À Barcelone, un vote le plus crédible possible sur l'indépendance

Des Espagnols faisant la file pour se prononcer... (Photo ALBERT GEA, Reuters)

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Des Espagnols faisant la file pour se prononcer sur le l'indépendance de la Catalogne.

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Michaela CANCELA-KIEFFER
Agence France-Presse
BARCELONE

Le lycée des frères maristes à Barcelone est une ruche ressemblant en tous points à un bureau de vote ordinaire. À peu de choses près: on s'y prononce sur l'indépendance de la Catalogne et c'est interdit. Mais l'organisation se veut rigoureuse.

Lluis Peiro, un ingénieur de 51 ans passe de table en table, se faufilant entre des dizaines d'habitants du quartier de classe moyenne et populaire où se trouve ce lycée privé, presque bicentenaire, tout près de la Sagrada Familia, le monument emblématique de Barcelone.

Dans ce bureau, 33 bénévoles, trois par table; supervisés par quatre coordinateurs, eux-mêmes chapeautés par deux responsables, organisent le scrutin. Il n'y a pas d'isoloir, mais les votants qui le souhaitaient pouvaient remplir chez eux les bulletins, car ils pouvaient être téléchargés en ligne.

Les organisateurs du «Si o Si» - Oui ou Oui à l'indépendance - ont tenu à ce qu'il ne soit pas le «simulacre» dénoncé par Madrid, mais bien un vote crédible, même si seuls les électeurs favorables à cette cause devraient se mobiliser.

En Catalogne, 6695 points de vote ont été installés.

Chaque unité de vote dispose en principe d'une urne en carton avec une lunette transparente, d'un ordinateur portable fourni par la Generalitat (exécutif catalan), qui coordonne le scrutin, explique Lluis, militant indépendantiste de longue date.

Les électeurs, qui ont consulté l'adresse de leur bureau sur une page internet spéciale, sont doublement répertoriés: sur une liste papier et via un logiciel spécial installé sur ces ordinateurs. Ainsi, vers 11h30, pour la table 2385, l'ordinateur indiquait 173 électeurs. «Une fois que l'on a voté ici, impossible de le faire ailleurs», assure Lluis Peiro.

Le matériel, distribué directement par la Generalitat selon lui, est arrivé la veille, à 18h00: bulletins, urnes, ordinateurs.

«Tout se déroule dans le calme», explique aussi à l'AFP un représentant de l'exécutif catalan, Fernando Brea, qui fait le tour des bureaux de vote. À part un incident normal ici ou là - un bénévole qui manque ou une urne -, il n'y a rien eu, assure-t-il.

Ne pas perturber la vie du Lycée

Le parquet a bien ordonné une enquête pour tenter d'en savoir plus sur les ressources publiques utilisées pour ce scrutin suspendu par le tribunal constitutionnel, mais «les Mossos (police catalane) sont invisibles, on ne voit que des citoyens catalans», assure-t-il. L'organisation, au millimètre près, permettra d'ailleurs le retrait du matériel dans la soirée, afin de ne pas perturber la vie des établissements qui se sont prêtés au jeu, poursuit-il.

«Ce qui compte, c'est la participation».

Et il est vrai qu'auparavant tout a été fait pour convaincre les Catalans d'aller voter, car, par ce scrutin symbolique, Artur Mas, le président catalan, veut montrer la force de l'élan sécessionniste.

Des centaines de milliers de tracts ont été distribués en quelques jours. Et sur les portes de certains bâtiments du centre de Barcelone, les habitants pouvaient dimanche matin découvrir le centre de vote correspondant à leur domicile. Ailleurs, à la campagne, des personnes âgées devaient être transportées en bus, selon l'Alliance Nationale catalane, l'une des associations pro-indépendance ayant participé à l'organisation.

Mais au-delà du sérieux, il y avait l'enthousiasme des votants, tous ici acquis à la cause indépendantiste.

Des dizaines d'entre eux se faisaient prendre en photo en glissant le bulletin tant attendu dans l'urne, les uns arborant la barratina - sorte de béret rouge typiquement catalan - les autres affichant des messages plus modernes comme celui-ci adressé apparemment à l'Espagne «Keep calm pero fotem el camp» (Restez calme, mais foutons le camp).

«Je suis là parce que je suis Catalane, un point c'est tout», a déclaré fièrement Encarna Garcia Pron, une infirmière à la retraite d'un âge certain qu'elle a refusé de révéler, venue par ses propres moyens, avec un déambulateur.

«On doit faire pression», a, lui, estimé Victor Manuel son voisin ferrailleur de 56 ans, souhaitant garder l'anonymat. «On vient faire une Patrie», a corrigé en riant Encarna Garcia.

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