Le roi accuse les dirigeants catalans de menacer la stabilité de l'Espagne

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Felipe VI

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Daniel BOSQUE, Anna CUENCA
Agence France-Presse
Barcelone

Le roi d'Espagne a déclaré mardi que l'État devait «assurer l'ordre constitutionnel» face aux dirigeants catalans qui «prétendent déclarer illégalement l'indépendance», et des centaines de milliers de personnes ont manifesté à Barcelone contre les violences policières lors d'un référendum interdit.

L'épreuve de force entre le gouvernement central et les dirigeants catalans, qui menacent de déclarer l'indépendance, a plongé l'Espagne dans l'une de ses plus graves crises depuis le retour de la démocratie dans ce pays en 1977.

Dans une charge cinglante, Felipe VI a accusé les dirigeants catalans de s'être placés «en marge du droit et de la démocratie» en organisant le référendum de dimanche.

«Avec leur conduite irresponsable, ils peuvent même mettre en danger la stabilité de la Catalogne et de toute l'Espagne», a dit le souverain.

Face à cela, «c'est la responsabilité des pouvoirs légitimes de l'État d'assurer l'ordre constitutionnel et le fonctionnement normal des institutions, le respect de l'État de droit et l'autonomie de la Catalogne», a déclaré Felipe VI.

Aux termes de l'article 155 de la Constitution, jamais encore invoqué, le gouvernement peut obliger une région à respecter ses obligations constitutionnelles si elle les viole ou si elle «porte gravement atteinte à l'intérêt général de l'Etat».

À Barcelone, ce bref discours d'une fermeté sans précédent a été reçu par beaucoup comme une douche froide.

Dans un bar, un grand silence s'est fait au moment de la diffusion de l'intervention du roi. «Il s'est retranché dans le bloc constitutionniste», a déploré Gerard Mur, 25 ans.

Le discours du roi était le point culminant d'une journée marquée par des manifestations de masses en Catalogne, où les principaux syndicats avaient appelé à la grève générale.

Des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées lors de manifestations d'étudiants, de pompiers ou de simples citoyens indignés par la violence dont ont fait usage la police nationale et la Garde civile contre les manifestants dimanche.

Selon la police locale, près de 700 000 personnes ont manifesté dans plusieurs défilés à Barcelone.

«Dehors les forces d'occupation !», «Les rues seront toujours à nous !»: les artères de Barcelone résonnaient de slogans hostiles à la police nationale et à la Garde civile, envoyées par Madrid.

En fin de journée sur le Paseo de Gracia, dans le centre, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées au son des fanfares, des casseroles et de l'hymne nationaliste catalan «L'estaca».

«Regardez ! Il n'y aura pas de retour en arrière», a lancé Miriam Lao, 35 ans.

Des dizaines de milliers de manifestants se sont ensuite dirigés vers le siège de la police nationale, mais un barrage de fourgons de police les a bloqués. «Dehors ! Dehors !, criaient comme un seul homme les manifestants.

Et lorsque l'un d'entre eux lançait «Vive la terre...», tous lui répondaient: «... libre !».

Après deux heures de tension, soudain une dizaine de pompiers a fendu la foule. Les pompiers, qui jouent en Catalogne le rôle de pacificateurs, ont parlementé. Et ce petit groupe d'hommes armés d'un simple mégaphone a réussi à convaincre des milliers de manifestants de faire marche arrière.

Barcelone s'est apaisée et vers 23h00 (17h00 HE) il ne restait plus que quelques grappes de manifestants.

«Direction très dangereuse»

Ailleurs, face à l'hostilité à leur égard, des centaines de gardes civils ont été forcés de quitter deux hôtels où ils étaient hébergés. Certains d'entre eux vont être relogés sur une base militaire près de la frontière française, selon José Cobo, porte-parole de l'association espagnole de gardes civils.

Une situation qui a amené le ministre de l'Intérieur Juan Ignacio Zoido à accuser le gouvernement régional indépendantiste d'«incitation à la rébellion».

Pour l'analyste Javier Pérez Royo, professeur de droit constitutionnel à l'université de Séville, le gouvernement espagnol «perd le contrôle, c'est clair. Et il s'engage dans une direction très dangereuse».

Dans la journée de mardi, le port de Barcelone, troisième d'Espagne, et le marché alimentaire de gros de Catalogne, l'un des plus importants d'Europe, étaient quasiment à l'arrêt.

Le syndicat Pimec, première organisation patronale pour les PME de Catalogne, a annoncé que «54 % des PME du territoire catalan ont arrêté leur activité et 31 % des entreprises ont eu recours à des arrêts partiels».

Pas la majorité

Les images des coups de matraque assénés par policiers et gardes civils dimanche ont fait le tour du monde.

Les États-Unis sont «attristés» par le nombre de blessés, a déclaré la porte-parole du département d'État. «Nous encourageons toutes les parties à résoudre leurs différends politiques de manière non violente et dans le respect de la loi espagnole», a-t-elle dit.

Et l'Union européenne a demandé au gouvernement espagnol de dialoguer avec l'exécutif catalan, qui menace de faire une déclaration unilatérale dans les prochains jours faute de négociations.

«Personne en Europe ne peut demander (au gouvernement) de dialoguer sans respecter la Constitution», a répondu à Madrid le porte-parole du gouvernement espagnol, Inigo Mendez de Vigo, semblant écarter cette option.

À en croire le gouvernement catalan, 90 % des Catalans ayant participé à la consultation interdite de dimanche ont voté oui à la séparation avec l'Espagne. La participation a été supérieure à 42 %, selon l'exécutif catalan.

Depuis 2010, l'indépendantisme a gagné du terrain en Catalogne, alimenté par la crise économique et l'annulation partielle du Statut d'autonomie de la région par la Cour constitutionnelle, à la demande du Parti populaire (PP, conservateur) de Mariano Rajoy.

Cependant, les sondages montrent que les Catalans qui souhaitent l'indépendance ne sont pas majoritaires: 41,1 % pour et 49,4 % contre, d'après la dernière enquête d'opinion publique du gouvernement catalan publiée en juillet.




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