L'UE triple le budget de son opération de sauvetage en Méditerranée

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Quatre-vingt-quatre migrants dont le canot pneumatique était en train de couler ont été sauvés de justesse jeudi au large de la Libye.

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Christian SPILLMANN
Agence France-Presse
BRUXELLES

L'Union européenne a décidé jeudi de tripler le budget de son opération de surveillance et de sauvetage en mer Triton, actuellement de trois millions d'euros (environ 4 millions de dollars) par mois, pour prévenir de nouveaux drames de l'immigration en Méditerranée.

«Nous voulons agir vite, ce qui signifie tripler les ressources financières» de cette opération, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, à l'issue d'un sommet de dirigeants européens convoqué après le naufrage d'un chalutier qui a fait quelque 800 morts en Méditerranée dimanche.

Les dirigeants européens veulent mettre fin au drame des migrants en Méditerranée, y compris par des opérations militaires contre les trafiquants, alors que chaque jour apporte de nouvelles révélations sur le calvaire vécu par les réfugiés.

Mais le président du Conseil, Donald Tusk, a tempéré les attentes. «Personne ne se fait d'illusions. Les problèmes ne seront pas résolus aujourd'hui», a-t-il déclaré peu avant le début d'un sommet convoqué en urgence après la dernière tragédie, qui a fait des centaines de morts dimanche.

Une cérémonie s'est déroulée jeudi matin à Malte à la mémoire de victimes du naufrage. Sous une tente dressée près de la morgue, les 24 cercueils de bois des migrants dont les corps ont pu être récupérés étaient alignés sur un grand tapis rouge. Ils ont ensuite été emmenés, portés par des soldats le long d'une route parsemée de bouquets de fleurs, pour être inhumés.

À Bruxelles, les chefs d'État et de gouvernement ont observé une minute de silence avant d'entamer leurs travaux.

Les témoignages des survivants sont effrayants. Les trafiquants ont battu à mort plusieurs migrants entassés dans une usine près de Tripoli avant leur départ, d'autres seraient morts d'épuisement, selon le parquet de Catane (Sicile). L'un d'eux, Abdirizzak, a raconté avoir échappé à la mort parce qu'il se trouvait dans la partie supérieure du chalutier. «Ceux qui avaient le moins d'argent ont été enfermés à fond de cale.»

«Le plus difficile pour les gouvernements sera de montrer une réelle solidarité. Ils devront montrer s'ils sont prêts à sacrifier leurs intérêts nationaux» en accueillant plus d'immigrés, a souligné M. Tusk.

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Des soldats portent les cercueils le long d'une route parsemée des bouquets apportés ces derniers jours à la morgue.

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Jusqu'à 10 000 morts

C'est ce que le chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, a demandé lui aussi pour «les pays de la ligne de front». La Grèce, l'Italie et Malte sont les trois pays d'arrivée des migrants partis des côtes de la Libye.

Quelque 1750 personnes ont perdu la vie depuis le début de l'année en tentant de traverser la Méditerranée, déplore l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

«Si nous ne faisons rien, nous allons voir cette année un demi-million de migrants traverser la Méditerranée, et dans ce cas, il pourrait potentiellement y avoir jusqu'à 10 000 morts», a averti Koji Sekimizu, le directeur de l'Organisation maritime internationale (OMI).

Les 28 devaient étudier un plan d'action en 10 points, réplique de celui adopté en 2013 après le naufrage de Lampedusa, mais jamais mis en oeuvre.

«J'espère qu'un plan de travail pourra être élaboré dans les prochains jours, une feuille de route indiquant la marche à suivre», a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, en soulignant que «nous avons encore beaucoup, beaucoup à faire».

«Sauront-ils se montrer à la hauteur? En paroles, oui, mais en actions, je doute», a confié à l'AFP un haut responsable européen. L'UE doit «déclarer la guerre aux trafiquants d'êtres humains», a martelé le commissaire aux affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos.

Dans un projet de déclaration finale, dont l'AFP a obtenu copie, les 28 s'engagent à tout faire «pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu'ils ne soient utilisés par les trafiquants».

Pour ce faire, il faut monter une opération militaire, une première dans la lutte contre l'immigration clandestine. «C'est compliqué, cela prendra du temps, imposera un mandat des Nations unies, un accord du gouvernement libyen, la mobilisation de moyens militaires et imposera d'accepter des pertes humaines», avertissent diplomates et experts.

