Macron favori face à Le Pen pour le second tour

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Jamais élu, Emmanuel Macron est en bonne position pour emporter le scrutin suprême le 7 mai et devenir, à 39 ans, le plus jeune président de la République de l'Histoire, devant Louis-Napoléon Bonaparte.

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Daphné BENOIT, Cécile FEUILLATRE
Agence France-Presse
Paris

Le jeune pro-européen Emmanuel Macron part favori dans la bataille lancée lundi pour le second tour de l'élection présidentielle française, le 7 mai, face à la dirigeante d'extrême droite anti-mondialisation Marine Le Pen, duel qui exclut les deux grands partis traditionnels.

Marine Le Pen qui réalise ses meilleurs scores dans les zones rurales, les petites communes, les régions qui ont pâti de la mondialisation est repartie sur le terrain dès lundi matin avec un déplacement dans le nord de la France.

Le premier tour du scrutin, marqué par une participation massive de près de 80%, signe l'élimination sans précédent des deux grandes formations de droite (Les Républicains) et de gauche (Parti socialiste) dans la course finale à l'Élysée, au profit de deux candidats aux antipodes portés par le désir de renouvellement politique des Français.

Au terme d'une campagne présidentielle de plusieurs mois riche en rebondissements et au suspense inédit, le centriste Emmanuel Macron, 39 ans, est arrivé en tête du premier tour dimanche, avec 23,75% des suffrages, suivi par la dirigeante du Front national, 48 ans, avec 21,53% des voix, selon des résultats définitifs.

Les «Unes» des quotidiens français résument le choc de ce premier tour et les enjeux à venir: «la droite K.-O.», titrait le journal de droite le Figaro. Le quotidien de gauche Libération affichait une photo de Macron avec le titre: «À une marche» (de l'Élysée), allusion à son mouvement En marche! «Jamais!» s'exclamait pour sa part le journal communiste l'Humanité avec une photo de Marine Le Pen.

«En une année, nous avons changé le visage de la vie politique française», a lancé Emmanuel Macron devant ses partisans réunis dimanche soir à Paris.

Le résultat de l'ancien ministre de l'Économie et les pronostics de victoire liés aux reports attendus des voix en sa faveur pour faire barrage à l'extrême droite est «le scénario parfait dont le marché rêvait désespérément», selon Sebastien Galy, analyste chez Deutsche Bank AG à New York, après le vote du Brexit en juin dernier au Royaume-Uni et l'accession du protectionniste Donald Trump à la Maison-Blanche outre-Atlantique.

Devant ses soutiens, Mme Le Pen s'est pour sa part réjouie d'un résultat «historique», avec un record de voix à 7,6 millions de voix, selon les résultats quasi-définitifs. «La première étape est franchie», a affirmé la candidate, dont la qualification au second tour était pronostiquée par tous les sondages depuis 2013.

Le conservateur François Fillon, plombé par le scandale autour des emplois fictifs présumés au profit de sa famille, a enregistré une humiliante défaite, à 19,91% des voix, au coude-à-coude avec le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon qui fait une percée record après sa campagne atypique axée sur la volonté d'une refonte des institutions de la République.

Le socialiste Benoît Hamon a lui subi de son propre aveu un «désastre», avec 6,35% des suffrages, à l'issue d'un quinquennat socialiste.

«Front républicain»

Jamais élu, M. Macron est en bonne position pour succéder au président sortant François Hollande et devenir le plus jeune président de la République de l'Histoire, devant Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873).

La majorité de la classe politique française de droite comme de gauche a appelé à «faire barrage» à l'extrême droite, dont les candidats battus François Fillon et Benoît Hamon.

Ce serait une «faute morale de ne pas barrer la route à l'extrême droite», a insisté lundi Thierry Solère, ex-porte-parole de M. Fillon.

Un «front républicain» qui rappelle l'élection présidentielle de 2002 qui avait vu le fondateur du FN, Jean-Marie Le Pen, père de Marine, se qualifier au second tour du scrutin face à Jacques Chirac avant d'être battu à plate couture (17,79%) du fait du rassemblement contre lui.

Aux antipodes sur plusieurs thèmes -ouverture/repli, identité/diversité, libéralisme/protectionnisme- , le duel du 7 mai prochain promet d'être polarisé autour de deux thèmes centraux: l'Europe et la mondialisation.

«Le grand enjeu de cette élection est la mondialisation sauvage qui met en danger notre civilisation», a affirmé Mme Le Pen qui prône fermeture des frontières, sortie de l'euro et moratoire sur l'immigration.

«Soit nous continuons sur la voie de la dérégulation totale, soit vous choisissez la France», a-t-elle dit dimanche.

Emmanuel Macron, lui, veut porter «la voix de l'espoir» pour la France et «pour l'Europe», et devenir «le président des patriotes face à la menace des nationalistes». Le candidat centriste a d'ores et déjà reçu un soutien appuyé de la chancellerie allemande.

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Marine Le Pen reçoit des fleurs après avoir livré un discours à Henin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, dimanche.

