Un dernier hommage à Boris Nemtsov encadré par Moscou

La mère et les enfants de Boris Nemtsov... (PHOTO MAXIM SHEMETOV, REUTERS)

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La mère et les enfants de Boris Nemtsov sont devant le cercueil ouvert, comme le veut la tradition orthodoxe.

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Olga ROTENBERG
Agence France-Presse
MOSCOU

Des milliers de personnes ont rendu un dernier hommage plein d'émotion mardi à Moscou à Boris Nemtsov, l'un des opposants les plus virulents du président Vladimir Poutine, tué vendredi par balle près du Kremlin.

«C'était quelqu'un dont je me sentais proche. Je voulais lui dire adieu. C'était un homme qui avait des principes, un homme charismatique. Peu m'importe qui l'a tué, c'est une perte irréparable», lance Maria Koniakova, une psychologue, qui comme beaucoup d'autres ne cache pas sa tristesse.

La dépouille de Boris Nemtsov a été exposée pendant quatre heures au Centre Sakharov, un musée consacré aux droits de l'homme et à l'académicien dissident soviétique Andreï Sakharov. Mais la foule qui formait une file d'attente de plusieurs centaines de mètres était trop importante et des centaines de personnes n'ont pas pu faire leurs adieux à l'opposant, assassiné à l'âge de 55 ans.

Boris Nemtsov a été enterré en fin d'après-midi au cimetière moscovite de Troïekourovskoïe, après un office orthodoxe.

Dans une salle du Centre Sakharov décorée de portraits du défunt, le cercueil est ouvert, comme le veut la tradition orthodoxe. La mère de Boris Nemtsov, qui craignait qu'il soit tué sur ordre de Vladimir Poutine selon une interview donnée par son fils, est entourée des enfants du défunt.

Certains ont les larmes aux yeux, d'autres ont du mal à prononcer un court éloge funèbre, comme Ilia Iachine, proche ami de Nemtsov, et figure importante de l'opposition.

Des anonymes et des personnalités russes et étrangères s'inclinent devant le cercueil, font le signe de croix et déposent des fleurs.

Parmi eux, la veuve de l'ancien président de Russie Boris Eltsine, dont Nemtsov avait été vice-premier ministre, l'ancien premier ministre de Poutine passé à l'opposition, Mikhaïl Kassianov, l'ancien premier ministre britannique, John Major, et l'ambassadeur des États-Unis, John Tefft, qui a présenté «les profondes condoléances du président et du peuple américains pour la mort de ce grand patriote russe».

«Poutine est coupable, mais nous aussi»

«Je suis venu parce que j'ai honte de mon pays, de mes concitoyens, du fait que nous n'avons pas pu empêcher une chose pareille. Poutine est coupable, mais nous aussi», estime Dmitri Afanassiev, un médecin.

Une couronne a été envoyée par le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, et plusieurs membres du gouvernement sont venus rendre hommage à Boris Nemtsov, notamment les vice-premiers ministres Arkadi Dvorkovitch et Sergueï Prikhodko.

Les ambassadeurs des pays européens et plusieurs personnalités étrangères, parmi lesquels le chef de la diplomatie lituanienne, Linas Linkevicius, le maire de Riga, la capitale lettonne, Nils Usakovs, et le vice-ministre polonais des Affaires étrangères, Konrad Pawlik, ont annoncé leur intention de participer aux obsèques de l'opposant radical à Vladimir Poutine.

Mais certains d'entre eux en ont été empêchés : le président du Sénat polonais, Bogdan Borusewicz, a déclaré que les autorités russes lui avaient refusé l'entrée en Russie, en réponse aux sanctions européennes contre Moscou. L'eurodéputée lettonne Sandra Kalniete a annoncé lundi soir avoir été refoulée à l'aéroport international de Moscou-Chérémétiévo.

L'ambassadeur de l'Union européenne, Vygaudas Usackas, a présenté mardi ses condoléances à la famille de Boris Nemtsov «au nom de tous les ambassadeurs des pays de l'UE, et au nom des Européens qui n'ont pas été autorisés à se rendre à la cérémonie d'adieux».

L'UE dénonce

Le refus opposé par la Russie à deux élus européens qui voulaient assister aux obsèques de l'opposant russe Boris Nemtsov a été dénoncé mardi par l'Union européenne, qui a regretté «les raisons apparemment arbitraires» avancées par Moscou.

C'est «une claire violation des principes de base», a commenté une porte-parole du service diplomatique européen, Maja Kocijancic.

Mme Kalniete, ancienne ministre des Affaires étrangères de Lettonie et ex-Commissaire européenne, «est porteuse d'un passeport diplomatique», a souligné Mme Kocijancic.

«La justification qui a été donnée» pour la refouler «implique qu'elle représenterait une menace pour la sécurité de l'État ou l'ordre public de la Fédération de Russie. Cela n'apparaît pas comme une explication crédible à nos yeux», a-t-elle poursuivi.

«Ce n'est pas la première fois que nous constatons de tels refus pour des raisons apparemment arbitraires et nous le regrettons», a ajouté la porte-parole lors d'un point de presse. «Nous appelons les autorités russes à un maximum de transparence et nous attendons des mesures de leur part pour éviter des incidents similaires à l'avenir», a martelé Mme Kocijancic, qui a notamment demandé «la publication des interdictions d'entrée (sur le territoire) décidées par la Fédération de Russie, ce qui n'est actuellement pas le cas».

Navalny pas autorisé aux obsèques

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, condamné fin février à 15 jours de prison pour distribution «illégale» de tracts dans le métro de Moscou, n'a pas été autorisé par la justice à rendre un dernier hommage à son compagnon de lutte.

La compagne ukrainienne de Boris Nemtsov, Ganna Douritska, qui était à ses côtés quand il a été abattu de quatre balles de revolver, n'a pas participé aux obsèques. Elle a finalement pu quitter Moscou lundi soir après avoir affirmé qu'on ne l'autorisait pas à rentrer en Ukraine.

Le porte-parole du Comité d'enquête de Russie, Vladimir Markine, a démenti mardi que Ganna Douritska ait été retenue contre son gré.

Les enquêteurs, qui n'ont pour l'instant fait état d'aucune avancée, ont déclaré n'écarter aucune piste : le crime politique «comme provocation pour déstabiliser le pays», aussi bien que la piste islamiste en raison du soutien de l'opposant au journal satirique français Charlie Hebdo, ou celle d'un meurtre lié au conflit ukrainien et commis par des «éléments radicaux».

L'enquête a été confiée au général Igor Krasnov, connu pour avoir travaillé sur les milieux nationalistes et radicaux.

Les compagnons de lutte de Boris Nemtsov se sont pour leur part étonnés que ce crime, «minutieusement planifié» selon les enquêteurs, ait pu avoir lieu à deux pas du Kremlin dans une zone particulièrement surveillée.

«Ce serait bien qu'on trouve les exécutants. Encore mieux, si on trouvait les organisateurs. Quant aux inspirateurs de cet assassinat, on les voit tous les jours à la télévision», a déclaré mardi l'ancien dissident Sergueï Kovalev venu rendre hommage à son ami Boris Nemtsov.

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