Un rabbin d'Israël contourne les tabous

Les gais et lesbiennes peuvent continuer de pratiquer... (Photo: Baz Ratner, Reuters)

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Les gais et lesbiennes peuvent continuer de pratiquer la foi juive grâce aux bons offices du rabbin Harel.

Photo: Baz Ratner, Reuters

(Jérusalem) Gais et religieux? Un rabbin a trouvé un moyen pour contourner un grand tabou de la communauté juive orthodoxe d'Israël. Mais son idée de marier des gais avec des lesbiennes est loin de faire l'unanimité.

Aux yeux du monde, ils forment le couple parfait. Ils sont mariés, ont des enfants, suivent les préceptes religieux de leur communauté juive orthodoxe. Peu de gens dans leur entourage connaissent la vérité: lui est gai, elle est lesbienne. Ils se sont rencontrés par l'entremise d'un rabbin, devenu depuis quelques années la référence des homosexuels religieux en Israël.

Depuis six ans, le rabbin Areleh Harel a jumelé 14 couples de gais et lesbiennes -deux unions se sont terminées par un divorce. Il lancera ce mois-ci un site pour joindre un plus grand nombre de candidats.

L'homosexualité reste un tabou chez les orthodoxes, le courant prédominant du judaïsme en Israël. Pour les croyants, la «loi juive» détermine les règles de vie, sans interprétation possible, et interdit les relations homosexuelles. S'ils se confient à leur rabbin, les homosexuels sont souvent envoyés chez des psychologues dans l'espoir qu'ils «changent».

Les gais et les lesbiennes orthodoxes sont habituellement placés devant un choix difficile: se marier pour se conformer au mode de vie de leur communauté ou abjurer leur foi.

Le rabbin Harel a étudié une autre possibilité: permettre à des gais et à des lesbiennes de se marier en s'entendant à l'avance sur les termes de leur union. Ils peuvent ainsi déterminer s'ils toléreront les relations extraconjugales de leur partenaire et s'ils auront recours à l'insémination artificielle pour fonder leur famille, par exemple.

Il précise que sa solution n'est pas pour tous et qu'il ne s'agit pas d'une façon de cautionner les relations homosexuelles ni de contourner la loi religieuse. «C'est sûr que, de mon point de vue de rabbin, les relations extraconjugales, c'est interdit. Mais les gens s'entendent sur le type d'union qu'ils veulent et c'est leur affaire», dit l'homme de 37 ans, coiffé d'une large kippa brune tricotée.

Le groupe Kamoha, qui s'adresse aux gais de foi orthodoxe en Israël, a accepté de s'associer au projet en ligne que le rabbin Harel lancera ce mois-ci. S'il juge l'idée bonne pour certaines personnes, le fondateur de Kamoha, qui se décrit comme «100% gai», n'accepterait pas de se marier avec une lesbienne. «Je ne me vois pas avec une femme. Je ne vois pas pourquoi je devrais vivre avec une lesbienne», confie Amit, un pseudonyme qu'il utilise pour protéger sa vie privée. L'homme dans la trentaine a avoué son homosexualité à sa famille, mais il ne veut pas que son orientation soit connue de sa communauté religieuse.

Des associations ont dénoncé l'initiative du rabbin Harel, qu'elles jugent hypocrite. Abigail Sperber, fondatrice de l'Association pour les lesbiennes orthodoxes Bat-Kol et de l'organisme pour les LGBT orthodoxes Shoval, croit qu'il ne s'agit pas d'une solution honnête. «Je me sens désolée pour les gens qui ont accepté de faire ça», dit la femme de 38 ans. Elle espère toutefois que cela permettra aux rabbins de prendre conscience de l'impossibilité de changer d'orientation sexuelle et qu'ils finiront par accepter les couples gais.

Mais la mère de famille comprend le sacrifice que les jeunes gais doivent faire en renonçant à un rêve d'enfance. «Quand on est jeune et religieux, le seul rêve est de se marier et d'avoir une famille. On est prêt à sacrifier le véritable amour pour ça. Mais ça ne devrait pas être le cas.»

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