Trois ans et demi de prison requis contre le comptable d'Auschwitz

Engagé dans les Waffen SS en 1941, transféré... (PHOTO PHILIPP SCHULZE, AP)

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Engagé dans les Waffen SS en 1941, transféré à Auschwitz en 1942, Oskar Gröning jure n'avoir «jamais donné une gifle» à quiconque. L'accusation ne lui reproche d'ailleurs aucune violence, mais le dépeint en «rouage» de l'extermination.

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Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
LUNEBOURG, Allemagne

Trois ans et demi de prison ont été requis mardi en Allemagne contre Oskar Gröning, l'ancien comptable d'Auschwitz âgé de 94 ans, dont la «contribution mineure» à la Shoah a été mise en balance avec l'ampleur «inimaginable» de l'extermination.

«Nous sommes confrontés ici à un événement qui se situe aux limites de l'imagination humaine», a insisté le procureur Jens Lehmann, résumant une audience qui a plongé le tribunal de Lunebourg (nord) dans l'enfer concentrationnaire, 71 ans après.

Désireux de s'expliquer malgré une santé chancelante, Oskar Gröning comparaît depuis la fin avril pour «complicité» dans le massacre de 300 000 Juifs hongrois et pourrait être le dernier ancien nazi à répondre des crimes du IIIe Reich.

Le procureur est resté dans le bas de la fourchette de 3 à 15 ans de prison encourus par Gröning pour son rôle supposé, au printemps 1944, dans l'envoi dans les chambres à gaz d'au moins 300 000 juifs hongrois dès leur arrivée à Auschwitz.

«Le nombre presque inimaginable de victimes pèse en défaveur de l'accusé», a lancé M. Lehmann, mais sa «contribution mineure» à ces meurtres de masse doit «entrer en ligne de compte» dans le choix de la sentence.

Le magistrat, dont les réquisitions seront suivies des plaidoiries des parties civiles puis de la défense avant un verdict attendu courant juillet, a également souligné la volonté constante de Gröning de témoigner.

Parler dans les écoles?

Le procès soulève depuis le départ une double difficulté : déterminer la culpabilité de l'accusé, alors que les anciens SS cantonnés à des tâches administratives ont longtemps échappé à toute poursuite, et fixer une peine adaptée.

Ce dernier point divise la cinquantaine de parties civiles - survivants et proches des victimes d'Auschwitz -, en raison du grand âge de l'accusé comme de son rôle périphérique dans le fonctionnement du camp.

Avant l'ouverture de l'audience, certains étaient favorables à une peine de travaux d'intérêt général consistant à témoigner dans les écoles - ce que la loi allemande ne permet pas pour de tels crimes - tandis que d'autres prônaient la peine maximale.

Engagé dans les Waffen SS en 1941, transféré à Auschwitz en 1942, Gröning jure n'avoir «jamais donné une gifle» à quiconque. L'accusation ne lui reproche d'ailleurs aucune violence, mais le dépeint en «rouage» de l'extermination.

On l'accuse d'avoir trié les devises des déportés pour les envoyer à Berlin et d'avoir assisté par trois fois à la «sélection» séparant, à l'entrée du camp, les déportés jugés aptes au travail de ceux qui étaient immédiatement tués.

En «gardant les bagages» du précédent convoi pour les soustraire aux yeux des nouveaux arrivants, le jeune sergent aurait évité un mouvement de panique et sciemment favorisé une mise à mort sans heurts, affirme le parquet.

«Faute morale»

Oskar Gröning, qui avait spontanément raconté son passé nazi dans de longues interviews bien avant d'être rattrapé par la justice, avait assumé dès le premier jour de son procès une «faute morale» et demandé pardon.

Il n'a en revanche cessé d'affirmer que son rôle se limitait à «prévenir les vols» et a insisté sur ses trois demandes infructueuses de transfert au front, avant qu'il ne parvienne finalement à quitter le camp à l'automne 1944.

Son procès illustre la sévérité accrue de la justice allemande à l'égard des derniers nazis encore vivants, depuis la condamnation en 2011 de John Demjanjuk, ancien gardien de Sobibor, à cinq ans de prison. Ces procès tardifs contrastent avec le peu de condamnations, à des peines souvent faibles, prononcées pendant des décennies.

Quelque 1,1 million de personnes, dont environ un million de juifs européens, ont péri entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau. Le 27 janvier, les dirigeants du monde entier ont marqué avec quelque 300 derniers survivants le 70e anniversaire de la libération de ce camp par l'Armée soviétique.

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