«Manque d'ambition épouvantable»

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a demandé de mener des «interventions ciblées» contre les passeurs en Libye, par où transitent 90% des migrants arrivant dans le pays.

L'Union européenne va dans l'immédiat renforcer les opérations de surveillance et de sauvetage en Méditerranée. Le plan propose de doubler, de trois à six millions d'euros, le budget mensuel alloué à Frontex, l'agence chargée de la surveillance des frontières, afin de renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce.

La Grande-Bretagne a mis à disposition l'un de ses plus grands vaisseaux de guerre, le HMS Bulwark, trois hélicoptères et deux autres navires patrouilleurs.

Le troisième volet du plan traite de l'accueil. Il propose aux États d'accueillir «au moins 5000 personnes» ayant déjà obtenu le statut de réfugiés, dans le cadre d'un projet de réinstallation. Il est destiné aux Syriens, pour les dissuader de tenter la traversée.

Dans le même temps, l'UE veut renvoyer au plus vite les migrants économiques. Les États sont invités à aider l'Italie, la Grèce et Malte à enregistrer les arrivants et distinguer  ceux qui pourront bénéficier du droit d'asile de ceux qui seront renvoyés.

C'est la partie la plus controversée du plan, contre laquelle s'insurgent les organisations humanitaires et nombre de députés européens. Le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) a déploré «une approche minimaliste», et le président des Libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt, a fustigé «un manque d'ambition épouvantable».

«En raison de l'absence d'une réelle politique européenne en matière d'immigration et d'asile, la Méditerranée est en train de se transformer en cimetière», a dénoncé le président du Parlement européen, Martin Schulz.

84 migrants sauvés en mer

Quatre-vingt-quatre migrants dont le canot pneumatique était en train de couler ont été sauvés de justesse jeudi au large de la Libye, tandis que 220 autres ont débarqué à Catane (Sicile), derniers arrivés d'un flot continu, ont annoncé les garde-côtes italiens.

Appelés à l'aide dans la matinée via un téléphone satellitaire, les gardes-côtes ont dépêché leur navire Fiorillo à 35 milles marins (64 km) des côtes libyennes.

Le bateau italien est arrivé juste à temps pour recueillir les 84 passagers, tous des hommes d'Afrique subsaharienne, avant que le canot pneumatique ne sombre.

Au petit matin, le patrouilleur Denaro de la police douanière et financière a accosté à Catane avec 220 personnes, dont six femmes, secourues à quelque 40 km au large des côtes libyennes.

Ces migrants se trouvaient sur deux canots pneumatiques à la dérive, longs de 14 mètres chacun, entassés au milieu des bidons d'essence.

La France propose de renforcer ses moyens de sauvetage

La France a proposé jeudi un renforcement de sa contribution aux opérations de surveillance et de sauvetage en Méditerranée, en envoyant deux bateaux et un avion supplémentaire, a indiqué l'entourage du président François Hollande.

Par ailleurs, selon plusieurs sources européennes, les dirigeants de l'UE réunis en sommet à Bruxelles pour apporter des réponses au drame des migrants en Méditerranée, devraient décider de tripler le budget de l'opération Triton au large de l'Italie, qui passerait de trois à neuf millions d'euros par mois.

Jusqu'alors, la France participait à l'opération Triton avec un avion et trois experts.

Dorénavant, elle contribuera avec deux bateaux (un patrouilleur et un remorqueur), deux avions (un patrouilleur maritime et un avion de surveillance des douanes), et six experts, a-t-on précisé de même source.

La Grande-Bretagne a proposé de fournir des navires militaires, dont le HMS Bulwark, l'un des plus grands navires de guerre britannique, deux patrouilleurs, ainsi que trois hélicoptères. Mais ceux-ci n'opéreront pas au sein de Triton.

La Belgique s'est dite prête à détacher son navire de commandement et de soutien logistique Godetia.

D'autres pays ont offert des contributions, selon une source européenne, dont l'Allemagne, qui propose deux navires, la Suède, le Danemark et, hors UE, la Norvège.

Actuellement, 21 États membres participent à Triton, avec sept bâtiments, quatre avions, un hélicoptère et environ 65 personnels.

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