Espagne: une attaque plus importante contre «des monuments» se préparait

L'Espagnol Mohamed Houli Chemlal a admis que la cellule... (PHOTO AFP)

Agrandir

L'Espagnol Mohamed Houli Chemlal a admis que la cellule préparait un attentat de plus grande envergure.

PHOTO AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Michaela CANCELA-KIEFFER
Agence France-Presse
Madrid

La cellule djihadiste accusée des attentats de Catalogne revendiqués par le groupe État islamique (EI) préparait une attaque à la bombe de plus grande envergure contre «des monuments», a reconnu mardi l'un des principaux suspects.

Pendant une heure et dix minutes, Mohamed Houli Chemlal, un Espagnol de 21 ans né dans l'enclave sous administration espagnole de Melilla en Afrique du nord, a confirmé devant le juge madrilène enquêtant sur ces attentats, qui ont fait 15 morts et plus de 120 blessés, ce qu'il avait dit à la police catalane.

La cellule d'une douzaine de membres, dont huit sont morts, préparait «un attentat plus important» que les attaques de Barcelone et de Cambrils, une station balnéaire au sud-ouest de la capitale catalane, et qui aurait visé «des monuments», «à l'aide de bombes», selon une source judiciaire.

Le juge a décidé dans la soirée de l'écrouer, comme un autre suspect, Driss Oukabir, un Marocain de 27 ans habitant comme lui la petite ville catalane de Ripoll, au pied des Pyrénées, où la cellule s'est formée.

Le juge a laissé libre un troisième homme, qui reste placé sous contrôle judiciaire mais contre qui les charges sont minces: Mohamed Aalla, propriétaire d'une autre voiture ayant servi pour la deuxième attaque, à Cambrils.

Il s'est donné trois jours pour prendre une décision concernant un quatrième suspect qu'il a aussi entendu mardi.

Clous et texte au nom d'Allah 

Dans l'ordonnance justifiant ces décisions, on découvre une foule de détails jusque-là inconnus sur la préparation précipitée de ces attentats, après un plan A qui avait échoué. Mercredi, les suspects ont en effet fait sauter par accident une maison où ils confectionnaient des engins explosifs, à Alcanar au sud de Barcelone.

Dans les décombres, la police a découvert des indices démontrant leurs intentions criminelles: «Une grande quantité de bonbonnes de butane, de l'acétone, de l'eau oxygénée, du bicarbonate, une grande quantité de clous qui devaient être utilisés comme mitraille et des détonateurs pour déclencher l'explosion».

Certains de ces ingrédients permettent de fabriquer du TATP, un explosif très prisé par l'EI.

Sous les gravats, la police a aussi découvert un texte manuscrit, glissé dans un livre de couleur verte: «Au nom d'Allah.... Brève lettre des soldats de l'État islamique dans la terre d'Al-Andalous (l'Espagne, quand elle était sous domination musulmane, NDLR) à l'attention des croisés, des haineux, des pécheurs...»

L'explosion a tué un imam présent dans la maison, Abdelbaki Es Satty, soupçonné d'avoir radicalisé le groupe, et «au minimum» une deuxième personne, selon la justice.

Mohamed Houli Chemlal, lui, a survécu. Il se trouvait dehors, sous le porche, ce qui l'a sans doute sauvé.

Plan B 

Le lendemain, le jeudi 17, faute de bombes, un «plan B» est déclenché.

Une camionnette est louée, un Kangoo Renault, mais l'un des terroristes a un accident, à 15h25, non loin de Cambrils. Une deuxième fourgonnette louée par Driss Oukabir sera utilisée deux heures plus tard à Barcelone par Younès Abouyaaqoub.

En zigzaguant à vive allure sur la célèbre avenue des Ramblas, il tue 13 personnes et en blesse 120 autres. Ce Marocain de 22 ans poignarde ensuite à mort un automobiliste pour lui voler sa voiture.

Dernier acte dans la nuit, vers une heure du matin à Cambrils, où cinq membres de la cellule, armées de quatre couteaux et d'une hache, foncent avec l'Audi A3 du grand frère de l'un d'entre eux sur la foule, plus parsemée à cette heure-là.

Ils sont abattus par la police après avoir tué une personne d'un coup de couteau et blessé six autres.

Après quatre jours de cavale, le conducteur de la camionnette tueuse de Barcelone, Younès Abouyaaqoub, est lui aussi abattu lundi par des policiers à Subirats, une village au milieu de vignobles à 50 kilomètres de Barcelone.

Devant le juge, Mohamed Houli Chemlal a cherché à rejeter la responsabilité des attaques sur l'imam marocain tué dans l'explosion de la maison d'Alcanar.

