Guerre de Bosnie: Karadzic reconnaît sa «responsabilité morale»

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Vêtu d'un costume anthracite, d'une chemise blanche et d'une cravate bordeaux, ce psychiatre de formation, à la large chevelure blanche coiffée vers l'arrière, a accusé le bureau du procureur de manipuler la vérité. Radovan Karadzic assure lui-même sa défense.

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Nicolas DELAUNAY
Agence France-Presse
LA HAYE, Pays-Bas

L'ex-chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a soutenu mercredi lors de son procès pour génocide avoir été «un vrai ami» des musulmans de son pays, contre lesquels il est accusé d'avoir orchestré certaines des pires atrocités commises en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, tout en reconnaissant avoir «une responsabilité morale» pour les crimes commis durant la guerre de Bosnie.

«J'étais réellement un vrai ami des musulmans», a déclaré Radovan Karadzic lors de sa plaidoirie devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, à La Haye. «Mais tout cela a été passé sous silence (par l'accusation, NDLR)».

Radovan Karadzic est accusé d'avoir orchestré, avec le général Mladic et l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, le nettoyage ethnique de larges territoires de la Bosnie à l'issue du démantèlement de la Yougoslavie en 1991. Leur but était d'en chasser les musulmans, Croates et autres non serbes, selon l'accusation.

«J'étais réellement un vrai ami des musulmans.»

Radovan Karadzic
l'ex-chef politique des Serbes de Bosnie, accusé notamment de génocide

Il doit notamment répondre du massacre de près de 8000 hommes et garçons musulmans par les forces serbes de Bosnie à Srebrenica en juillet 1995, le pire massacre commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Bien qu'il ait dit avoir «une responsabilité morale» pour les crimes commis lors de la guerre de Bosnie, en tant que leader des Serbes de Bosnie, il plaide non coupable des onze accusations de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre retenus contre lui.

La guerre de Bosnie a fait quelque 100 000 morts et quelque 2,2 millions de déplacés entre 1992 et 1995.

Vêtu d'un costume anthracite, d'une chemise blanche et d'une cravate bordeaux, ce psychiatre de formation, à la large chevelure blanche coiffée vers l'arrière, a accusé le bureau du procureur de manipuler la vérité. Radovan Karadzic assure lui-même sa défense.

«Je connais la vérité, le bureau du procureur connaît la vérité et il tente de tromper la Cour», a-t-il soutenu : «si j'étais un juge, je serais profondément offensé».

Le peuple serbe est accusé

«C'est le peuple serbe qui est accusé, l'entièreté du peuple serbe», a-t-il également affirmé, accusant le bureau du procureur de ne viser que des Serbes pour les crimes commis durant la guerre : «l'accusation offense profondément ces gens».

Le TPIY a inculpé 161 personnes pour les crimes commis dans les guerres ayant suivi l'éclatement de la Yougoslavie. La plupart d'entre elles sont serbes, mais des Croates, Kosovars ou encore des musulmans de Bosnie ont également été poursuivis.

La plaidoirie se poursuivra jeudi. Elle est une des dernières opportunités pour M. Karadzic de clamer son innocence. L'accusé et le bureau du procureur pourront s'exprimer une dernière fois le 7 octobre, après quoi les juges délibéreront.

Un jugement n'est pas attendu avant octobre 2015. Le bureau du procureur a requis la prison à vie. Lundi, l'accusation avait soutenu dans son réquisitoire que Radovan Karadzic est «responsable de chacune des tragédies» de la guerre de Bosnie.

Ancien président de la république autoproclamée des Serbes de Bosnie, la Republika Srpska, il est également poursuivi pour le siège de Sarajevo qui a duré 44 mois et lors duquel 10 000 personnes ont été tuées.

Mythe

Radovan Karadzic avait été interpellé en juillet 2008 dans un bus à Belgrade après plus de dix ans de cavale. Il se faisait passer pour un thérapeute aux méthodes alternatives.

À l'ouverture de son procès, il avait assuré que les atrocités dont les Serbes de Bosnie étaient accusés avaient été «mises en scène» par les musulmans et que le massacre de Srebrenica était un «mythe».

«J'ai tout fait pour éviter la guerre, et durant la guerre, j'ai tout fait pour limiter les souffrances le plus possible», a-t-il soutenu mercredi.

Dans sa plaidoirie écrite, publiée lundi, il s'était excusé, en tant qu'ancien président de la Republika Srpska, auprès des victimes de la guerre, tout en continuant à clamer son innocence.

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