AFP

Meilleur score présidentiel du FN

Selon deux sondages publiés dimanche soir, l'ex-ministre s'imposerait avec 62 ou 64% des voix le 7 mai.

M. Macron n'a pas indiqué s'il souhaitait un débat télévisé face à Mme Le Pen, ce qu'avait refusé Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen en 2002.

Mais contrairement à il y a 15 ans, la qualification de la candidate du Front national n'est pas une surprise: elle était prédite par tous les sondages depuis 2013. La fille de Jean-Marie Le Pen réalise au passage le meilleur score de l'histoire du FN à la présidentielle, mais ne bascule pas en tête comme elle l'a longtemps espéré.

Après les résultats, plusieurs centaines de jeunes «antifascistes» se sont rassemblés dimanche sur la place de la Bastille à Paris, dans un face-à-face tendu avec la police, qui a fait deux blessés.

M. Macron a enregistré de nombreux ralliements dont celui, immédiat, de Benoît Hamon pour «faire barrage à l'extrême droite» même si le candidat socialiste a estimé que son rival victorieux «n'appartient pas à la gauche».

Le premier ministre Bernard Cazeneuve, son prédécesseur à Matignon Manuel Valls - déjà rallié avant le scrutin - et le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll ont appelé à voter en sa faveur. François Hollande, qui a félicité son ancien ministre, exprimera «très clairement» et «rapidement» son choix, mais pas dimanche, a annoncé l'Elysée.

À droite, François Fillon a jugé n'avoir «pas d'autre choix que de voter contre l'extrême droite». «Je voterai donc pour Emmanuel Macron», a-t-il lancé, déplorant des obstacles «trop nombreux, trop cruels» mis «sur (s)a route».

Le président (LR) de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur Christian Estrosi, qui avait reçu M. Macron pendant la campagne, votera également pour lui, de même que François Baroin «à titre personnel» ou Alain Juppé.

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Une supportrice de Jean-Luc Mélenchon crie des slogans devant les bureaux du parti La France insoumise, à Paris.

AP

Election hors normes

Plus nuancé, le vice-président des Républicains Laurent Wauquiez, qui incarne l'aile droite du parti, s'est contenté d'appeler à «ne pas voter pour Marine Le Pen».

À l'étranger, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le porte-parole d'Angela Merkel ont tout deux souhaité «bonne chance» à M. Macron, dans un Vieux Continent qui s'inquiète du «risque Le Pen» après le Brexit. Signe de soulagement des marchés, l'euro évoluait en forte hausse après le premier tour dans les échanges internationaux.

Quand les sondeurs anticipaient une abstention record, le scrutin a mobilisé les Français: le taux de participation devrait avoisiner 78 à 81%, selon les estimations des instituts (79,5% en 2012).

Vainqueur triomphal de la primaire de droite, M. Fillon a été grandement fragilisé par les affaires judiciaires, après la révélation fin janvier par Le Canard enchaîné de l'emploi soupçonné fictif de son épouse comme collaboratrice parlementaire, pour lequel la justice l'a mis en examen.

Quatrième homme en 2012 (11,10%), Jean-Luc Mélenchon pulvérise son score mais échoue au seuil du deuxième tour.

Quant à Benoît Hamon, l'ancien frondeur et vainqueur de la primaire socialiste crève le plancher du score éliminatoire de Lionel Jospin en 2002 (16,18%), et fait même le pire score d'un candidat socialiste depuis Gaston Defferre en 1969 (5,01%). «Le PS va devoir se rassembler pour faire barrage au FN» car «le 2e tour n'est pas gagné», a jugé son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis.

Parmi les «petits» candidats, Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) n'a pas appelé à voter pour M. Macron qui «n'est pas un rempart contre le FN». Nathalie Arthaud appelle à «rejeter le vote pour Marine Le Pen» mais votera blanc. Nicolas Dupont-Aignan (4,6% à 5%) se prononcera «en début de semaine».

Cette 10e élection présidentielle au suffrage universel de la Ve République est hors normes à plus d'un titre: un président sortant François Hollande pas en mesure de se représenter; l'élimination des favoris Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et Manuel Valls, lors des primaires; match serré dans la dernière ligne droite entre quatre candidats; contexte de menace terroriste, avec un scrutin sous état d'urgence.

François Mitterrand accueillant à l'Élysée la première ministre britannique, Margaret... (AP) - image 4.0

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François Mitterrand accueillant à l'Élysée la première ministre britannique, Margaret Thatcher, en juillet 1987.

AP

Présidentielle en France

Près de 47 millions d'électeurs étaient appelés à voter au premier tour le 23 avril, puis au second tour le 7 mai, pour élire le nouveau président de la République française appelé à succéder au socialiste François Hollande :

Les précédents présidents sont :

2012-2017 : François Hollande (socialiste)

2007-2012 : Nicolas Sarkozy (droite)

1995-2007 : Jacques Chirac (droite), qui a enchaîné un septennat et un quinquennat. 

1981-1995 : le socialiste François Mitterrand, qui a effectué deux mandats de sept ans.




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