Limiter l'immigration au nom de l'environnement

L'objectif fixé aurait pour effet de réduire considérablement... (PHOTO: AFP/FABRICE COFFRINI)

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L'objectif fixé aurait pour effet de réduire considérablement l'immigration annuelle nette, qui passerait de 80 000 à 16 000 ou 17 000 personnes.

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Les Suisses seront appelés à voter dimanche sur une proposition inusitée qui vise officiellement à protéger l'environnement... en réduisant de manière marquée l'immigration.

Le groupe Écologie et population (Ecopop) souhaite limiter à 0,2% la croissance annuelle de la population de manière à pouvoir préserver la qualité de vie des résidants du pays.

L'objectif fixé aurait pour effet de réduire considérablement l'immigration annuelle nette, qui passerait de 80 000 à 16 000 ou 17 000 personnes.

L'organisation, qui a obtenu plus de 100 000 signatures d'appui pour lancer une consultation populaire à ce sujet, souhaite par ailleurs que 10% de l'aide au développement versée par la Suisse aille à la régulation des naissances dans les pays pauvres.

En entrevue, le secrétaire général d'Ecopop, Andreas Thommen, a déclaré hier que le rythme de croissance actuel de la population suisse est trop élevé et ne permet pas d'assurer un développement durable du pays.

«Il y a déjà trop d'habitants en Suisse pour nos ressources. On doit déjà importer 50% de la nourriture, presque 100% de l'énergie... Notre dépendance envers les autres pays devient trop grande, ce n'est pas viable à long terme», explique-t-il.

Le développement urbain menace par ailleurs la nature. «Ce n'est pas comme le Canada, où il y a des forêts sans fin. Ici, c'est un mètre carré par seconde qui passe sous le béton, c'est beaucoup», ajoute M. Thommen, qui juge par ailleurs essentiel d'aider les pays en développement à contrôler la croissance de leur propre population.

Proposition jugée xénophobe

La proposition d'Ecopop a été accueillie avec indignation par les organisations antiracistes du pays, qui jugent «indéniable» son caractère «intimement xénophobe».

«Même si l'initiative évite hypocritement le mot [...], elle ne sanctionne que les étrangers pour surpopulation», a relevé un collectif dans une lettre ouverte publiée par La Tribune de Genève.

L'Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite populiste qui a tenu plusieurs consultations populaires ciblant les étrangers, n'a pas donné son aval au projet.

Les dirigeants de la formation ont obtenu en début d'année un appui majoritaire de la population à une proposition visant à interdire «l'immigration massive», dont les dispositions n'ont pas encore été entérinées.

Ils craignent que l'initiative d'Ecopop, qui contient des objectifs chiffrés, nuise à la mise en oeuvre de la proposition votée en février et préfèrent donc la voir rejetée, explique Étienne Piguet, un professeur à l'Institut de Neuchâtel qui est membre d'une commission consultative sur les questions d'immigration.

M. Piguet note que l'organisation à l'origine de la proposition regroupe à la fois des écologistes convaincus et des militants opposés à l'immigration. «C'est un ensemble assez hétéroclite», dit-il.

Andreas Thomenn affirme que son organisation n'est aucunement xénophobe. «On dit ça pour nous diffamer, mais il n'y a aucune preuve de ça», souligne-t-il en relevant que la proposition limite le nombre d'immigrants sans égard à leur pays de provenance.

La possibilité de réduire considérablement l'immigration inquiète le milieu des affaires, qui fait activement campagne contre la proposition.

Charles Wyplosz, un économiste français établi à Genève, note que le pays présente un taux de chômage très bas et qu'il manque de main-d'oeuvre qualifiée, ce qui rend les entreprises dépendantes de l'immigration.

L'initiative d'Ecopop, dit-il, est «extraordinairement farfelue» et vise à «bloquer ou à faire repartir en arrière» l'immigration, s'inscrivant dans une longue lignée de réformes allant dans le même sens.

M. Piguet note que la question a toujours été très délicate en Suisse même si le pays connaît une prospérité économique durable et n'a pas été trop durement touché par la crise des dernières années.

Il existe, dit-il, une inquiétude de nature économique au sein de la population par rapport à l'immigration, mais aussi une inquiétude «identitaire» voulant que les étrangers représentent une menace potentielle pour la culture et les us et coutumes du pays.

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