais. Notre journaliste, qui, après des mois d'attente pour obtenir un rare visa journalistique, a réussi à passer une semaine dans le pays des ayatollahs, a pu constater que les Iraniennes, qu'elles soient ultramodernes ou traditionnelles, ne tiennent rien pour acquis. Chacune défie à sa façon les diktats de la République islamique. Parfois à ses risques et périls.

Un léger foulard posé sur un chignon gigantesque haut perché sur la tête, permettant de voir autant le visage, les cheveux qu'une partie du cou. Du maquillage très en évidence. Une tunique moulante, cintrée, portée sur des leggings tout aussi ajustés. Voilà de quoi est composé ces jours-ci l'uniforme de la jeune Téhéranaise branchée.

Il suffit de marcher au centre-ville pour voir une horde de filles qui défient le code vestimentaire de la République islamique, imposé à toutes - musulmanes ou pas.

On est à des millions d'années-lumière du tchador - ce grand bout de tissu sans forme devenu en Occident le symbole de la théocratie iranienne. Et le port du hijab nouveau genre semble aujourd'hui plus répandu à Téhéran que lors du dernier passage de La Presse en Iran, en 2004, lorsque le réformiste Mohammad Khatami était président.

La force du nombre

Faut-il en conclure pour autant que la police des moeurs a décidé de lâcher un peu de lest à la suite des manifestations de 2009 qui ont suivi la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad? «Oh non! s'exclame Niloufar*, étudiante. La police des moeurs fait plus de zèle que jamais», dit-elle.

La jeune femme de 21 ans s'explique, tout en mangeant une pizza dans un restaurant en vogue du centre-ville de Téhéran. «Nous sommes des millions à repousser les limites du hijab. Le régime ne peut pas toutes nous arrêter», affirme l'apprenti dentiste aux yeux maquillés à la Audrey Hepburn. Un lourd trait de crayon noir souligne son regard noisette. À l'occasion, ajoute-t-elle, des filles sont arrêtées pour leur hijab non conforme et pourraient être condamnées à recevoir des coups de fouet, mais la plupart sont relâchées.

Chômage maudit

Pour Shahrzad, traductrice de 32 ans, ce petit jeu de résistance n'est que la pointe de l'iceberg des revendications des femmes du pays. «Le hijab, sérieusement, c'est un peu le dernier de nos soucis. Ce qui me préoccupe le plus, c'est d'être capable de trouver un emploi à la hauteur de mes compétences. Les femmes iraniennes sont ultraéduquées, mais subissent beaucoup de discrimination à l'embauche», note celle qui peut facilement jongler avec quatre langues.

Les statistiques en disent d'ailleurs long sur cette réalité. Les Iraniennes forment 65 % du contingent étudiant sur les bancs d'université, mais ne représentent qu'entre 13 et 18 % de la main-d'oeuvre active.

«Souvent, même si une fille a plus de compétences qu'un homme, l'employeur va préférer embaucher l'homme en se disant que ce dernier doit subvenir aux besoins d'une famille. S'il décide d'embaucher la fille, c'est parce qu'il va pouvoir la payer moins cher», continue Shahrzad, outrée.

L'équité dans l'emploi était l'une des nombreuses demandes de la campagne «Un million de signatures» lancée par un groupe de femmes iraniennes en 2006. Dans cette pétition monstre, les revendicatrices demandaient aussi la fin des lois les plus discriminatoires du Code pénal iranien. Selon les lois en vigueur, le témoignage d'une femme devant un tribunal ne vaut que la moitié de celui d'un homme. En cas de meurtre, la vie d'une femme vaut la moitié de celle d'un homme selon la pratique du «prix du sang» que la famille du tueur doit verser à la famille de la victime. Au moment de partager l'héritage, les filles reçoivent la moitié de la part des garçons.

Les féministes s'opposent aussi aux lois matrimoniales qui établissent à 13 ans l'âge légal du mariage et condamnent à la lapidation les femmes reconnues coupables d'adultère. Près de 120 d'entre elles ont subi ce sort depuis 1979.

«Les femmes qui ont organisé la campagne ne voulaient pas nuire au régime. Elles voulaient seulement se débarrasser de lois discriminatoires», explique Haleh Esfandiari, directrice du programme moyen-oriental au prestigieux Centre international Woodrow Wilson, à Washington.

La campagne du mouvement féminin a cependant fait des vagues au sein du régime. Plus d'une dizaine d'instigatrices du projet ont été emprisonnées, et certaines ont écopé de peines allant jusqu'à quatre ans de prison pour «propagande» contre le régime.

La situation n'a fait qu'empirer après les manifestations de 2009. Plusieurs féministes sont en prison. Beaucoup d'autres, dont Chirine Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, sont en exil. «Avant 2009, le régime montrait parfois une certaine retenue à l'égard des femmes, mais en 2009, dans la foulée des grandes manifestations, les femmes arrêtées ont été battues autant que les hommes, violées autant que les hommes», dénonce Mme Esfandiari qui a elle-même été détenue à l'infâme prison d'Evin en 2007. «On peut dire que sous Mahmoud Ahmadinejad, la situation des femmes s'est clairement détériorée en Iran», constate-t-elle.

Selon l'experte, le mouvement féministe iranien - fortement ébranlé par la répression - est actuellement «en dormance», mais n'a pas dit son dernier mot. «Le mouvement d'opposition n'est pas très fort, mais il n'est pas mort», confirme Niloufar, en nous faisant un clin d'oeil espiègle.

* Pour des raisons de sécurité, nous avons modifié le nom des Iraniennes interrogées à Téhéran.

***

LES IRANIENNES EN CHIFFRES

Âge moyen

27,1 ans

Chômage chez les 15 à 24 ans

Hommes : 20,2 %

Femmes : 34 %

Durée moyenne de l'éducation

Hommes et femmes : 13 ans

Alphabétisation (peut lire et écrire après l'âge de 15 ans, en 2002)

Hommes : 83,5 %  

Femmes : 70,4 %

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