Son incarcération et celle de Driss Oukabir referment le premier chapitre de l'enquête sur ces attaques qui ont secoué l'Espagne après plus de sept ans sans attentat majeur, mais la police continue à enquêter sur de possibles ramifications internationales de la cellule.

Au moins l'un des suspects s'est rendu à Zurich en décembre, selon la police fédérale suisse. Des billets d'avion pour Bruxelles au nom de l'imam ont aussi été retrouvés à Alcanar.

Et l'Audi A3 utilisée à Cambrils a été flashée près de Paris par un radar le 12 août avec quatre personnes à son bord, selon le ministre français de l'Intérieur Gérard Collomb, qui doit recevoir mercredi à Paris son homologue espagnol Juan Ignacio Zoido.

De gauche à droite : Mohamed Houli Chemlal,... (AFP) - image 2.0

Agrandir

De gauche à droite : Mohamed Houli Chemlal, Driss Oukabir, Salah el Karib, et Mohammed Aallaa.

AFP

Qui sont les 12 membres présumés de la cellule djihadiste?

Les douze membres de la cellule djihadiste tenue pour responsable des attentats en Catalogne, qui ont fait 15 morts et plus de 120 blessés, sont «détenus ou morts», selon la police.

Parmi eux figurent au moins huit Marocains et un Espagnol.

Aucun des hommes arrêtés et des auteurs présumés abattus n'était connu des services de police pour des faits en lien avec le terrorisme, mais certains avaient des antécédents judiciaires pour des faits de délinquance ordinaire.

Quatre suspects encore en vie

- Driss Oukabir, un Marocain âgé de 27 ou 28 ans, a été arrêté jeudi à Ripoll, petite localité au pied des Pyrénées. Son passeport a été retrouvé par la police dans la camionnette qui a foncé sur la foule à Barcelone. Il assure que ses papiers ont été dérobés.

- À Ripoll aussi ont été arrêtés Salah el Karib, ami de Driss et gérant d'un commerce proposant des appels à l'étranger, qui serait âgé de 34 ans selon la presse, et Mohammed Aallaa, 27 ans, tous deux Marocains.

- Mohamed Houli Chemlal, 21 ans, un Espagnol né à Melilla (ville sous administration espagnole dans le nord du Maroc, NDLR), a été arrêté à Alcanar, après avoir été blessé dans l'explosion dans la nuit de mercredi à jeudi de la planque des assaillants à 200 km au sud-ouest de Barcelone.

Les quatre suspects ont été présentés au juge mardi matin.

Assaillants abattus par la police

Cinq hommes ont été tués dans la nuit de jeudi à vendredi à Cambrils, après avoir foncé sur un barrage de police installé dans cette station balnéaire.

Ils sont descendus de la voiture, une Audi A3, portant de fausses ceintures d'explosifs et armés de couteaux et d'au moins une hache avant d'être abattus.

Il s'agit de Moussa Oukabir, 17 ans; Mohamed Hichamy, 24 ans, et son frère Omar Hichamy, mineur également; Saïd Aallaa, 18 ans, et Houssaine Abouyaaqoub sont aussi dans ce groupe.

Ils habitaient tous à Ripoll et sont Marocains.

Un policier a abattu quatre d'entre eux. Le cinquième assaillant est parvenu à poignarder une femme qui succombera à ses blessures, avant de mourir sous les tirs d'un policier.

Le Marocain Younès Abouyaaqoub, le conducteur de la camionnette de Las Ramblas, devenu pendant quelques jours l'homme le plus recherché d'Espagne, a lui été abattu lundi après-midi à Subirats, à 50 kilomètres à l'ouest de Barcelone après quatre jours de cavale.

Le jeune homme de 22 ans, né à Mrirt au Maroc, mais ayant grandi aussi à Ripoll, a été tué lundi après avoir crié «Allah est grand».

Les djihadistes morts dans l'explosion d'Alcanar

L'imam marocain Abdelbaki Es Satty, âgé d'une quarantaine d'années, a été tué dans l'explosion suivie d'un incendie de la maison d'Alcanar, où la cellule est soupçonnée d'avoir cherché à confectionner des engins explosifs pour commettre «un ou plusieurs attentats» à Barcelone.

Abdelbaki Es Satty, qui a vécu plusieurs années à Ripoll où il enseignait le Coran à tous ces jeunes, avait fait de la prison pour trafic de drogue de 2010 à 2014, et a séjourné en Belgique, dans la commune de Machelen près de Bruxelles, «entre janvier et mars 2016».

D'autres restes humains ont été retrouvés à Alcanar, mais n'ont toujours pas été identifiés.

La police pense que Youssef Aallaa, identifié comme membre de la cellule par la police, a été lui aussi tué dans l'explosion de la maison. Ses restes enfouis sous les décombres doivent encore être formellement identifiés.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer