Les Serbes de Bosnie veulent une «fête nationale»

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De nombreux Serbes de Bosnie se reconnaissent comme appartenant au peuple serbe ou membres de la «Republika Srpska», pas comme citoyens de la Bosnie.

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Rusmir SMAJILHODZIC
Agence France-Presse
Pale

Les Serbes de Bosnie ont sans surprise décidé dimanche de continuer à célébrer leur propre «fête nationale» lors d'un référendum qui porte un nouveau coup aux institutions de la Bosnie et suscite l'émoi des Musulmans.

En dépit de l'opposition des Occidentaux mais fort du soutien russe, le turbulent leader des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, qui a annoncé la victoire du oui, semble avoir obtenu le plébiscite qu'il cherchait auprès des 1,2 million d'électeurs.

Après le dépouillement de près des trois-quarts des voix, près de 99,80% des votants ont confirmé qu'ils voulaient commémorer chaque 9 janvier la naissance de la «République du peuple serbe», trois mois avant la guerre qui avait fait 100 000 morts (1992-95). Une date vécue comme un affront par de nombreux Bosniaques.

L'hommage à Karadzic 

Dimanche soir, le ton du discours de Milorad Dodik n'était pas à la conciliation, lors d'un meeting de victoire devant des milliers de partisans à Pale, l'ancien fief de Radovan Karadzic, théoricien de l'épuration ethnique.

«La Republika Srpska est redevable à ceux qui ont eu la vision de la créer, qui ont eu le courage de se mettre à sa tête», a-t-il dit, citant en particulier Karadzic qui purge 40 ans de prison après sa condamnation pour acte de génocide, crimes de guerre et contre l'humanité par le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

«Je suis venu voter parce que chaque nation et chaque État a sa propre fête nationale», «notre peuple serbe doit avoir sa fête», a expliqué un électeur, Vojo Vujakovic, 60 ans, habitant de Laktasi, le village de Milorad Dodik, près de Banja Luka, la capitale des Serbes de Bosnie.

Ce sentiment illustre la fragilité de la Bosnie née des accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre et dont la cohésion ne tient depuis que par la volonté de la communauté internationale: un ensemble formé de deux entités, une croato-musulmane et une serbe, réunies par des institutions de moins en moins respectées.

Comme Vojo Vujakovic, de nombreux Serbes de Bosnie se reconnaissent comme appartenant au peuple serbe ou membres de la «Republika Srpska», pas comme citoyens de la Bosnie. Et beaucoup continuent de penser que Karadzic n'était pas un criminel de guerre mais un défenseur du peuple serbe.

Le scrutin de dimanche est-il, comme le soupçonne le patron des bosniaques musulmans, Bakir Izetbegovic, un «ballon d'essai» pour Milorad Dodik et un premier pas vers une sécession?

Le parti du leader serbe prévoit un référendum d'indépendance en 2018. Et dimanche, Milorad Dodik a expliqué à ses partisans que la Republika Srpska était «un État». «Les Serbes ont toujours été libres quand ils ont eu leur État», a-t-il insisté.

 «L'aventurisme» indépendantiste

Mais un responsable politique des Serbes de Bosnie, Mladen Ivanic, opposant à Milorad Dodik, a assuré qu'un référendum d'indépendance n'aurait pas lieu: «C'est de l'aventurisme auquel je ne participerai certainement pas.»

De son côté, Bakir Izetbegovic, qui avait suscité la colère des Serbes en contestant avec succès devant la Cour constitutionnelle la «fête nationale» du 9 janvier, a assuré qu'une «réaction» au référendum viendrait, sans plus de précision sur sa nature.

Mais il s'était aussi employé dans la journée à calmer le jeu: «Il n'y aura pas de guerre et personne ne détruira la Republika Srpska. Nous allons prendre soin de ce pays, de l'accord de paix de Dayton et tous les citoyens, Serbes, Croates et Bosniaques.»

«C'est ici que les choses ont commencé», «c'est ici à Pale que la Republika Srpska a été fondée», lui a répondu Milorad Dodik. Et personne «ne pourra effacer ce fait de l'histoire», «ni Bakir Izetbegovic ni les imposteurs internationaux».

Mais pour beaucoup d'analystes, la détermination et la rhétorique de Milorad Dodik trahissent surtout des préoccupations électoralistes de court terme: contesté politiquement, il a en tête les municipales de la semaine prochaine. Une fois celles-ci passées, la situation pourrait s'apaiser.

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