Enquête espagnole sur le chef de Boko Haram

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Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau

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Michaela CANCELA-KIEFFER
Agence France-Presse
Madrid

Un juge espagnol enquête sur le chef de Boko Haram pour terrorisme et crimes contre l'humanité, la première instruction judiciaire contre le groupe islamiste, ouverte au nom du principe de justice universelle, a-t-on appris jeudi de source judiciaire.

Le juge Fernando Andreu, de l'Audience nationale à Madrid, spécialisée dans les affaires complexes, a ouvert une information judiciaire, à la demande du parquet espagnol, sur Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram. Il estime être compétent en l'absence d'autre enquête internationale.

Le parquet s'appuie sur des faits relevant du «harcèlement» et de «pressions», en mars 2013 au Nigeria, dans la ville de Ganye (État d'Adamawa, nord-est), à l'encontre d'une religieuse espagnole, «dans un contexte généralisé d'actions de nature terroriste de la part de l'organisation djihadiste».

Selon le juge espagnol, Boko Haram «mène une attaque généralisée et systématique contre une partie de la population civile pour créer un État islamique».

L'insurrection du groupe islamiste nigérian et sa répression ont fait plus de 15 000 morts et plus de 1,5 million de déplacés depuis 2009.

L'enlèvement à Chibok, en 2014, de plus de 200 lycéennes, est devenu le symbole des rapts auxquels se sont livrés les insurgés qui, selon Amnesty International, ont enlevé environ 2000 femmes depuis début 2014.

La religieuse catholique espagnole, menacée, avait quant à elle réussi à fuir avec l'aide des services de renseignement nigérians avant d'être évacuée vers l'Espagne.

Dans son ordonnance, le juge demande à Interpol de «réaliser un rapport sur l'organisation terroriste Boko Haram» et souhaite entendre la religieuse, Maria Jesus Mayor Garcia. Il demande également la communication de rapports sur Boko Haram réalisés par les Nations unies et l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW).

Le parquet souligne «que le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a lancé en avril un appel à la communauté internationale, pour qu'elle soutienne les États victimes de Boko Haram». «De nombreux civils, en particulier des femmes et des enfants ont été massacrés, enlevés, recrutés de force par Boko Haram. Les auteurs doivent répondre de leurs actes devant la justice».

«Ce que fait ce groupe est barbare», a déclaré à l'AFP le chef du parquet de l'Audience nationale Javier Zaragoza, expliquant que sa compétence découlait du fait qu'il s'agit de faits en relation avec une entreprise terroriste pour lesquels la loi espagnole dite de justice universelle s'applique.

«C'est bien qu'il y ait enfin une enquête judiciaire» sur le groupe, a-t-il dit en souhaitant l'ouverture d'une instruction au niveau de la Cour pénale internationale (CPI).

La loi de justice universelle avait permis l'ouverture en Espagne en 1998 de poursuites contre l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, restées sans suite. Le champ d'application de la loi a depuis été considérablement réduit.

L'ex-juge Baltasar Garzon, le même qui avait lancé les poursuites contre Augusto Pinochet, a aussi, en octobre 2014, déposé une plainte contre Boko Haram.

L'ancien magistrat, désormais avocat et président d'une fondation pour les droits de l'Homme (FIGBAR), s'était également fondé sur ce principe de justice universelle, mais sans évoquer de victime particulière.

La CPI n'a pas pour l'instant déclenché de poursuites sur les violences et les crimes de Boko Haram. Ils font tout de même l'objet d'une enquête préliminaire, la CPI estimant que «des crimes contre l'humanité, à savoir des meurtres et des actes de persécution attribués au groupe Boko Haram ont été commis au Nigeria».

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