L'agression d'un maire proréfugié choque l'Allemagne

Andreas Hollstein... (Photo Martin Meissner, Associated Press)

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Andreas Hollstein

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David COURBET
Agence France-Presse
Altena

Les responsables politiques allemands, Angela Merkel en tête, ont clamé mardi leur indignation après une agression au couteau visant un maire, commise par un homme voulant manifestement critiquer l'accueil des réfugiés dans le pays.

Malgré une entaille de 15 cm au cou, Andreas Hollstein, maire conservateur d'Altena, une commune de 17 000 habitants dans l'ouest du pays présentée comme «ville modèle» pour l'intégration des migrants, a pu ressortir mardi matin de l'hôpital après y avoir été soigné dans la soirée.

«Je suis horrifiée par cette attaque au couteau», a déclaré sur Twitter Angela Merkel via son porte-parole.

«Nous ne devons jamais accepter que des gens puissent être agressés parce qu'ils aident les autres», a de son côté commenté le ministre de la Justice, Heiko Maas.

L'élu local a été blessé peu avant 20 heures alors qu'il venait acheter des kebabs dans un restaurant. L'agresseur, Werner S., un Allemand de 56 ans visiblement alcoolisé et souffrant de problèmes psychiques, était muni d'un couteau avec une lame de 22 centimètres de long.

«Motivation politique»

«"Êtes-vous le maire?", m'a-t-il demandé, puis sans rien dire il a sorti un couteau et m'a dit "vous me laissez mourir de soif et faîtes venir 200 réfugiés à Altena", avant de m'attaquer par derrière», a expliqué M. Hollstein, 54 ans, mardi.

Portant encore un gros pansement au cou, le maire a remercié les salariés du restaurant, dont l'un a aussi été blessé, qui l'ont aidé à immobiliser l'agresseur puis ont appelé la police.

L'élu, né dans la ville et à sa tête depuis 1999, a reconnu avoir été l'objet de menaces dans le passé.

Mais selon lui, l'atmosphère à Altena n'est pas particulièrement tendue: «il y a bien sûr des critiques et des oppositions, mais pas plus qu'ailleurs». Lors des législatives, l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a d'ailleurs atteint dans la circonscription un score plus faible qu'au niveau national (11,6 %).

«Dans tous les cas, je vais continuer à m'occuper des gens et notamment des réfugiés. Ceux qui sont déjà dans notre ville et ceux qui arriveront», a-t-il ajouté.

«Cette attaque a une motivation politique, car le maire s'est distingué par son engagement en faveur des réfugiés», a affirmé un porte-parole de la police locale, en parlant toutefois d'un acte non prémédité.

Pour le parquet, il s'agit d'une agression «vraisemblablement motivée par la haine des étrangers».

L'agresseur va être poursuivi pour «tentative de meurtre». Toutefois il souffre également de «problèmes psychiques», au sujet desquels «des expertises sont en cours», a précisé le porte-parole du parquet, Gerhard Pauli.

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Cette attaque au couteau intervient dans une commune qui, avec quelque 450 réfugiés répartis sur son territoire, en a accueilli plus que ce qu'elle aurait dû au vu du système national de répartition. Ce qui lui a valu une attention particulière des médias.

Altena est souvent présentée en Allemagne comme exemplaire pour sa politique généreuse à l'égard des migrants. Elle s'était vu décerner en mai dernier le «Prix national de l'intégration».

Cette affaire rappelle une agression similaire en octobre 2015 visant la maire de Cologne, Henriette Reker. Elle avait été très grièvement blessée au couteau par un sympathisant de l'extrême droite qui dénonçait l'arrivée des demandeurs d'asile dans la ville.

Cette dernière a apporté mardi son soutien à M. Hollstein. «La haine et la violence ne sont pas une solution: elles sont le problème».

Plus d'un million de demandeurs d'asile sont arrivés dans le pays depuis 2015, suite à la décision d'Angela Merkel d'ouvrir les portes du pays. Un choix qui lui vaut toujours des critiques et qui est à l'origine de la percée politique de l'extrême droite au niveau national.

La question migratoire a aussi constitué la pierre d'achoppement principale dans les récentes négociations pour former un nouveau gouvernement entre conservateurs, libéraux et écologistes.

Mme Merkel a nettement durci sa politique migratoire depuis 2016, mais reste contestée y compris au sein de son propre parti sur cette question.




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