La droite populiste allemande adopte un cap anti-islam

«À l'été 2015, on nous donnait pour morts»,... (PHOTO REUTERS)

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«À l'été 2015, on nous donnait pour morts», a rappelé la coprésidente de l'Alternative pour l'Allemagne, Frauke Petry: l'AfD est remontée de 3% à 13% d'opinions favorables, qui fait du jeune parti la 3e force politique du pays.

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Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
Stuttgart

Galvanisée par des sondages au zénith, la droite populiste allemande de l'AfD a bouclé dimanche son premier programme en trois ans d'existence, avec une tonalité anti-islam largement acclamée et l'ambition de «conquérir des majorités».

«L'islam ne fait pas partie de l'Allemagne» et les minarets, les appels du muezzin et le voile intégral «doivent être interdits», ont décidé les 2400 participants au congrès de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui s'est tenu samedi et dimanche à Stuttgart.

L'assemblée, majoritairement masculine et d'âge mûr, a hué les rares orateurs plus nuancés, qui appelaient par exemple à «stopper l'islamisme mais chercher le dialogue avec l'islam».

«L'islam est, en soi, politique!», a rétorqué un intervenant, pendant qu'un autre évoquait «la charia, les attentats-suicides et les mariages forcés».

Comme attendu, les questions identitaires et religieuses ont dominé les débats, d'autant que même l'aile la plus libérale du parti entend protéger «la culture occidentale chrétienne» en traitant l'islam comme un corps étranger, selon le discours samedi de son porte-flambeau Jörg Meuthen.

«Infectée par la gauche»

Stimulée par le récent succès du parti d'extrême droite FPÖ au premier tour de l'élection présidentielle autrichienne, et quelques mois après la poussée du Front National aux régionales françaises, l'AfD vise désormais les élections législatives de 2017, après avoir intégré la moitié des parlements régionaux allemands.

«À l'été 2015, on nous donnait pour morts», a rappelé samedi à l'ouverture du rassemblement la coprésidente du parti Frauke Petry, sourire revanchard aux lèvres : l'AfD est remontée de 3% à 13% d'opinions favorables, selon une enquête publiée dimanche par le journal Bild, qui fait du jeune parti la troisième force politique du pays.

Pour «conquérir des majorités», comme sa porte-parole le promet, l'AfD veut préciser son «contre-projet», jusqu'alors aussi flou qu'évolutif : sa ligne anti-euro d'origine, lors de sa création au printemps 2013, est devenue antiréfugiés à l'automne 2015, au plus fort de l'afflux de demandeurs d'asile en Allemagne, puis anti-islam depuis la fermeture des frontières.

Ce week-end, l'AfD a toutefois redit son hostilité à la monnaie unique, disant vouloir mettre fin «à l'expérience de l'euro» via un référendum sur le maintien ou non de l'Allemagne dans l'union monétaire.

Hôte de la manifestation, Jörg Meuthen a défini samedi sa formation comme un mélange de «conservatisme moderne», de «libéralisme conséquent» et de «patriotisme sain, partagé par tous les citoyens de bonne volonté».

Il a appelé à tourner le dos «à l'Allemagne de 1968 infectée par la gauche rouge-verte» et à valoriser «les aspects positifs de l'histoire allemande et fondateurs de son identité», déplorant que la mémoire officielle se «réduise» au passé nazi.

Hostilité croissante

Si l'AfD se rassemble autour d'une promotion de la démocratie directe, d'une mise en doute du réchauffement climatique et d'une vision conservatrice de la société, avec un rejet de la «théorie du genre» rappelant les débats français sur ce thème, le parti reste divisé sur des sujets majeurs.

À quel point faut-il flirter avec l'extrême droite? La question est plus périlleuse en Allemagne qu'ailleurs et oppose depuis la création de l'AfD son aile nationale-conservatrice très implantée en ex-RDA et son aile libérale-conservatrice plus puissante à l'Ouest, soucieuse d'éviter cette étiquette infamante.

Le parti a exclu samedi à une très courte majorité sa fédération de Sarre, trop proche des milieux extrémistes, mais évité un vote délicat sur le rapprochement avec le Front national français. L'un de ses députés européens, Marcus Pretzell, a cependant décidé de son propre chef de rejoindre le groupe parlementaire emmené par le FN à Strasbourg.

La dérive droitière de l'AfD suscite une hostilité particulièrement visible ce week-end : après les échauffourées de samedi avec des militants antifascistes, dont 500 ont été interpellés, un site marqué à gauche a publié dans la nuit les données personnelles des participants au congrès.

La formation, qui rassemble des électeurs aux intérêts différents - populaires à l'Est, plus aisés à l'Ouest -, a par ailleurs inscrit dans son programme la simplification du système fiscal, pour soulager notamment les contribuables modestes et les familles.

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