Le «Grexit» ou l'échec de la chancelière Merkel

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Le premier ministre grec Alexis Tsipras et la chancelière allemande Angela Merkel, à Berlin le 23 mars.

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Daniel ARONSSOHN
Agence France-Presse
BERLIN

La chancelière allemande Angela Merkel a adopté une ligne inflexible dans les négociations sur le renflouement de la Grèce, au point de risquer une sortie du pays de la zone euro qui signerait aussi son échec, selon des analystes.

Lors du sommet européen de Bruxelles mardi, le «Grexit» a été mis sur la table et seul le gouvernement grec d'Alexis Tsipras semble encore pouvoir l'éviter en cédant face aux exigences de réformes de ses créanciers (Union européenne, BCE et FMI).

Après le net rejet dimanche des propositions des créanciers par la population grecque lors d'un référendum, la chancelière allemande a fermé la porte aux négociations sur un allègement de la dette grecque, principale revendication de M. Tsipras en échange des réformes. Mais le pari est risqué.

«Le maintien de la Grèce dans la zone euro était un élément central de sa politique de crise des cinq dernières années» consistant en une solidarité avec les pays en difficulté en échange de mesures d'austérité, rappelle Julian Rappold, expert de l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP) à Berlin.

«Une sortie de la Grèce de la zone euro signifierait un échec de la politique menée jusqu'à présent» et la chancelière «entrerait dans l'histoire comme celle qui a expulsé la Grèce», souligne-t-il.

Or les conséquences d'un tel scénario sont difficilement prévisibles. Il est vrai qu'à Berlin on juge faible le risque d'un effet domino pour d'autres pays européens, en raison du renforcement depuis 2012 des structures de la monnaie unique. On affirme aussi que la Grèce est un «cas unique»...

Mais chacun reconnaît qu'il existe un risque pour la survie même de l'euro, héritage politique du chancelier de la Réunification Helmut Kohl que Mme Merkel ne souhaitait pas dilapider.

«Si l'euro échoue, Merkel échoue»

Berlin risque aussi des dommages dans sa relation avec des alliés majeurs comme la France et les États-Unis qui font pression pour éviter ce «scénario noir».

«L'Allemagne paierait un lourd prix politique (...), un «Grexit» serait vu en Europe et dans le monde comme un échec de la politique allemande», affirmait mercredi dans une tribune au quotidien conservateur Die Welt le président de l'institut économique DIW, Marcel Fratzscher.

«Si l'euro échoue, l'Europe échoue», a longtemps répété la chancelière durant la crise pour défendre face à une opinion allemande sceptique la nécessité de soutenir financièrement la Grèce. Ces derniers jours, de nombreux médias ont détourné le slogan, affirmant que «si l'euro échoue, Merkel échoue».

L'hebdomadaire Der Spiegel a notamment fait sa une cette semaine avec un photomontage de la chancelière assise sur des ruines de colonnes grecques. «Elle se trouve désormais devant les ruines de sa politique européenne», affirme l'hebdomadaire, souvent cinglant avec Mme Merkel, lui reprochant d'avoir laissé traîner la crise pendant des années, faute de se décider pour une solution durable, «Grexit» ou restructuration de la dette.

«Immense dilemme»

Désormais, l'opinion et la majorité des médias allemands, veulent le «Grexit» et en imputent la faute à Athènes. Le quotidien Bild, le plus lu d'Europe, réclamait mercredi la fin immédiate des négociations. La veille, il montrait à sa une Angela Merkel coiffée d'un casque à pointe prussien en implorant : «Pas de nouveaux milliards pour la Grèce. Aujourd'hui, nous avons besoin de la chancelière de Fer».

Les derniers sondages accordent d'ailleurs au ministre des Finances Wolfgang Schäuble et au parti conservateur CDU de Mme Merkel une popularité record, grâce à leur ligne dure.

Outre la pression de son opinion, la chancelière aurait les plus grandes difficultés à faire voter un accord de compromis avec la Grèce par les députés du Bundestag.

D'autres pays de la zone euro comme l'Autriche, la Finlande, les Pays-Bas ou la Slovaquie font aussi pression pour que Berlin reste ferme. Et la chancelière estime que céder à M. Tsipras serait prendre le risque de favoriser la gauche radicale dans d'autres pays comme l'Espagne.

Angela Merkel «est face à un immense dilemme, car si la Grèce sort elle sera la chancelière qui aura échoué à maintenir l'unité de la zone euro. Si elle garde la Grèce après tout ce qui s'est passé, elle sera durement critiquée pour avoir abandonné les principes (de rigueur) qui régissent la zone euro», estime Daniela Schwarzer, analyste du German Marshall Fund of the United States à Berlin.

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