L'image de la «douce France» à l'épreuve des violences

Des policiers antiémeute patrouillent dans le centre-ville de... (PHOTO Darko Bandic, AP)

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Des policiers antiémeute patrouillent dans le centre-ville de Lilles, dans le nord de la France, le 15 juin.

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Béatrice LE BOHEC
Agence France-Presse
PARIS

Hôpital pour enfants attaqué par des casseurs, bataille de rues entre hooligans, policiers pris pour cibles... La France, pays hôte de l'Euro-2016 de soccer, donne ces jours-ci l'image d'un pays débordé par les violences.

Les manifestations qui se succèdent depuis mars contre une réforme du droit du travail défendue par le gouvernement socialiste ont régulièrement dégénéré mais le niveau des heurts est brutalement monté d'un cran mardi à Paris. Les affrontements ont fait une quarantaine de blessés.

À coups de marteaux, de masses, de pavés, des vitrines de commerces et restaurants, des abribus sont détruits. Tout objet pouvant servir de projectile est lancé sur les forces de l'ordre par des centaines de personnes cagoulées, aux cris de «tout le monde déteste la police».

Fait rare, un canon à eau a dû être déployé au coeur de la capitale.

Sur le passage de la manifestation, quinze baies vitrées de l'hôpital pédiatrique Necker ont été brisées et ses murs tagués. Des dégradations qui ont provoqué un tollé.

«C'est absolument lamentable», commente Natalie Dana, une productrice de cinéma de 48 ans, interrogée mercredi. «Il est clair que les casseurs sont là pour casser, pas pour manifester», déclare-t-elle à l'AFP.

Relayée sur les réseaux sociaux, une lettre de l'écrivain Eric-Emmanuel Schmitt au président François Hollande a imaginé le message d'un enfant hospitalisé pour un cancer à l'hôpital Necker: «Certains des crétins ont même écrit sur les vitres, pour nous, les enfants : «Ne travaillez jamais». C'est con, parce que, lorsqu'on est malade, en fait, on a envie de guérir pour retrouver une vie normale, l'école, les copains, tout, quoi».

Le premier ministre Manuel Valls a fustigé mercredi des casseurs «plus nombreux que d'habitude, 700 à 800», «qui voulaient sans doute tuer» des policiers, et François Hollande a menacé d'interdire les manifestations si la sécurité des personnes et des biens n'était pas garantie.

«Actes aveugles»

Pour le syndicat CGT, le plus important syndicat en France et acteur majeur ces dernières semaines de grèves dans les transports, le secteur de l'énergie et le ramassage des ordures, cette menace est «le signe d'un gouvernement aux abois».

Accusé par le gouvernement d'ambiguïté face aux violences, le syndicat a dénoncé mercredi soir «des actes aveugles», commis par «quelques individus en dehors de manifestations».

L'intersyndicale des opposants à la loi travail a confirmé mercredi de nouvelles mobilisations les 23 et 28 juin contre le projet, et demandé au gouvernement de «garantir les bonnes conditions d'exercice du droit de manifester».

Plusieurs personnes ont été inculpées ces dernières semaines pour tentative de meurtre sur des policiers, pour des faits commis en marge d'une précédente manifestation.

La manifestation de mardi, la neuvième depuis mars, s'est par ailleurs tenue au lendemain de l'assassinat d'un policier et de sa compagne par un jihadiste, qui a dramatiquement rappelé au pays la menace terroriste.

Le pays vit sous le régime de l'état d'urgence, décrété après les attentats jihadistes du 13 novembre, qui avaient fait 130 morts à Paris.

«L'idée d'une démocratie ouverte, tolérante est en danger aujourd'hui», a mis en garde à l'antenne de la radio Europe 1 l'ex-eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, un des chefs de file de la révolte étudiante en mai 1968 en France.

L'opposition de droite a de son côté réclamé de la fermeté.

Ce week-end, la France avait déjà découvert ahurie les images de bataille rangée entre hooligans anglais et russes à Marseille, en marge d'un match de l'Euro-2016.

Ces violents affrontements ont fait 35 blessés, dont trois graves, en dépit de la mobilisation de 1.200 policiers.

Un photographe de l'AFP a raconté sur le blog de l'agence son «week-end à Marseille». Venu immortaliser le «joyeux folklore» des supporteurs anglais, son cahier des charges a radicalement changé.

«La rumeur évoque des groupes de néonazis russes impatients d'en découdre avec les Anglais, des bandes de voyous marseillais qui rêvent d'un remake des violences de la Coupe du monde en 1998, des hooligans anglais bien décidés à se comporter... eh bien, comme des hooligans anglais, et même de possibles attaques terroristes du groupe État islamique contre la fan zone où je dois travailler. Super...», relate ce journaliste, Leon Neal.

De nouvelles échauffourées sont craintes mercredi et jeudi dans le nord de la France en marge de deux nouveaux matchs de l'Euro.

«En France, nous avons perdu notre joie de vivre», résumait mercredi le quotidien britannique The Guardian.

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