Grèce: la victoire de l'extrême gauche bouscule Berlin

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Le scrutin grec intervient dans un contexte déjà tumultueux pour l'Allemagne, puisque «le nouvel axe franco-italien avait ardemment milité l'an dernier pour plus de croissance en Europe et un assouplissement du Pacte de stabilité».

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Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
BERLIN

L'Allemagne s'inquiétait lundi de la victoire du parti de gauche Syriza en Grèce, qui pourrait remettre en cause la politique européenne de réformes structurelles et de rigueur budgétaire souhaitée par la chancelière Angela Merkel.

Mme Merkel, qui félicitera le futur premier ministre grec «lorsqu'il aura été nommé», attend de lui qu'il «respecte les engagements» pris par les gouvernements précédents, a déclaré son porte-parole Steffen Seibert lors d'une conférence de presse régulière.

Il a répété que l'Allemagne voulait garder la Grèce dans la zone euro. «Depuis le début de la crise, l'intention et l'objectif du gouvernement (allemand) sont de stabiliser la zone euro» avec l'ensemble des pays membres, a-t-il insisté, refusant de commenter plus avant «les résultats d'une élection souveraine».

Le vice-président du groupe conservateur (CDU) de Mme Merkel au Bundestag, Hans-Peter Friedrich, se montrait plus cinglant. «Les Grecs ont le droit d'élire qui ils veulent. Nous avons le droit d'arrêter de financer leurs dettes», a-t-il averti dans le quotidien Bild, le plus lu d'Allemagne.

Énumérant les exigences de Syriza, de «l'arrêt des réformes en Grèce» à l'obtention «de nouvelles aides», ou un dédommagement de Berlin «pour la Seconde Guerre mondiale», le journal populaire fustigeait son «dangereux» leader, Alexis Tsipras.

«Printemps rouge européen»

«La zone euro n'est pas un tripot, dans lequel chacun pourrait jouer comme il le veut (...) Un accord est un accord!», apostrophait Bild, rappelant que «l'Europe s'était tenue» à ses engagements depuis 2010 en accordant «plus de 200 milliards d'euros (près de 280 milliards de dollars)» à la Grèce.

Dès dimanche, le patron de la Bundesbank, Jens Weidmann, dissuadait Syriza de toute «promesse illusoire» à ses concitoyens. «La Grèce a fait des progrès sur la voie des réformes. Il serait catastrophique de s'arrêter à mi-chemin», renchérissait lundi Markus Kerber, patron de la Fédération allemande de l'industrie.

La partition est délicate pour Berlin, «qui espérait certainement un autre résultat», mais ne peut «précipiter la Grèce dans le fossé», analyse pour l'AFP Julian Rappold, chercheur à l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP), un centre de réflexion berlinois.

«Mme Merkel voit naturellement le risque d'un changement de cap à l'échelle européenne», poursuit-il, jugeant que «le signal» offert par Syriza «à d'autres partis populistes, comme Podemos en Espagne», était susceptible de remettre en cause les politiques de rigueur.

Le parti de gauche radicale Die Linke a appelé d'ailleurs «à un printemps rouge européen», par la voix de sa présidente Katja Kipping, tandis que le syndicat allemand Verdi a esquissé un «programme d'investissement» pour «reconstruire» la Grèce.

Tsipras, «réformateur inattendu»?

Le scrutin grec intervient dans un contexte déjà tumultueux pour l'Allemagne, puisque «le nouvel axe franco-italien avait ardemment milité l'an dernier pour plus de croissance en Europe et un assouplissement du Pacte de stabilité», rappelle M. Rappold.

Contraint de «se montrer conciliant», Berlin va devoir tracer «l'étroite» limite entre les sujets négociables et ceux qui ne le sont pas. Une nouvelle «réduction de dette» au profit d'Athènes est «pour l'instant» inenvisageable, estime M. Rappold.

La porte-parole du ministère allemand des Finances, Marianne Kothé, l'a d'ailleurs exclue lundi, précisant en revanche qu'un prolongement du programme d'aide à la Grèce pourrait être discuté au niveau européen si Athènes «en fait la demande».

Souvent nuancée, à l'exception de Bild, la presse allemande appelait largement «à donner sa chance» à Alexis Tsipras, soulignant le contraste entre la «confiance» dont il bénéficie et le discrédit entourant les partis établis en Grèce.

Même le quotidien conservateur Die Welt refusait de croire au scénario catastrophe d'un «naufrage de la zone euro», estimant que l'urgence de la situation financière grecque ferait du leader de Syriza «un réformateur inattendu».

Le Spiegel jugeait lui aussi Tsipras «assez intelligent» pour «chercher une solution négociée» avec les créanciers de la Grèce, bien que les contours d'une éventuelle restructuration de la dette - niveau des taux? Échéance? Stock de la dette? - demeurent flous.

Le scénario d'une sortie grecque de l'euro n'était guère pris au sérieux par les commentateurs. À Berlin, plusieurs personnes interrogées dans la rue jugeaient, à l'instar de Gerd, un retraité de 64 ans, qu'une telle issue serait «très mauvaise pour toute l'Europe».

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