L'Espagne s'apprête à révoquer l'autonomie de la Catalogne

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«Le gouvernement continuera les démarches prévues par l'article 155 de la Constitution pour restaurer la légalité» en Catalogne, a déclaré jeudi le gouvernement espagnol dans un communiqué.

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Adrien VICENTE
Agence France-Presse
Madrid

Le gouvernement espagnol a annoncé jeudi qu'il poursuivait la procédure de suspension d'autonomie de la Catalogne, estimant que le président catalan Carles Puigdemont n'avait pas restauré l'ordre dans sa région, approfondissant encore une crise qui menace la stabilité de l'Espagne.

«Si le gouvernement de l'État persiste à empêcher le dialogue et poursuivre la répression, le Parlement de Catalogne pourra procéder, s'il l'estime opportun, au vote d'une déclaration formelle d'indépendance qu'il n'a pas votée le 10 octobre», a écrit jeudi Carles Puigdemont dans une lettre adressée au chef du gouvernement Mariano Rajoy, après avoir évoqué la menace de suspension d'autonomie.

M. Puigdemont devait dire avant 10h00 (4h00 à Montréal) s'il faisait marche arrière dans la voie de l'indépendance.

Dans son courrier, il a laissé au gouvernement le choix de prendre en compte le fait qu'il disait plus ouvertement qu'il n'y avait pas eu à ce stade de déclaration d'indépendance dans la région et considérer que cela ouvrait la porte à un apaisement, ou de retenir la menace.

Le gouvernement espagnol a choisi la deuxième option.

«Le gouvernement continuera les démarches prévues par l'article 155 de la Constitution pour restaurer la légalité» en Catalogne, constatant le «refus» de M. Puigdemont de répondre à ses demandes, dit son communiqué, qui annonce aussi la tenue samedi d'un conseil des ministres extraordinaire pour enclencher ce processus.

Bien que le ton soit à l'affrontement, cela laisse cependant encore deux jours pour d'éventuelles tractations.

Auparavant le grand journal catalan La Vanguardia avait souligné la «responsabilité historique» de Carles Puigdemont, l'implorant de choisir l'option que lui proposait le gouvernement depuis mercredi: convoquer des élections régionales anticipées pour repartir à zéro. «Il n'y a pas de dignité dans le suicide collectif, surtout si un seul le décide et tous en souffrent», écrit le journal.

Dans cette région ayant une langue et une culture propres, fière de son autonomie, une suspension d'autonomie pourrait déclencher un «affrontement civil», prévient la Vanguardia.

Les dirigeants catalans estiment que le référendum d'autodétermination qu'ils ont organisé le 1er octobre malgré l'interdiction de la justice leur donne un «mandat populaire» pour déclarer l'indépendance.

Selon leurs chiffres, invérifiables, le «oui» l'a emporté à 90% avec 43% de participation.

Mais la société catalane est profondément divisée, presque à parts égales, sur la question.

Élections régionales?

Une solution pour sortir par le haut de ce blocage évoquée mercredi par de nombreux médias aurait été la convocation d'élections régionales anticipées.

«S'il (Carles Puigdemont) convoque des élections, et selon les modalités envisagées, cela pourrait être considéré comme un retour à la légalité», a déclaré une source gouvernementale à l'AFP.

Mais elle n'était pas sur la table jeudi, d'après le député catalan Joan Tarda, du parti ERC (Gauche républicaine de Catalogne).

Puigdemont sous pression

Il semble difficile de renouer la confiance et le dialogue entre Barcelone et Madrid que réclament les institutions européennes ainsi que de nombreux Catalans de tous bords, jusqu'au puissant FC Barcelone.

Le gouvernement espagnol considère que les séparatistes sont «hors-la-loi» et refuse de discuter tant qu'ils ne font pas marche arrière.

«On ne peut pas dialoguer avec ceux qui violent la loi et la Constitution», répétait encore Mariano Rajoy mercredi devant les députés.

