La France en voie d'assouplir le droit à l'avortement

Des manifestants en faveur du droit à l'avortement... (PHOTO PATRICK HERTZOG, ARCHIVES AFP)

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Des manifestants en faveur du droit à l'avortement sont descendus dans les rues de Strasbourg, le 18 janvier.

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Philippe RATER
Agence France-Presse
Paris

Moins d'un an après avoir adopté le mariage homosexuel, la France était en voie mardi d'approuver un assouplissement du droit à l'avortement, alors que l'Espagne voisine étudie une loi limitant strictement l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

Cet amendement à une loi de 1975 a provoqué des remous au sein de la société française, sans être marquée toutefois par des divisions aussi fortes qu'au moment de l'adoption du mariage homosexuel l'an dernier.

Deux jours après une manifestation ayant réuni à Paris plusieurs milliers de personnes opposées au droit à l'avortement, l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement, devait voter mardi dans la soirée un amendement prévoyant de supprimer pour les femmes réclamant une IVG la condition d'être «dans une situation de détresse».

Cette référence est «obsolète», juge la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem.

La ministre et sa collègue au ministère de la Santé ont évoqué l'Espagne - où le gouvernement a présenté en décembre un projet supprimant l'avortement en dehors de cas très précis (danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, viol ayant fait l'objet d'une plainte) - pour mettre en exergue les avancées défendues par le gouvernement de gauche.

Najat Vallaud-Belkacem a vanté mardi «le rôle de la France qui choisit de réaffirmer ce droit» à l'IVG dans «une Europe tentée par le retour en arrière». La ministre de la Santé Marisol Touraine a, quant à elle, appelé la droite à se positionner sur le projet espagnol, qui «renverrait les femmes à l'âge de pierre».

Le texte en projet en France prévoit qu'une femme puisse demander une interruption volontaire de grossesse si elle «ne veut pas poursuivre une grossesse» et non plus parce que «son état (la) place dans une situation de détresse», comme le veut actuellement la loi de 1975, adoptée à l'issue de longs débats à l'initiative de la ministre de centre droit Simone Veil.

Dimanche, une manifestation contre l'avortement a rassemblé à Paris 16 000 personnes, selon la police, 40 000 selon les organisateurs.

«Banalisation»

Les manifestants de la «marche pour la vie», réunis par des organisations de catholiques français, familles nombreuses, parents avec bébés, n'étaient pas sans rappeler la très forte mobilisation qui avait poussé des milliers de gens dans la rue mi-2013 pour s'opposer à l'adoption d'une loi sur le mariage homosexuel.

Au niveau politique, une partie de la droite s'est élevée contre ce qu'elle considère être une remise en cause du compromis de 1975, lorsqu'elle était au pouvoir, après une longue procédure législative et des débats houleux.

«En choisissant de réécrire la loi de 1975 sur l'IVG, le gouvernement fait une faute morale et politique», a dénoncé l'ancien premier ministre de droite François Fillon. «Faute morale, car il risque de "banaliser" l'avortement qui, selon les termes de Simone Veil, devait rester "l'exception". Faute politique, car il prend le risque de diviser, une fois encore, les Français», a-t-il ajouté sur son blogue.

Le président de l'UMP (opposition de droite), Jean-François Copé, accuse également le gouvernement de vouloir «cliver les Français» et affirme qu'on ne doit «pas toucher à la loi» de 1975, qui présente l'avortement comme «une exception».

Des députés de son camp ont déposé un amendement demandant que l'IVG, intégralement remboursée depuis janvier 2013, ne le soit plus si la notion de détresse n'est pas maintenue.

La présidente du Front national (extrême droite), Marine Le Pen, a aussi dénoncé la volonté de la gauche de faire entrer l'avortement dans une «banalisation totale».

Mais les députés de l'UMP et de l'UDI (centre droit) voteront majoritairement en faveur de la suppression de la «situation de détresse», même s'ils jugent inopportun de le faire dans le cadre de ce projet de loi, ont indiqué leurs responsables.

Mardi, la candidate socialiste à la mairie de Paris aux municipales prévues pour mars, Anne Hidalgo, a estimé que retirer la «mention obsolète» du texte de loi était «une façon de regarder la réalité».

Elle-même d'origine espagnole, elle a appelé les «femmes de droite espagnoles» à se mobiliser pour défendre le droit à l'avortement mis en cause par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Plus de 220 000 avortements sont pratiqués chaque année en France. Environ une Française sur trois a recours à un avortement au cours de sa vie.




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