À mi-mandat, Hollande admet des «erreurs» et  «se cramponne»

François Hollande a mis en garde jeudi contre... (Photo Reuters)

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François Hollande a mis en garde jeudi contre la menace présentée à ses yeux par la présidente du Front national.

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Hervé ASQUIN, Sabine WIBAUX
Agence France-Presse
PARIS

Le président François Hollande a reconnu à mi-mandat jeudi des «erreurs», notamment sur le chômage, mais affirmé se «cramponner» face aux épreuves et martelé sa volonté de «réformer» la France jusqu'au terme de son mandat en 2017.

D'abord sur la défensive, puis plus détendu, le chef de l'État français, frappé d'une impopularité record, s'est efforcé de redresser son image dégradée, lors d'une émission radio-télévisée En direct avec les Français marquant la moitié de son quinquennat.

«J'ai le cuir tanné. Depuis 2 ans et demi, je me cramponne», a lancé le président socialiste, accusé parfois jusque dans son camp d'avoir installé un climat prématuré de fin de règne par son absence de résultats face à la crise et le déballage de sa vie privée.

«J'essaie de me tenir», a-t-il résumé, pour tenter de faire taire les critiques sur sa personnalité fluctuante et insaisissable, attisées dans le brûlot de son ex-compagne Valérie Trierweiler.

«Je ne suis pas devenu président de la République parce que j'ai été tiré au sort (...) Je ne me plains jamais, je suis un être normal, un coeur, un esprit, une pensée, des émotions, je dois garder une forme de pudeur», a fait valoir François Hollande.

Balayant les critiques prêtées à son prédécesseur de droite Nicolas Sarkozy, lui reprochant de «manger des frites», il a souligné «refuser la vulgarité».

Le premier président de gauche depuis François Mitterrand (1981-1995) a été interrogé par un panel de citoyens, frappés à des degrés divers par la crise.

«Quel gâchis! Comment en est-on arrivés là?» l'a interpellé une dirigeante de petite entreprise, évoquant la situation de l'emploi.

«J'ai pu commettre des erreurs», a concédé François Hollande, évoquant l'inversion promise pour 2013 de la courbe du chômage. «Ce n'est pas venu, je m'en suis fait reproche (...): oui, on aurait dû avoir plus de croissance, tout le monde s'était trompé»

Il a réaffirmé du même coup qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat en 2017 si le chômage ne baissait pas d'ici là. La France compte actuellement un nombre record de 3,4 millions de chômeurs.

En attendant, «je vais pendant les deux ans et demi qui me restent, jusqu'au bout (...), réformer mon pays», a-t-il assuré.

Gare à l'extrême droite

«On va faire toutes les réformes pour nous permettre d'être plus forts», a-t-il insisté, évoquant notamment les projets d'assouplissement de la législation sur le travail de son ancien conseiller promu ministre de l'Économie Emmanuel Macron.

Pour autant, M. Hollande s'est abstenu de la moindre annonce majeure. Tout juste a-t-il promis qu'il n'y aurait «pas d'impôt supplémentaire sur qui que ce soit», à partir de 2015 et jusqu'à la fin de son quinquennat.

Pour relancer une dynamique positive en France, il s'est dit «favorable» à une double candidature de Paris pour l'organisation des JO de 2024, et de la France pour l'Exposition universelle de 2025.

Muet sur l'international, il s'est également limité, sur les questions de société, à plaider pour un service civique «universel» de deux à trois mois.

L'absence de résultats économiques depuis son arrivée au pouvoir, la difficulté à imposer ses réformes de société (mariage homosexuel, rythmes scolaires) et à mobiliser son camp ont porté M. Hollande au faîte de l'impopularité.

Les sondages catastrophiques pour lui ne cessent de s'accumuler: sa cote de popularité est tombée à un plancher jamais vu de seulement 12% d'opinions favorables, selon une enquête publiée jeudi.

D'autres parues récemment indiquent que huit Français sur dix ne souhaitent pas qu'il se représente à la présidentielle de 2017, pour laquelle la chef de file de l'extrême droite, Marine Le Pen, pointe fréquemment en tête des intentions de vote au premier tour.

François Hollande a mis en garde jeudi contre la menace présentée à ses yeux par la présidente du Front national. «Ce qu'on croit impossible un jour devient, hélas, vrai un autre jour. Qui pouvait imaginer dans les années 30 ce qui s'est produit? (...)  Ce qui s'est produit peut se reproduire», a-t-il dit.

Quelques jours après la mort d'un jeune écologiste à la suite d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre sur le chantier d'un barrage controversé dans le sud-ouest, M. Hollande a promis que les résultats de l'enquête administrative sur sa mort seraient connus «d'ici huit jours».

«Encore raté» pour les éditorialistes

Le face à face télévisé de François Hollande avec des Français, sans précédent depuis son élection à l'Élysée, n'a pas convaincu la presse, qui critique autant la forme que le fond de l'émission de TF1.

«Encore raté !» tranche Le Figaro de vendredi à la une. «Il n'avait pas grand-chose à dire, mais il l'a dit longuement», cingle Paul-Henri du Limbert dans le quotidien de droite, qui n'est pas le seul à émettre un jugement négatif.

Thierry Borsa, dans Le Parisien, a vu «une démonstration inquiétante de la difficulté de François Hollande de trouver pour la seconde partie de son quinquennat l'élan, la volonté, la force de rassurer des Français qui, au lendemain de son intervention, ont toujours autant de raisons de douter».

