Theresa May trébuche sur le décret Trump

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Lors d'une visite officielle en Turquie, samedi, Theresa May avait refusé de critiquer le décret Trump, déclenchant une vive polémique au Royaume-Uni.

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Remi BANET
Agence France-Presse
Londres

La première ministre britannique Theresa May s'est résolue à dénoncer les restrictions à l'immigration imposées par Donald Trump, après avoir été vivement critiquée pour avoir d'abord refusé de le faire, puis elle a obtenu une exemption pour les naturalisés et les binationaux.

«La politique d'immigration des États-Unis est l'affaire du gouvernement des États-Unis (...). Mais nous ne sommes pas d'accord avec ce type d'approche», a déclaré un porte-parole de Theresa May.

Reste que le décret du président américain en lui-même est fortement contesté au sein de la population britannique. Une pétition adressée au Parlement a été lancée pour empêcher M. Trump d'effectuer, comme prévu, une visite d'État en Grande-Bretagne. Dimanche soir, ce texte avait recueilli 790 000 signatures.

En outre, une manifestation est prévue lundi devant Downing Street, la résidence de la première ministre à Londres, et dans d'autres villes du Royaume-Uni.

Downing Street a précisé dimanche avoir demandé à la ministre de l'Intérieur Amber Rudd et au ministre des Affaires étrangères Boris Johnson d'intervenir auprès de leurs homologues américains «afin de protéger les droits des ressortissants britanniques».

M. Johnson a jugé plus tôt dimanche que «stigmatiser en fonction d'une nationalité est néfaste et source de divisions». Dans la foulée, il a obtenu des exemptions au décret du président américain pour les Britanniques et les binationaux.

Les seuls binationaux «susceptibles d'être soumis à des vérifications supplémentaires sont ceux venant de l'un de ces sept pays, par exemple un Britannico-libyen se rendant aux États-Unis depuis la Libye», a expliqué le ministère des Affaires étrangères britannique sur son site internet.

Mais la réaction du gouvernement britannique intervient tard. Samedi, lors d'une visite en Turquie, Mme May avait refusé de critiquer l'initiative américaine, déclenchant une vive polémique au Royaume-Uni.

«Les États-Unis sont responsables de la politique des États-Unis sur les réfugiés», avait déclaré la première ministre, au lendemain de sa rencontre avec Donald Trump à Washington.

Une pluie de critiques s'est aussitôt abattue sur Mme May, accusée jusque dans son propre camp de renier les droits de l'homme au profit de la «relation spéciale» entre Londres et Washington : «Je me fiche de la relation spéciale, certaines lignes ne doivent juste pas être franchies», a réagi sur Twitter la députée conservatrice Heidi Allen.

Nadhim Zahawi, député conservateur né en Irak, a lui expliqué que les restrictions à l'immigration décrétées par Washington l'empêcheraient désormais de se rendre aux États-Unis malgré son passeport britannique. «C'est humiliant», a-t-il dit sur la BBC, se disant toutefois «rassuré» par la réaction de Theresa May.

Le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a lui tweeté : «Theresa May décevra les Britanniques si elle ne reporte pas la visite de Trump (au Royaume-Uni) et ne condamne pas ses actions dans les termes les plus clairs».

Droits de l'homme

Le décret signé vendredi par le président américain interdit l'entrée aux États-Unis pour 90 jours aux ressortissants de sept pays musulmans (Irak, Iran, Yémen, Libye, Syrie, Soudan, Somalie).

Les défenseurs des immigrés ont toutefois remporté une première manche contre Trump samedi en obtenant d'un juge qu'il empêche l'expulsion des personnes interpellées en vertu de ce décret.

Theresa May avait affirmé avant de s'envoler pour Washington qu'elle aborderait franchement tous les sujets avec le président américain : «Si je trouve quelque chose inacceptable, je le dirai à Donald Trump», avait-elle assuré.

Mais elle était surtout venue discuter commerce, alors que les négociations de sortie du Royaume-Uni de l'UE seront lancées dans la foulée du déclenchement de l'article 50 du Traité de Lisbonne, prévu avant fin mars.

Selon Downing Street, Donald Trump a d'ailleurs accepté d'entamer immédiatement des pourparlers avec la Grande-Bretagne afin de conclure un nouvel accord commercial post-Brexit.

Pour autant la première ministre, qui souhaite multiplier les pourparlers commerciaux en vue de préparer l'après-Brexit - elle ne sera officiellement autorisée à négocier des accords commerciaux qu'après la sortie de son pays de l'UE - risque de se retrouver à nouveau dans ce type de situation délicate.

Au moment où elle s'apprêtait à rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan, samedi, des députés britanniques l'ont ainsi appelée à ne pas éluder le sujet des purges sans précédent engagées par Ankara après le coup d'État avorté du 15 juillet dernier. Interrogée, Mme May a assuré avoir abordé directement le sujet avec M. Erdogan.




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