En France, des étudiants syriens renouent avec leurs études

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Un professeur d'université accueille des réfugiés et des migrants dans ses cours, à Paris.

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Béatrice ROMAN-AMAT
Agence France-Presse
MULHOUSE

Certains sont déjà à l'aise, d'autres peinent encore à aligner quelques mots en français, mais tous partagent un même objectif: onze étudiants syriens tentent de renouer, dans l'est de la France, le fil de leurs études interrompues par la guerre.

Dans le laboratoire de langues de l'université de Haute-Alsace (UHA) à Mulhouse, Noura, jeune femme à lunettes, casque vissé sur les oreilles, répète en boucle «Voilà mes soeurs, Caroline et Fanny», tandis qu'à côté d'elle un autre étudiant syrien s'applique à transformer des phrases du singulier au pluriel.

Les Syriens accueillis par cette université depuis le mois de février y suivront jusqu'à l'été des cours intensifs de français, qui doivent leur permettre d'intégrer ensuite le cursus universitaire de leur choix.

«Apprendre le français, c'est difficile mais pas insurmontable», commente avec le sourire Nail, qui avait commencé des études de gestion à Alep, avant de devoir fuir au Liban.

Comme lui, 200 000 Syriens ont abandonné leurs études à cause de la guerre, déplore Bassel Haidar, ancien chercheur de l'UHA, lui-même d'origine syrienne et relais à Mulhouse à l'association «Démocratie et entraide en Syrie», qui a fait venir ces étudiants.

«Avant, 85 000 personnes entraient à l'université chaque année en Syrie. Ils ne sont plus que 40 000. C'est une catastrophe si on veut reconstruire le pays», complète le président de cette association, l'économiste Samir Aita.

À Mulhouse, la bonne volonté de l'université, associée au coup de pouce d'associations caritatives qui ont fourni des logements et des meubles, a permis à de jeunes Syriens âgés de 18 à 32 ans d'être accueillis.

«On avait très envie de marquer notre solidarité avec les Syriens mais on savait qu'on n'avait pas d'argent pour financer des cours imprévus au budget», explique Dominique Meyer-Bolzinger, vice-présidente de l'université.

L'UHA a donc mis sur pied un dispositif pédagogique qui ne lui coûte pratiquement rien, avec des cours de français dispensés par des étudiants en Français Langue Étrangère et un système de tutorat effectué par d'autres étudiants.

«Le courage de Mulhouse est à saluer parce que l'université force le destin dans un contexte politique et économique difficile et de mauvaise volonté de l'administration», commente Samir Aita.

Si l'association a mené des projets similaires dans plusieurs endroits de France, notamment à Créteil près de Paris, des conventions signées avec certaines régions du sud de la France (Paca) et de l'est (Franche-Comté) sont actuellement bloquées. «Les régions ont peur à cause de la montée des extrêmes», déplore M. Aita.

«Vocabulaire technique»

Pourtant, sur les onze Syriens accueillis à Mulhouse, seuls trois sont venus exprès du Proche-Orient pour intégrer ce cursus. Les huit autres, réfugiés ou demandeurs d'asile, se trouvaient déjà en France, mais sans accompagnement académique, il leur était presque impossible d'atteindre un niveau de français leur permettant d'y reprendre leurs études.

Raouf, 24 ans, a ainsi suivi à ses frais des cours à l'Alliance française de Dijon (est) pendant quatre mois, avant de devoir arrêter, faute d'argent. Il a ensuite tenté de suivre une formation diplômante dans le bâtiment mais a abandonné parce que «le vocabulaire technique était trop compliqué». Aujourd'hui, depuis Mulhouse, il rêve de devenir architecte.

Adib, un colosse qui égrène la longue liste des pays par lesquels il est passé pour atteindre la France depuis la Turquie, souhaite quant à lui poursuivre ses études en sciences politiques.

À l'UHA, les étudiants syriens bénéficient d'une exonération totale des frais d'inscription.

Ils saluent l'accueil qui leur a été réservé mais partagent le désir de rentrer dans leur pays. Nail, l'étudiant en gestion, souhaite ainsi travailler pour une ONG, «en Turquie ou au Liban si la guerre continue, en Syrie si elle s'arrête».

Noura et son mari, opposants à Bachar al-Assad venus en France grâce à l'aide de Reporters sans Frontières, aimeraient eux aussi rentrer en Syrie, mais ne pourront le faire que si «ce gouvernement n'existe plus».

En attendant des jours meilleurs, les étudiants syriens s'intègrent dans la vie de l'université en organisant des soirées dans la grande maison où logent beaucoup d'entre eux, rebaptisée «la petite Syrie».

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