Sur le fond du propos présidentiel, «François Hollande a affronté le vent contraire avec véhémence et annoncé - avec une certaine honnêteté - que les efforts demandés paieraient... dans dix ans», commente avec bienveillance Laurent Joffrin dans Libération, ajoutant toutefois : «Ce qui a manqué ? Parler à la gauche».

«En confirmant sa politique de rigueur, il entretient la déception à gauche sans apaiser l'incrédulité à droite», analyse Michel Urvoy dans Ouest-France.

Sur la forme prise par le dialogue présidentiel avec quatre Français, Bruno Dive écrit dans Sud-Ouest que «l'émission d'hier a successivement transformé François Hollande en conseiller de Pôle Emploi, en guichetier d'aide aux entreprises, et finalement en député de base, un député dont la permanence aurait été le studio de TF1, et qui se voyait sommé de consoler, de rassurer, d'aider ses compatriotes dans la détresse ou le désarroi».

Ce qui fait dire à Nicolas Beytout dans L'Opinion, qu'«on nous promettait un grand rendez-vous politique à la mi-temps du quinquennat, nous avons eu une consultation de sous-préfecture».

«Le contraste était saisissant entre l'ode présidentielle à une France qui bouge, qui invente, qui réussit, et la réalité de ces quatre Français pour qui la crise est bien concrète, quotidienne», commente Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées.

«Au moins cette opération de communication, l'aura-t-elle rapproché de ses lointains administrés le temps d'une soirée. La proximité se substitue à la légitimité», tacle La Nouvelle République du Centre Ouest sous la plume de Denis Daumin.

Raymond Couraud, de L'Alsace, constate que «le président a surtout tenu à être compatissant, histoire d'effacer l'anecdote ravageuse des «sans dents»».

«Le chef de l'État en a été vite réduit à assurer le service après-vente de sa politique et de ses pannes là où l'on attendait un visionnaire qui montre - enfin - le cap», renchérit Patrice Chabanet du Journal de la Haute-Marne.

Ce que Jean-Louis Hervois résume d'une phrase assassine dans La Charente libre : «Personne ne sait où tout ça nous mène, pas même lui».

Rafale de moqueries sur Twitter

En parlant de «manger des frites», de sa «tournée des bistrots pendant 30 ans» ou de «charge pondérale», François Hollande a déclenché une rafale de moqueries sur Twitter, où plus de 100 000 messages souvent très caustiques commentaient sa prestation lors d'une émission sur la chaîne privée TF1 jeudi soir.

Pris à partie sur son image, le président français s'est indigné que son prédécesseur Nicolas Sarkozy lui ait «reproché de manger des frites» et revendiqué un côté populaire en disant avoir «pendant 30 ans fait la tournée des bistrots». D'où une série de tweets goguenards.

Du côté des spécialistes de la communication, le jugement était sévère: «Une émission ratée, sans rythme, au format aberrant, au décor délirant. Y a-t-il des communicants à l'Elysée?», a tweeté le spécialiste des médias Christian Delporte, concluant à une «erreur politique».

En fin d'émission, Léonard Trierweiler, le fils de l'ex-compagne de M. Hollande a lancé: «Et on dit quoi à @fhollande ? «Merci pour ce moment»», dans une allusion au titre du livre de sa mère.

Le lapsus du chef de l'État sur les salariés effectuant un travail pénible qui «portent» des «charges pondérales» a déclenché quelques remarques railleuses.

Et quand il a expliqué qu'un président travaillait souvent pour son successeur, les militants UMP (droite) ont réagi aussitôt, comme un collaborateur d'Alain Juppé - qui s'est récemment déclaré candidat à la primaire de 2016 pour la présidentielle de 2017 -, qui a tweeté «On travaille souvent pour son successeur - Merci, mec».

Son affirmation sur le fait que la France est le premier pays d'accueil des étudiants étrangers a été aussitôt contrée sur Twitter par des statistiques de l'Unesco de 2012 selon lesquelles la France ne se situe qu'en 3e position.

Son annonce sur la distribution de tablettes aux élève de 5e a fait tourner les calculettes des journalistes spécialisés dans le fact checking, comme Samuel Laurent, du quotidien Le Monde, qui a estimé aussitôt que payer des tablettes de 200 euros à ces 800 000 jeunes coûterait 160 millions d'euros.

Même vérification en temps réel sur le jeune chômeur marseillais sur le plateau, Hasen Hammou, avec une vidéo le montrant en candidat PRG (centre-gauche) aux municipales.

La droite et la gauche de la gauche se sont eux aussi défoulés sur Twitter. L'UMP avait d'ailleurs mis en place un hashtag ad hoc, «Hollandelechec», dont se sont servis les militants surtout pour critiquer à boulets rouges les 15 000 nouveaux emplois aidés.

La chef d'entreprise qui a interpellé le chef de l'Etat d'une façon particulièrement offensive, Karine Charbonnier, a elle fait un tabac, beaucoup de twittos suggérant qu'elle ferait une meilleure présidente...

Enfin la journaliste Audrey Pulvar a regretté que les journalistes soient tous des quinquagenaires blancs «Bons pros mais...sont pas mignons ces 3 costards-cravates blancs 50tenaires ? LechangementCpasmaintenantlesfilles!

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