France: le gouvernement tente d'apaiser la colère des taxis

Un taxi avec une bannière invitant Uber à... (PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AFP)

Agrandir

Un taxi avec une bannière invitant Uber à «dégager» est vu dans le centre de Marseille durant la journée de manifestations contre le service de transport californien, le 25 juin.

PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François BECKER, Simon VALMARY avec les bureaux de l'AFP en France
Agence France-Presse
PARIS

Le gouvernement français a réaffirmé jeudi sa volonté de faire fermer UberPOP, à l'issue d'une journée de mobilisation émaillée de violences qui a vu des centaines de taxis en colère bloquer gares et aéroports surtout à Paris pour dénoncer la «concurrence sauvage» de cette application mobile.

«UberPOP est un service illégal, il doit être fermé», a promis dans la soirée le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve après avoir reçu les syndicats de taxis.

Il a toutefois reconnu qu'une fermeture de l'application, qui met en relation des passagers et des particuliers au volant de leur véhicule, ne pouvait résulter que d'une décision de justice.

En attendant, le ministre a demandé que les véhicules UberPOP soient «saisis lorsqu'ils sont pris en flagrant délit» et annoncé une nouvelle réunion avec les syndicats le 3 juillet.

Face à cette fermeté, les syndicats de taxi ont semblé prudents quant à la poursuite de leur grève.

«Nous conseillons aux chauffeurs de lever le camp, pour nous la grève est levée», a déclaré à l'AFP Abdel Ghalfi, de la CFDT. «Mais une partie des taxis veulent rester Porte Maillot», la place de l'ouest parisien qu'ils bloquent depuis jeudi matin, a-t-il ajouté, sans exclure de nouvelles «actions isolées».

«Si un grand nombre de taxis veulent continuer, on les soutiendra», a prévenu Karim Asnoun (CGT). Plus radical, Ibrahima Sylla, de l'organisation Taxis de France, a assuré que «les taxis restent Porte Maillot», l'une des principales entrées dans la capitale.

La place était toujours bloquée jeudi soir par plusieurs dizaines de taxis, dans une ambiance bien plus calme que dans la matinée. Dany, 29 ans, résume le dépit des manifestants: «On nous prend pour des jambons».

Dans la matinée, des taxis y ont pris d'assaut et incendié deux voitures de transport avec chauffeur (VTC) --pourtant autorisées et n'ayant rien à avoir avec UberPOP--, provoquant l'intervention des forces de l'ordre.

Violences «inadmissibles»

Dans toute la France, dix personnes ont été interpellées jeudi, sept policiers blessés et 70 véhicules dégradés, selon Bernard Cazeneuve.

Condamnant des violences «inadmissibles», le premier ministre Manuel Valls a promis que leurs auteurs, «qui se trouvent dans les deux camps», seraient «poursuivis».

Des avocats de chauffeurs UberPOP ont eux accusé les taxis de s'organiser «en milices privées» et de monter «des guets-apens».

Le groupe américain de VTC Uber conteste la constitutionnalité de la loi sur les transports routiers et a fait appel de sa condamnation à 100.000 euros d'amende pour avoir présenté UberPOP comme un service de covoiturage.

Cet appel, qui sera examiné en octobre, étant suspensif, Uber a maintenu son service à prix cassés. Son directeur général pour la France, Thibaud Simphal, a assuré qu'en attendant «UberPOP peut continuer».

Dans la capitale, les accès à la gare du Nord comme à la gare de Lyon ont été bloqués par des dizaines de voitures.

À l'aéroport d'Orly, au sud de Paris, des grévistes ont fait la chasse aux chauffeurs clandestins, et à Roissy, au nord, les accès à plusieurs terminaux ont été bloqués plusieurs heures. Dans les deux aéroports, des VTC ont renversé des personnes, les blessant légèrement.

Les villes de Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nice ou Marseille ont également été perturbées.

Pour Gilles Alonso, du syndicat Alliance Taxi 13, «quand on ne s'acquitte d'aucune charge sociale, c'est facile de faire des courses à 3 ou 4 euros».

Au total, 2800 taxis ont été mobilisés en France avec une «trentaine de points de blocage», selon une source policière.

Les tweets de la chanteuse américaine Courtney Love, veuve du leader de Nirvana Kurt Cobain, on fait le buzz: «Ils frappent notre voiture avec des barres de fer. C'est la France? Je suis plus en sécurité à Bagdad. François Hollande, où est la putain de police?»

UberPOP revendique 400 000 utilisateurs en France. Mais ses chauffeurs ne payent ni cotisations ni impôts, n'ont pas suivi les 250 heures de formation nécessaires et ne sont pas assurés.

Les conducteurs non enregistrés encourent jusqu'à un an de prison, 15 000 euros d'amende, la suspension du permis et la confiscation du véhicule.

Courtney Love... (PHOTO DANNY MOLOSHOK, ARCHIVES REUTERS) - image 2.0

Agrandir

Courtney Love

PHOTO DANNY MOLOSHOK, ARCHIVES REUTERS

«Où est la putain de police?»

«François Hollande, où est la putain de police??? C'est légal ici d'attaquer les touristes? Ramène tes fesses à l'aéroport», a rageusement twitté la rockeuse américaine Courtney Love.

«C'est ça la France? Je suis plus en sécurité à Bagdad», a pesté la veuve du leader de Nirvana Kurt Cobain, bloquée en voiture près d'un aéroport parisien.

De la gauche à l'extrême droite, le mouvement a recueilli un large écho dans la classe politique. «On ne peut pas laisser les chauffeurs de taxi victimes de la loi de la jungle», a déclaré le président socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Les Républicains, le parti d'opposition de droite de l'ancien président Nicolas Sarkozy, a dénoncé lui aussi la «concurrence déloyale» d'UberPOP, l'application mobile de la société californienne qui, à prix cassés, met en relation des particuliers et des conducteurs non professionnels assurant leur transport avec leurs véhicules personnels.

Engagé depuis plusieurs mois dans un bras de fer avec l'État, Uber revendique 400 000 utilisateurs d'UberPOP en France, où le nombre des taxis est faible. Mais ses chauffeurs sont des particuliers sans agrément qui échappent aux impôts.

La société californienne est visée depuis fin 2014 par une enquête judiciaire à Paris. Selon une loi française votée l'an dernier, les conducteurs qui ne sont pas enregistrés comme chauffeur de taxi ou VTC encourent jusqu'à un an de prison, 15 000 euros (près de 21 000 $) d'amende, la suspension du permis et la confiscation du véhicule.

La France n'est pas le seul pays d'Europe, où l'activité d'Uber fait polémique. L'entreprise est interdite d'exercer en Allemagne et fait aussi l'objet de procédures judiciaires aux Pays-Bas et en Espagne. La Commission européenne a indiqué mardi travailler sur «une régulation appropriée» que Bruxelles espère mettre au point «cette année».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer