Turquie: le patron du quotidien d'opposition Cumhuriyet arrêté

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Akin Atalay, le président du directoire du quotidien, a été interpellé à son arrivée à l'aéroport Atatürk d'Istanbul, en provenance d'Allemagne, et placé en garde à vue.

photo Vedat Arik, archives cumhuriyet/AP

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Gokan GUNES
Agence France-Presse
ISTANBUL

Les autorités turques ont arrêté vendredi le patron du quotidien d'opposition Cumhuriyet, après avoir incarcéré plusieurs de ses journalistes, au moment où les atteintes à la liberté de la presse sont au coeur de vives tensions entre Ankara et l'Europe.

Akin Atalay, le président du directoire du quotidien, a été interpellé à son arrivée à l'aéroport Atatürk d'Istanbul, en provenance d'Allemagne, et placé en garde à vue, a indiqué Cumhuriyet sur son site internet. Il était visé par un mandat d'arrêt dans le cadre d'une enquête sur des « activités terroristes ».

Farouchement hostile au président Recep Tayyip Erdogan, Cumhuriyet, fondé en 1924, s'est transformé en machine à scoops sous la houlette de son ancien rédacteur en chef Can Dündar, multipliant les enquêtes embarrassantes pour le pouvoir.

Il a notamment affirmé de manière retentissante en 2015, vidéo à l'appui, que les services secrets turcs avaient fourni des armes à des rebelles islamistes en Syrie. M. Erdogan avait alors averti M. Dündar qu'il allait « payer le prix fort ».

Celui-ci, condamné pour « révélation de secrets d'État » en première instance, vit désormais en Allemagne.

La semaine dernière, neuf journalistes de Cumhuriyet, dont son rédacteur en chef Murat Sabuncu, ont été placés en détention, une mesure qui a suscité l'inquiétude des défenseurs des droits de l'homme et des critiques internationales.

Le parquet avait annoncé au moment des arrestations que celles-ci se faisaient dans le cadre d'une enquête pour « activités terroristes » en lien avec le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen - accusé d'avoir ourdi le putsch avorté de juillet 2016 - et avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

M. Atalay a été arrêté à sa descente d'avion par des policiers qui l'ont fait monter dans un véhicule garé sur le tarmac de l'aéroport, a précisé Cumhuriyet.

« La voix de la Turquie »

Après les arrestations de ses journalistes, Cumhuriyet avait assuré qu'il lutterait « jusqu'au bout », dans un pays où la presse a été particulièrement visée par les purges effectuées depuis la tentative de coup d'État.

Évoquant une « vague sans précédent d'arrestations (...) sous couvert d'accusations absurdes », Virginie Dangles, rédactrice en chef de l'ONG Reporters sans Frontières (RSF), a exhorté vendredi la communauté internationale à « faire comprendre au gouvernement turc que cette fuite en avant répressive ne peut être sans conséquences ».

« Cumhuriyet, c'est la voix de la Turquie, c'est le souffle de la Turquie », a déclaré à l'AFP Hüseyin Karabulut, qui fait partie d'un comité de soutien dont les membres se relaient devant le siège du journal à Istanbul.

M. Karabulut dit redouter le placement du quotidien sous tutelle, de la même manière qu'un administrateur avait été nommé par le gouvernement en mars dernier à la tête du grand quotidien Zaman, jugé proche de Fethullah Gülen.

Les autorités turques nient pour leur part toute atteinte à la liberté de la presse et affirment que les seuls journalistes arrêtés sont ceux liés à des « organisations terroristes », expression désignant le PKK et le réseau güléniste.

Les arrestations de journalistes et la fermeture de médias ont exacerbé les tensions entre Ankara et l'UE, qui a à plusieurs reprises dit son inquiétude devant l'ampleur des purges après le putsch avorté.

Dans son dernier rapport d'étape sur le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE rendu public mercredi à Bruxelles, la Commission européenne a critiqué un « sérieux retour en arrière » sur les critères d'adhésion, en particulier en ce qui concerne la liberté d'expression et l'État de droit dans ce pays.

Selon l'Association des journalistes de Turquie (TGC), 170 organes de presse ont été fermés, 105 journalistes placés en détention et 777 cartes de presse annulées depuis la tentative de coup d'État du 15 juillet.

La Turquie est 151e au classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2016, derrière le Tadjikistan et juste devant la République démocratique du Congo.

Le représentant de RSF en Turquie Erol Önderoglu est actuellement jugé à Istanbul pour « propagande terroriste » pour avoir participé à une campagne de solidarité avec un quotidien prokurde.

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