Crimes de guerre: colère serbe après l'acquittement de Naser Oric

Naser Oric... (Photo ELVIS BARUKCIC, Agence France-Presse)

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Naser Oric

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Rusmir SMAJILHODZIC
Agence France-Presse
Sarajevo

Les Serbes ont accueilli avec colère l'acquittement lundi à Sarajevo du chef de guerre bosniaque Naser Oric, jugé pour crimes de guerre lorsqu'il dirigeait la défense de l'enclave musulmane de Srebrenica.

Naser Oric, 50 ans, et son frère d'armes Sabahudin Muhic, 49 ans, ont été déclarés innocents de l'assassinat de trois prisonniers serbes dans les environs de Srebrenica, pendant le conflit intercommunautaire qui a fait quelque 100 000 morts.

Calme à l'énoncé du verdict de la Cour d'État de Bosnie, barbe grisonnante, il a été acclamé à la sortie par plusieurs dizaines de personnes. Il s'est engouffré dans un 4x4, lâchant juste: «Je n'ai rien à dire, le tribunal a dit ce qu'il avait à dire».

Pour les Bosniaques, Oric est le «héros» de Srebrenica, l'enclave de Bosnie orientale qui a tenu le siège imposé par les forces serbes jusqu'à la chute de juillet 1995.

En quelques jours, les forces du «boucher des Balkans», Ratko Mladic, y avaient alors massacré quelque 8000 hommes et adolescents bosniaques, crime qualifié d'acte de génocide par la justice internationale. Le verdict contre Mladic du tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) est attendu d'ici fin novembre.

Avec le siège de Sarajevo, cette tuerie de Srebrenica, la pire sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale, reste le symbole des horreurs du conflit en Bosnie.

«Seuls accusés»

Mais pour les Serbes, qu'ils soient de Bosnie ou de Serbie voisine, Oric est un «assassin» qui a attaqué des villages serbes pour les vider de leurs habitants.

Des associations de victimes estiment que 2428 civils et militaires serbes ont été tués dans cette zone durant le conflit.

«Le tribunal qui peut libérer un criminel avéré, un boucher, comme Naser Oric, est un tribunal qui met en danger la paix, la sécurité, la confiance et la réconciliation dans l'ensemble des Balkans», a réagi à Belgrade le ministre serbe de la Défense, Aleksandar Vulin, un ancien supporteur de Slobodan Milosevic.

«C'est évident que nous devrons nous battre nous-mêmes pour la justice et que nous serons toujours les seuls accusés», a de son côté déploré le président de Serbie, Aleksandar Vucic, ancien ministre de Slobodan Milosevic.

Une réaction à l'unisson de celle des Serbes de Bosnie. L'acquittement est «la preuve qu'en Bosnie, il n'y a pas de punition pour ceux qui se rendent coupables de crimes contre les Serbes», a réagi leur chef politique, Milorad Dodik pour qui «un musulman a jugé un musulman».

Comment vivre ensemble ?

«Nous nous sentons insultés par ce verdict, même si on s'y attendait», a réagi pour l'AFP Vinko Lale, président d'une association d'anciens prisonniers de guerre serbe de Srebrenica.

«C'est terrible, c'est inouï. Comment nos enfants pourront-ils demain aller ensemble à l'école, comment pourrons-nous vivre les uns à côté des autres?», se lamente Radojka Filipovic, présidente d'une association serbe de victimes.

Le TPIY de La Haye avait acquitté en appel Oric en 2008. Il avait accordé d'importantes circonstances atténuantes à ce commandant inexpérimenté, désigné à 25 ans, et insisté sur les conditions de vie difficiles des milliers de Bosniaques réfugiés à Srebrenica après le début de l'offensive serbe en 1992.

La justice serbe avait toutefois lancé en 2014 un mandat d'arrêt international contre Oric. La Suisse l'avait arrêté un an plus tard, mais refusé de le livrer.

Les autorités bosniennes s'étaient alors engagées à le juger à Sarajevo pour l'assassinat de trois Serbes, entre juillet et décembre 1992.

Des témoins, dont un ancien soldat bosniaque qui a témoigné anonymement, avaient affirmé qu'Oric avait égorgé une de ces trois victimes en juillet 1992. Lundi, le tribunal a insisté sur les «déclarations contradictoires» de ce témoin clé.

«On s'attendait à un tel jugement parce que cet homme n'est pas coupable», a réagi Kada Hotic, vice-présidente d'une association des mères de Srebrenica. Le représentant bosniaque de la présidence du pays, Bakir Izetbegovic a de son côté dénoncé les efforts des Serbes «pour équilibrer la responsabilité» des crimes, efforts qui «sapent le processus de réconciliation».




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