Guerre en Irak: Tony Blair entre mea culpa et justification

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L'ex-premier ministre britannique Tony Blair

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Alice RITCHIE, Maureen COFFLARD
Agence France-Presse
LONDRES

L'ex-premier ministre britannique Tony Blair a présenté ses excuses pour les erreurs liées à l'intervention en Irak en 2003 relevées dans un rapport paru mercredi, mais a défendu cette guerre qui a, selon lui, rendu le monde «plus sûr».

Invasion prématurée sans exploiter jusqu'au bout les options diplomatiques, plans britanniques pour l'après-guerre «complètement inadéquats»: John Chilcot, président de la commission sur l'engagement du Royaume-Uni en Irak, aux côtés des États-Unis, a pourtant dressé un bilan accablant de son action.

Tony Blair avait ainsi promis à George W. Bush de le suivre «quoi qu'il arrive», a établi le rapport de la commission, long de 2,6 millions de mots et dont la rédaction a duré sept ans.

De nombreux quotidiens britanniques consacraient leur une de jeudi au rapport, le Times dénonçant la «Guerre personnelle de Blair».

En Espagne, le quotidien El Mundo relève lui que, d'après le rapport, M. Blair et son homologue espagnol de l'époque Jose Maria Aznar «s'étaient mis d'accord sur une stratégie de communication qui devait montrer qu'ils avaient fait tout leur possible pour éviter la guerre». Il s'agissait d'«afficher qu'ils voulaient éviter le conflit», selon El Pais.

«Nous avons conclu que le Royaume-Uni avait décidé de se joindre à l'invasion de l'Irak avant que toutes les options pacifiques pour obtenir le désarmement (de ce pays) ne fussent épuisées. L'action militaire n'était pas inévitable à l'époque», a estimé John Chilcot en présentant les conclusions du rapport.

En outre, «malgré les avertissements, les conséquences de l'invasion ont été sous-estimées. La planification et les préparatifs pour l'Irak de l'après-Saddam étaient complètement inadéquats», a ajouté M. Chilcot.

L'intervention controversée en Irak a profondément marqué le Royaume-Uni et explique ses fortes réticences à s'engager militairement depuis.

Tony Blair a immédiatement réagi en affirmant dans un communiqué avoir «agi de bonne foi» et dans ce que qu'il pensait être «l'intérêt supérieur du pays».

«Cela a été la décision la plus difficile que j'aie jamais prise (...) J'en endosse l'entière responsabilité. J'exprime ma peine, mes regrets et mes excuses», a-t-il ensuite déclaré lors d'une conférence de presse de près de deux heures.

«Mon fils est mort pour rien»

Mais il a dans le même temps affirmé avoir «pris la bonne décision». Selon lui, si le dictateur irakien Saddam Hussein était resté au pouvoir, «il aurait continué à constituer une menace pour la paix dans le monde», a-t-il dit, estimant que «le monde est meilleur et plus sûr» depuis sa chute et niant que l'intervention en Irak ait augmenté la menace terroriste.

L'ex-président américain George W. Bush estime lui aussi que «le monde entier se porte mieux sans Saddam Hussein au pouvoir», a indiqué mercredi le porte-parole de l'ancien chef d'État.

Prenant le contrepied de Tony Blair, l'actuel chef du Labour Jeremy Corbyn, pacifiste convaincu qui avait voté contre l'intervention en Irak en 2003, s'est «excusé au nom de (s)on parti pour cette décision désastreuse».

Commandé en 2009 et agrégeant les conclusions de l'audition de 120 témoins, dont M. Blair et son successeur Gordon Brown, le rapport Chilcot, qui devait initialement être rendu dans un délai d'un an, est lui-même devenu source de controverses au fil des ajournements, poussant les familles excédées des soldats tués en Irak à fixer un ultimatum aux autorités.

«Je ne peux que conclure malheureusement que mon fils est mort pour rien», a réagi Reginald Keys, le père de l'un des 179 soldats britanniques ayant perdu la vie entre 2003 et 2009 dans cette guerre qui a vu 45 000 Britanniques partir au combat et des dizaines de milliers d'Irakiens mourir.

«Le monde doit avoir conscience du fait qu'il y a un terroriste dans ce monde et son nom est Tony Blair», a ajouté, en larmes, Sarah O'Connor, la soeur d'un soldat mort en 2005.

Pour l'ONG Transparency, qui a salué ce rapport, «les erreurs de l'Irak ne doivent jamais se répéter». Amnesty International a appelé à ce que ces conclusions servent de leçon et «garantissent que les enquêtes actuelles sur les accusations d'assassinats et de tortures (...) soient véritablement efficaces et solides».

Les avocats des familles de 29 des soldats morts en Irak ont indiqué qu'ils allaient éplucher le rapport. «Il pourrait servir de base à une action en justice contre Blair, ses ministres ou le gouvernement en général», a déclaré à l'AFP le cabinet McCue and Partners.

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