Allemagne: tensions politiques autour du mariage gai

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En l'état du rapport de force au Bundestag, la chambre basse du Parlement, un vote positif pour le mariage gai paraît acquis.

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Yacine LE FORESTIER
Agence France-Presse
BERLIN

La légalisation du mariage homosexuel en Allemagne se précipite, avec un feu vert des députés attendu dès vendredi, provoquant le mécontentement d'Angela Merkel qui ne souhaitait pas une décision aussi rapide sur la question.

La chancelière a elle-même ouvert la voie à une telle autorisation en abandonnant lundi à la surprise générale son opposition de principe et en acceptant que les députés de son parti conservateur (CDU) votent librement sur le sujet.

Mais elle tablait sur une décision au Parlement dans plusieurs mois seulement, après les élections de fin septembre, le temps pour son mouvement, très divisé sur le mariage pour tous, de mener un débat interne.

Prise de vitesse

Elle a été finalement été prise de vitesse par le mouvement qu'elle a elle-même enclenché.

Les sociaux-démocrates (SPD), partenaires minoritaires de sa coalition gouvernementale mais engagés dans une campagne contre elle en vue des élections législatives de fin septembre, l'ont prise au mot: ils ont imposé un vote immédiat, vendredi, à la chambre des députés.

Mercredi, lors d'un vote en commission, le SPD s'est pour cela allié à deux autres partis de gauche pour mettre les conservateurs de la chancelière en minorité et présenter à l'ordre du jour vendredi de la chambre des députés le vote d'une proposition de loi validant le mariage homosexuel.

Un empressement critiqué par Angela Merkel. «Nous ne parlons pas ici d'un changement mineur d'une loi mais d'une modification de notre constitution qui affecte les convictions profondes des gens ainsi que la conception du mariage, pilier de notre société», a-t-elle regretté dans une entrevue mercredi au magazine Wirtschaftswoche.

«Je ne comprends pas qu'une telle décision soit transformée en conflit partisan, je trouve cela triste et totalement inutile», a-t-elle ajouté.

La chancelière se retrouve bousculée et critiquée par l'aile traditionaliste de sa famille politique, alors qu'elle pensait avoir réalisé une opération politiquement bénéfique.

Son allié bavarois, le parti CSU, l'a mis en garde «contre la destruction des dernières valeurs conservatrices» de la société.

En ouvrant la porte à une légalisation, elle entendait à la fois priver ses rivaux de gauche d'un thème porteur durant la campagne et se débarrasser d'un sujet de plus en plus encombrant pour elle : 73% des Allemands sont favorables au mariage pour tous, selon un récent sondage de la chaîne ZDF, et ses potentiels partenaires de coalition après les législatives font tous de la légalisation une condition de leur participation.

C'était sans compter sur les sociaux-démocrates, qui y ont vu un moyen de se relancer alors qu'ils sont à la traîne dans les sondages en vue des législatives.

En l'état du rapport de force au Bundestag, la chambre basse du Parlement, un vote positif pour le mariage gai paraît acquis.

Rupture

Les trois partis de gauche (SPD, écologistes et gauche radicale), qui tous soutiennent le mariage entre homosexuels, y détiennent ensemble la majorité. Et environ un tiers des élus conservateurs devraient voter aussi en faveur.

En précipitant les choses, les sociaux-démocrates actent néanmoins de facto le divorce de la coalition qu'ils forment avec les chrétiens-démocrates depuis 2013. Et ce trois mois avant les élections législatives où Angela Merkel briguera un quatrième mandat.

Le chef du groupe parlementaire conservateur, Volker Kauder, a dénoncé «une rupture de confiance» du SPD.

L'adoption du mariage pour tous ne figurait pas en effet dans le contrat de coalition conclu après les précédentes élections entre conservateurs et sociaux-démocrates.

Le climat entre les deux mouvements s'était déjà passablement envenimé ces derniers jours, depuis que le SPD a décidé d'attaquer frontalement Angela Merkel pour tenter de réduire son retard de quinze points dans les sondages en vue des législatives.

Le chef de file du SPD Martin Schulz vient ainsi de l'accuser d'«attenter à la démocratie» en refusant selon lui de parler des sujets qui préoccupent la population et en se reposant uniquement sur son bilan.




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