Des milliers de manifestants se sont rassemblés mercredi soir dans le centre de Jérusalem, devant la résidence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour protester contre sa décision de geler pendant dix mois la construction dans les colonies de Cisjordanie.

«Il faut poursuivre la construction en Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie). «Stop au gel», pouvait-on lire sur les banderoles.

«Annulez votre décision !», a crié Guershon Messika, un dirigeant des colons, en pointant du doigt la résidence de M. Netanyahu, sous les applaudissements de la foule, composée en majorité de colons venus en autobus.

Un des organisateurs, Ishay Hollender, porte-parole du Conseil de Yesha, principal organisme représentatif des colons de Cisjordanie, a dit attendre «plus de 10 000 personnes», le nombre des manifestants.

Les tentatives répétées de M. Netanyahu pour rassurer les colons --le Premier ministre leur a promis que «la construction reprendrait dès la fin du moratoire» de dix mois-- ne semblent pas les avoir rassurés.

«Je doute fortement que la construction reprenne», a estimé Pinhas Wallerstein, l'un des dirigeants des colons, jugeant que «le simple fait de décider d'un gel (des colonies) aura des conséquences néfastes pour l'avenir».

Pour les organisateurs de la manifestation, une forte mobilisation permettra que «notre message soit entendu non seulement par Netanyahu mais aussi à la Maison Blanche», selon Dany Dayan, président du Conseil de Yesha.

Sur le terrain, des incidents ont opposé ces derniers jours des colons aux inspecteurs de l'armée chargés de faire respecter l'injonction gouvernementale de stopper les nouveaux chantiers en Cisjordanie.

A Kedoumim, une colonie proche de la ville palestinienne de Naplouse, Daniella Weiss, l'ancienne maire de l'implantation et militante d'extrême-droite a qualifié la décision du Premier ministre israélien «d'erreur fatale».

«M. Netanyahu a échoué dans sa mission en stoppant la construction sur la terre d'Israël au lieu de la développer comme devrait le faire le leader du peuple juif, c'est une erreur fatale», a estimé Mme Weiss.

Elle a par ailleurs confirmé ses projets de «poursuivre la construction en dehors des ghettos existants afin de renforcer la présence juive en Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie)».

«Nous sommes 600 000 Juifs à vivre de ce côté de la Ligne verte (en Cisjordanie) en comptant Jérusalem-Est (annexée par Israël en juin 1967), je vous assure que d'ici cinq ans, nous serons deux millions», a-t-elle promis.

Sous la pression des Etats-Unis, M. Netanyahu a décrété un moratoire de dix mois sur les nouvelles constructions en Cisjordanie occupée dans le but de relancer les négociations de paix avec les Palestiniens, suspendues depuis la guerre de Gaza il y a un an.

Ce moratoire ne concerne ni Jérusalem-Est (annexée en juin 1967), ni les 3000 logements déjà en chantier en Cisjordanie, où vivent plus de 300.000 Israéliens, ni l'érection d'édifices publics (synagogues, écoles, hôpitaux, etc.).

Si les pays occidentaux ont généralement approuvé l'initiative de M. Netanyahu, les Palestiniens l'ont rejetée, la jugeant insuffisante. Ils réclament un gel total de la colonisation, y compris à Jérusalem-Est où ils veulent établir la capitale de leur futur Etat.