Carles Puigdemont, séparatiste de toujours et arrivé au pouvoir début 2016 en promettant l'indépendance, est, de son côté, tiraillé de toutes parts.

Ses soutiens l'incitent à ne pas reculer, enflammés par le placement en détention provisoire mardi à Madrid de deux figures indépendantistes, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, inculpés pour «sédition».

Des dizaines de milliers de Catalans sont sortis dans la rue mardi soir pour soutenir leurs «prisonniers politiques».

La CUP, parti d'extrême gauche et allié-clé de Carles Puigdemont, l'enjoint aussi de déclarer une république catalane indépendante sans plus attendre.

Elle a déjà convoqué des manifestations jeudi soir et dimanche, avec pour mot d'ordre: «Arrêtons la répression, sortons dans les rues sans peur. Faisons la République maintenant».

D'un autre côté, les milieux économiques exercent une pression maximale sur le président catalan pour qu'il recule.

Plus de 800 entreprises, y compris les deux plus grandes banques catalanes, ont transféré leur siège social hors de la région depuis le référendum, selon le registre du commerce et des sociétés.

Mais surtout, Madrid tient les cordons de la bourse: le gouvernement catalan, dont les finances sont sous tutelle de Madrid depuis septembre, risque de se retrouver à sec fin octobre.

Le premier ministre belge dément tout «incident» diplomatique avec Madrid

L'Espagne est «un pays ami» et il n'y a entre elle et la Belgique «aucun incident, aucune crise» diplomatique liée à la récente condamnation par le gouvernement belge des violences en Catalogne, a assuré jeudi le premier ministre belge Charles Michel.

«Il n'y a aucun incident, aucune crise (...) Il y a une dramatisation médiatique», a déclaré Charles Michel à son arrivée à un sommet européen à Bruxelles, en appelant à «une désescalade» et à «faire preuve de sérénité et de bon sens» à propos de la Catalogne.

Le journal belge Het Laatste Nieuws a évoqué jeudi plusieurs courriels d'officiels espagnols, notamment d'un conseiller de Mariano Rajoy, fustigeant l'attitude de Charles Michel dans la crise catalane.

L'un des courriels envisage même le retrait du soutien de Madrid à une candidature belge pour pourvoir un poste européen haut placé.

Le 1er octobre, au soir du référendum d'autodétermination interdit en Catalogne, le premier ministre belge, un libéral francophone à la tête d'une coalition comprenant les nationalistes flamands de la N-VA, avait été un des rares dirigeants européens à condamner les violences.

«La violence n'est pas la réponse. Nous condamnons toute forme de violence et réitérons notre appel au dialogue politique», avait écrit Charles Michel sur son compte Twitter.

Jeudi, interrogé sur la polémique naissante, par journaux interposés, il a dit assumer ses propos.

«J'assume, je persiste, je condamne toutes les formes de violence et je plaide pour qu'il y ait un dialogue afin de trouver une solution politique», a-t-il insisté en arrivant au sommet des 28.

«L'Espagne est un pays ami, nous avons toujours plaidé pour le dialogue et le respect de l'ordre national, de l'ordre international et de l'État de droit», a poursuivi le premier ministre belge, évoquant une «instrumentalisation» de ses propos à Madrid.

Charles Michel a aussi assuré que sa position sur la crise entre Madrid et Barcelone était «largement soutenue au niveau européen».

Il a indiqué qu'aucune rencontre bilatérale n'était à ce stade officiellement prévue avec le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, également présent au sommet de l'UE qui se tient jusqu'à vendredi.

Mais «M. Rajoy a mon téléphone, je suis joignable, il peut m'appeler», a fait remarquer Charles Michel en n'excluant pas «un contact informel».

Dans le quotidien belge Le Soir daté du 14 octobre, le premier ministre belge avait déjà appelé au «bon sens» et au «dialogue» entre Madrid et les autorités catalanes.

«Pour l'instant, il n'y en a pas. Il y a une guerre des nerfs, qui doit s'arrêter à un moment pour ouvrir le champ à un dialogue politique», avait-il ajouté.




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