Après les législatives, la Croatie reste dans l'incertitude

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Andrej Plenkovic est déterminé à tourner le dos à la rhétorique nationaliste de la précédente direction du HDZ.

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Lajla VESELICA, Rusmir SMAJILHODZIC
Agence France-Presse
Zagreb

Les conservateurs du HDZ restent le premier parti de Croatie, mais avec une avance insuffisante pour gouverner seuls et sortir le pays de l'incertitude après des mois de polémiques sur une dérive droitière du pays et de tension avec la Serbie.

Après le dépouillement de 80% des voix, dans la nuit de dimanche à lundi, le HDZ, qui menait la précédente coalition, était crédité de 61 sièges, contre 54 aux sociaux-démocrates (SDP), donnés favoris durant toute la campagne de ces législatives, où 151 sièges de députés sont en jeu.

«Je suis persuadé que nous sommes le parti qui aura le privilège de former le prochain gouvernement croate et il sera stable», a déclaré Andrej Plenkovic, le nouveau patron du HDZ, à des sympathisants dans la nuit, promettant un gouvernement «pro-européen».

Son rival, l'ancien premier ministre Zoran Milanovic, du SDP, a quant à lui estimé qu'il fallait «attendre que tous les votes aient été dépouillés». «La Croatie a besoin d'un gouvernement stable et ces derniers mois, (le gouvernement) a été instable et destructeur», a-t-il ajouté.

M. Plenkovic, 46 ans, déterminé à tourner le dos à la rhétorique nationaliste de la précédente direction du parti, devra trouver des alliés pour former le gouvernement.

Et se garder de la défiance d'une partie de ses électeurs inquiets de son positionnement centriste.

Le prochain cabinet s'annonce aussi fragile que le précédent et aura du mal à avoir une légitimité suffisante pour sortir de la crise politique et économique ce pays membre de l'Union européenne depuis 2013.

Le précédent aura tenu à peine six mois, usé par des dissensions internes et achevé par un scandale politico-financier.

Ce passage éclair après quatre ans de règne social-démocrate a écorné l'image de la Croatie: nomination d'un ministre de la Culture accusé de révisionnisme sur le régime oustachi pronazi, mises en cause de la presse, influence accrue de l'Eglise sur les questions de société, attaques contre les minorités, notamment serbes...

Vingt-cinq ans après les guerres des Balkans, les relations entre Zagreb et Belgrade n'ont jamais été plus mauvaises.

Des responsables serbes se sont inquiétés d'un «nazisme renaissant», selon eux, de l'autre côté de la frontière. Les Croates évoquent pour leur part le passé ultranationaliste des responsables serbes, y compris celui du premier ministre Aleksandar Vucic.

Dans ce contexte, le SDP de Zoran Milanovic et le HDZ nouvelle formule d'Andrej Plenkovic semblent donner des gages d'apaisement.

Même si le premier, durant la campagne, s'en est pris aux Serbes, qualifiés de «bande de misérables» dans des propos tenus devant des anciens combattants.

La minorité serbe de Croatie, qui compte trois députés, est plus encline à se rallier à Plenkovic.

L'émergence de l'extrême gauche 

Mais l'économie, plus que les relations avec le rival serbe, sont au coeur des préoccupations des 3,8 millions d'électeurs croates qui, moins d'un an après les législatives précédentes, se sont pressés beaucoup moins nombreux aux urnes.

Le prochain chef du gouvernement sera à la merci des bisbilles entre partis et confronté à la crise économique et à un chômage de 13%, qui touche près d'un jeune de moins de 25 ans sur trois.

Même si la Croatie est sortie d'une longue récession qui a duré six ans et table sur une croissance de plus de 2% cette année.

Etudiant en technologie de 19 ans, Ivan Cizmek dit ce qu'il attend du futur gouvernement: «Faire ce qu'il faut pour un emploi plus fort».

Zoran Milanovic a pâti de la faiblesse des réformes engagées quand il dirigeait le pays et de son incapacité à éradiquer un clientélisme endémique.

Signe de cette défiance, l'excellent résultat du parti d'extrême gauche Zivi Zid qui devraient envoyer huit députés au Parlement, contre un dans la mandature précédente. Il a exclu toute alliance avec les sociaux-démocrates.

Les tractations pour bâtir une coalition majoritaire pourraient durer plusieurs jours.

Mais le HDZ semble mieux placé pour recueillir l'assentiment de la troisième force politique en Croatie, Most, proche d'une Église influente dans un pays où 90% des habitants se disent catholiques. Un mouvement qui fait plus que jamais figure de faiseur de rois.

«Le SDP ne peut être satisfait puisqu'il s'attendait à retrouver le pouvoir après ce qui est arrivé au HDZ», a commenté l'analyste politique Nino Raspudic.

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