Le pape appelle l'Europe à redevenir «une référence pour l'humanité»

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Dans ses deux discours, le pape a rappelé à l'Europe les idéaux de ses pères fondateurs.

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Jean-Louis DE LA VAISSIERE avec le bureau de Strasbourg
Agence France-Presse
STRASBOURG

Le pape François a exhorté mardi une Europe «vieillie», qu'il a comparée à une «grand-mère» fatiguée, à surmonter la crise et les tensions en redevenant une «référence pour l'humanité», capable notamment d'accueillir les migrants clandestins.

Lors d'un déplacement éclair à Strasbourg au siège de deux institutions européennes - le Parlement et le Conseil de l'Europe -, le pape a décrit «une Europe un peu fatiguée et pessimiste, qui se sent assiégée par les nouveautés provenant des autres continents».

«Où est ta vigueur? Où est cette tension vers un idéal qui a animé ton histoire et l'a rendue grande?», a lancé François à l'intention de ce continent en proie à une crise économique et d'identité, avec la progression des partis xénophobes et anti-immigration.

«Le moment est venu d'abandonner l'idée d'une Europe effrayée et repliée sur elle-même», pour qu'elle soit «un précieux point de référence pour toute l'humanité», a-t-il souligné.

Dans ses deux discours, le pape a rappelé à l'Europe les idéaux de ses pères fondateurs. «Les grandes idées qui ont jadis inspiré l'Europe semblent avoir perdu leur attrait pour être remplacées par les technicités bureaucratiques des institutions», a fustigé le souverain pontife.

Il a renouvelé son appel de juillet 2013 sur l'île italienne de Lampedusa : «On ne peut tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière! Dans les barques qui arrivent quotidiennement sur les côtes européennes, il y a des hommes et des femmes qui ont besoin d'accueil et d'aide». Et de demander «des législations qui sachent en même temps protéger les droits des citoyens européens et garantir l'accueil des migrants».

Le pape a dénoncé l'individualisme et le consumérisme. Dans une condamnation indirecte de l'avortement et de l'euthanasie, il a cité «le cas de personnes en phase terminale, des vieux qui sont abandonnés et laissés sans soin, des enfants qui sont tués dans le ventre de la mère».

Appel à un «réveil»

Dans l'hémicycle du Parlement, socialistes et conservateurs ont salué un appel à un «réveil» de l'Europe. À l'extrême droite, la présidente du Front national français, Marine Le Pen, a salué les «accusations assez lourdes contre l'ultralibéralisme», tandis que son père, Jean-Marie Le Pen, déplorait que le pape soit en faveur de «l'entrée massive des immigrants» en Europe.

Après s'être adressé aux élus du Parlement européen, venus des 28 pays de l'Union, le pape a traversé la rivière Ill pour entrer au Conseil de l'Europe, une organisation regroupant 47 États, dont l'Ukraine et la Russie, créée après la Seconde Guerre mondiale et dont le rôle est de promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l'homme. Il l'a appelé à poursuivre son action «dans la recherche d'une solution politique aux crises en cours», une allusion à la crise ukrainienne.

Le dernier pape à s'être rendu dans ces assemblées était Jean Paul II en 1988, quand l'Europe était encore coupée en deux par le rideau de fer.

Purement institutionnel, ce déplacement de quatre heures, le plus court d'un pape à l'étranger, ne prévoyait aucun bain de foule ni de rencontre avec les catholiques français, à la grande déception des fidèles cantonnés derrière un écran géant dans la cathédrale de Strasbourg. Le Vatican a promis une visite en France pour 2015.

La nef de la cathédrale a résonné d'applaudissements lorsque les fidèles ont vu à l'écran le pape atterrir à Strasbourg peu avant 10 h (4 h à Montréal). Il a été reçu au nom du gouvernement français par la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, numéro trois du gouvernement.

Alors qu'il était accueilli ensuite au Parlement au son des hymnes du Vatican puis européen, les cloches ont sonné dans toute la ville de Strasbourg. Tireurs d'élite, policiers, gendarmes : un millier d'agents des forces de l'ordre avaient été déployés dans la capitale alsacienne.

La visite, chronométrée, a été marquée par un bref moment d'émotion, quand le pape a pu retrouver une Allemande de 97 ans qui l'avait hébergé en 1985, alors qu'il apprenait la langue de Goethe dans le sud du pays.

Bloqués derrière les barrières de sécurité du Conseil de l'Europe, de nombreux badauds ont aussi tenté d'apercevoir le Saint-Père. Parmi eux, Fredie, un Alsacien d'une soixantaine d'années, a pu rapidement entrevoir sa voiture. «C'est malheureux, ça n'a duré que deux secondes».

Le pape condamne «le terrorisme d'État» qui «tue des innocents»

Le pape François a condamné mardi «le terrorisme d'État» qui tue «des innocents en même temps que des terroristes», sans préciser de qui il parlait, lors d'une conférence de presse dans l'avion au retour de Strasbourg.

À côté de la menace terroriste, «il y a une autre menace, c'est celle du terrorisme d'État», a déclaré le pape dans l'avion au retour de Strasbourg.

Revenant aussi sur des propos d'août qui avaient semblé justifier une intervention militaire contre l'organisation État islamique (EI), Jorge Bergoglio a réaffirmé son rejet de toute opération sans «consensus international».

Quand «chaque État, pour son compte, se sent le droit de massacrer les terroristes, alors tant de personnes innocentes périssent en même temps que les terroristes», a-t-il observé.

«Il s'agit d'une anarchie de haut niveau qui est très dangereuse», a-t-il dit.

«Il faut lutter contre le terrorisme. Mais quand il faut arrêter l'agresseur injuste, on doit le faire avec le consensus international. Aucun pays ne peut pour son compte stopper un agresseur injuste», a-t-il insisté.

Dans l'avion qui le ramenait de Corée en août, il avait semblé justifier une opération militaire, tout en condamnant les frappes unilatérales des États-Unis contre l'EI.

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