Ukraine: le président Porochenko exige la démission de son premier ministre

À 41 ans, Arseni Iatseniouk (en avant-plan) essuie... (Photo Gleb Garanich, Reuters)

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À 41 ans, Arseni Iatseniouk (en avant-plan) essuie un feu nourri de critiques depuis des mois en raison de l'insuffisance des réformes promises et pour la défense présumée des intérêts des oligarques.

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Olga NEDBAEVA, Ania TSOUKANOVA
Agence France-Presse
KIEV

Le président ukrainien Petro Porochenko a demandé mardi à son premier ministre Arseni Iatseniouk, longtemps chouchou des Occidentaux, de démissionner dans la foulée d'une série de départs retentissants de réformateurs et de scandales de corruption.

La demande surprise du chef de l'État, qui a également exigé la démission d'un proche, le très controversé procureur général Viktor Chokine, est tombée quelques minutes avant la présentation par le chef de gouvernement de son rapport annuel devant le Parlement.

Dans un discours de 35 minutes, M. Iatseniouk a défendu le travail de son gouvernement qui «a fait le maximum dans une situation difficile». L'ancien banquier, nommé à la tête du gouvernement en février 2014, n'a pas présenté sa démission.

«Nous devons construire ensemble une nouvelle Ukraine européenne. Nous accepterons toute décision de ce Parlement», a-t-il poursuivi en faisant apparemment référence à une possible motion de censure.

Les adversaires de M. Iatseniouk doivent désormais réunir au moins 226 voix au Parlement pour que la motion de censure, officiellement déposée dans la soirée, soit validée. Si la motion est rejetée, le gouvernement de M. Iatseniouk bénéficiera d'une immunité jusqu'à la fin de la session parlementaire le 22 juillet.

«Chirurgie» pour restaurer la confiance 

À 41 ans, Arseni Iatseniouk essuie un feu nourri de critiques depuis des mois en raison de l'insuffisance des réformes promises et pour la défense présumée des intérêts des oligarques.

Selon un récent sondage, son action est soutenue par seulement 8% des Ukrainiens contre près de 70% qui veulent sa démission.

«Pour restaurer la confiance, la thérapie ne suffit pas, c'est la chirurgie qui est nécessaire», a lancé le chef de l'État.

Plusieurs députés de la fraction présidentielle, la plus importante au Parlement avec ses 143 membres, ont annoncé que leur force jugerait l'action du gouvernement «insatisfaisante». Et deux autres partis faisant partie de coalition, Samopomitch et Batkivchtchina avec respectivement 26 et 19 députés, se sont clairement prononcés pour le départ de M. Iatseniouk.

La motion de censure contre le gouvernement pourrait sonner le glas de la coalition pro-occidentale, voire entraîner des élections anticipées dans un pays ruiné par la guerre et frappé par une grave crise économique.

Le président a promis mardi d'éviter un tel scénario qui n'est pas souhaité par les soutiens politiques et financiers occidentaux de l'Ukraine, même si la lenteur des réformes et l'insuffisance de la lutte anticorruption sont régulièrement critiquées dans les capitales occidentales.

La directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde a averti la semaine dernière que le programme du FMI, crucial pour le soutien de l'économie ukrainienne, ne pourrait pas continuer si des efforts supplémentaires n'étaient pas entrepris par le pouvoir à Kiev.

Pots-de-vin

Le procureur général Viktor Chokine dont la démission est depuis longtemps réclamée par des députés réformateurs et, selon des médias, par les Occidentaux, a été accusé d'inaction contre une corruption omniprésente, voire de la couvrir notamment lorsque cela concerne des oligarques proches du pouvoir.

Les autorités ukrainiennes sont embourbées dans des scandales de corruption qui ont fait l'objet ces dernières semaines d'investigations dans des médias en Ukraine et ont poussé plusieurs réformateurs à claquer la porte.

Dernier épisode de la crise politique: la démission début février du ministre de l'Économie réformateur Aivaras Abromavicius qui avait accusé un député proche du président de bloquer les réformes de son ministère.

Lundi, c'est le procureur général adjoint Vitali Kasko, apprécié par les États-Unis, qui avait démissionné en estimant que le parquet avait été transformé «en un endroit où règne la corruption».

Un proche de M. Iatseniouk, Mykola Martynenko, avait dû renoncer en décembre à son mandat de député à la suite de la publication d'éléments d'une enquête menée en Suisse contre lui. Il est soupçonné d'avoir perçu des pots-de-vin de plus de 6 millions d'euros (9,2 millions d'euros) de l'usine tchèque Skoda en échange de l'autorisation de fournir des équipements pour les centrales nucléaires ukrainiennes.

Un autre proche du premier ministre, le puissant ministre de l'Intérieur Arsen Avakov, est accusé par des médias de diriger une société immobilière en Italie, ce qui est interdit aux fonctionnaires ukrainiens, ainsi que de faire prospérer les affaires de sa famille dans le secteur gazier grâce à des avantages fiscaux.

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