Merkel assume sa responsabilité après une cinglante défaite électorale

La chancelière Angela Merkel.... (Max Rossi, archives REUTERS)

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La chancelière Angela Merkel.

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Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse
Berlin

Angela Merkel a reconnu lundi sa responsabilité au lendemain d'une humiliante défaite électorale de son parti, vaincu par la droite populiste dans le fief de la chancelière, et engage une délicate opération de reconquête à un an des législatives.

Tout en se disant convaincue que sa décision d'ouvrir l'Allemagne à un million de demandeurs d'asile en 2015 était «la bonne», Mme Merkel a admis être «aussi responsable» de la débâcle des siens en Mecklembourg-Poméranie occidentale, un État régional d'ex-RDA communiste dont elle est élue.

«Tous doivent désormais réfléchir à ce qu'on peut faire pour regagner la confiance (des Allemands) et, naturellement, moi la première», a-t-elle dit, bien qu'elle n'ait pas encore dévoilé ses intentions pour les législatives de l'automne 2017.

«L'intégration (des réfugiés) et la reconduite (des migrants) qui n'ont pas d'autorisation de séjour chez nous vont jouer un rôle important», a-t-elle ajouté, en marge du sommet du G20 en Chine.

En surfant sur les agressions sexuelles de masse attribuées à des migrants au Nouvel an et deux attentats en juillet revendiqués par le groupe Etat islamique, les populistes de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) ont célébré un score retentissant dans le Mecklembourg.

«Historique»

Avec 20,8 %, ils arrivent derrière les sociaux-démocrates (30,6 %) mais s'imposent à la deuxième place devant l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel à 19 %, une première dans de telles élections régionales.

Désormais représenté dans neuf des seize États-régions du pays, le mouvement né au printemps 2013 fortifie son assise avec cette percée très symbolique dans le fief électoral de la chancelière, qui avait personnellement fait campagne.

«Notre pays connaît une rupture politique, et ce n'est pas trop que de dire que cela a une dimension historique», s'est félicité un dirigeant de l'AfD, Jörg Meuthen.

Les alliés bavarois (CSU) de la dirigeante allemande conservatrice, en opposition frontale depuis des mois à sa politique d'immigration, sont repartis à l'assaut. Ils réclament plus que jamais «un plafond» annuel de réfugiés autorisés à venir en Allemagne, qu'a à nouveau refusé la CDU.

La presse tire elle la sonnette d'alarme face à la montée de la droite populiste en Allemagne, un phénomène d'une ampleur inconnue depuis 1945.

«C'était plus qu'une petite élection régionale, c'était une élection sur Merkel: une tempête protestataire dans le nord-est a emporté la CDU qui a glissé derrière l'AfD», estime l'hebdomadaire de référence Der Spiegel sur son site.

L'AfD a bousculé le jeu politique avec un discours anti-migrants, mais aussi par son rejet du bipartisme et des élites conservatrices et sociales-démocrates qui alternent ou se partagent le pouvoir depuis 70 ans.

Merkel sans rival ?

«L'AfD a une influence fondamentale sur le paysage partisan. Les coalitions de gouvernement à l'ancienne ne s'imposent plus», relève Sebastian Friedrich, un politologue spécialisé sur ce parti.

Pour le quotidien Tagesspiegel à paraître mardi, «les succès de l'AfD résultent largement de l'incapacité des autres partis à représenter les "citoyens inquiets"», dont les motivations très diverses «compliquent l'analyse du vote».

Désormais l'Allemagne n'apparaît plus comme une exception européenne, après avoir semblé épargnée par la progression des partis nationalistes et populistes sur le continent.

Au niveau national, les populistes allemands en sont à 14 % d'intentions de vote selon un récent sondage, soit un gain de 10 points dans les douze mois qui ont suivi la décision de Mme Merkel d'ouvrir son pays aux demandeurs d'asile.

Si la chancelière n'a pas encore annoncé sa candidature à un quatrième mandat, rares sont ceux à en douter.

«C'est le début de la fin pour l'ère Merkel», a prévenu lundi l'une des chefs du parti anti-migrants, Beatrix von Storch. Et l'AfD espère une nouvelle percée le 18 septembre lors des élections du Parlement de Berlin.

Angela Merkel a toutefois encore pour elle de n'avoir aucun rival sérieux dans son parti et de pouvoir compter sur la faiblesse du parti social-démocrate, qui semble n'avoir aucune chance de devancer la CDU en 2017.

«Merkel n'a pas de soulèvement à craindre» dans son parti, «aucun successeur ne se profile», souligne Karl-Rudolf Korte, politologue à l'Université de Duisbourg.

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